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        <title>FAUVETTE - chroniques_familiales</title>
        <description>FAUVETTE</description>
        <link>http://www.fauvetta.net/chroniques_familiales/</link>
        <lastBuildDate>Wed, 19 Nov 2008 20:15:09 +0100</lastBuildDate>
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                <title>La Cour aux orties</title>
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                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Mon, 10 Nov 2008 10:11:00 +0100</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;Dans mon sommeil j'entendais des paaaaaaa, des aaaaa, une drôle de voix dans la nuit d'été. Etrange ce rêve.&amp;nbsp;Je me glissai plus profondément dans mon lit, et me rendormis rapidement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Heureusement, mon père avait l'ouie fine, en un bond il était sorti de son lit, avait dévalé l'escalier, saisi son fusil, et&amp;nbsp;s'était retrouvé&amp;nbsp;dans la rue&amp;nbsp;noire&amp;nbsp;suivi&amp;nbsp;des deux chiens&amp;nbsp;! Et sur l'herbe&amp;nbsp;du petit terre-plein&amp;nbsp;du haut de notre rue, il vit deux hommes se bagarrer. Mon frère aîné &lt;a href=&quot;http://www.fauvetta.net/archive/2006/05/10/l-annonce-faite-au-pere.html&quot; title=&quot;Robert&quot;&gt;Robert&lt;/a&gt; luttait pour ne pas se faire étrangler par son agresseur !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Arrêtez ou je tire, hurla mon père ! L'homme lâcha sa prise, et&amp;nbsp;malin comme un singe réussit à se relever et&amp;nbsp;s'enfuit en courant, les chiens se contentant d'aboyer.&amp;nbsp;Allongé, groggy,&amp;nbsp;mon frère se tenait le cou, reprenait&amp;nbsp;son souffle. - Bougre d'imbécile, je t'avais bien dit de ne pas sortir criait papa, ah mais d'où&amp;nbsp;viens-tu ? Et...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Mais laisse-le tranquille lui&amp;nbsp;cria ma mère qui venait d'arriver, Tu vois bien qu'il ne va pas bien, il faut s'occuper de lui !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon oncle et ma tante dont la chambre donnait sur la rue, avaient certainement entendu le raffut. Je parierais que Tante Margot s'était levée pour voir ce qui se passait, oui je le parierais ! Elle avait dû entrouvrir ses volets, et regarder l'agitation.&amp;nbsp;Elle s'était sans doute recouchée en disant à Tonton, Dors c'est rien, c'est encore mon frère qui s'énerve... - Rhaa même la nuit maintenant, avait soupiré Tonton...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Moi je dormais toujours, je ne sais pas si mes frères et soeurs avaient été réveillés... Robert&amp;nbsp;avait fini&amp;nbsp;pas se remettre debout, et tout doucement&amp;nbsp;avait suivi&amp;nbsp;mes parents à l'intérieur de la maison ; mon père n'arrivait pas trop à se calmer,&amp;nbsp;et répétait à mon frère qu'à 15 ou 16 ans il était mineur, et que ça suffisait et que...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lendemain, c'était dimanche. J'appris en me levant&amp;nbsp;l'Affaire de la nuit.&amp;nbsp;En rentrant du Grand Café, Robert&amp;nbsp;avait été attaqué&amp;nbsp;au coin de notre rue par un inconnu qui voulait de l'argent.&amp;nbsp;Evènement assez&amp;nbsp;incroyable dans les années 60 dans&amp;nbsp;notre petite ville rurale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous savions tous ce qui&amp;nbsp;l'attendait : La Cour aux Orties ! C'était la punition la plus grave&amp;nbsp;réservée par&amp;nbsp;mon père&amp;nbsp;aux frasques d'un des ses quatre fils, ou des quatre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette petite&amp;nbsp;cour était&amp;nbsp;située au fond de la grande&amp;nbsp;cour, après le jardin. Du temps où la ferme était en activité, les orties&amp;nbsp;servaient à nourrir&amp;nbsp;les canards. Lorsqu'ils étaient punis, mes frères devaient arracher les orties qui finissaient toujours par repousser bien sûr. Et eux trouvaient toujours de nouvelles idées...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Après son café,&amp;nbsp;Robert pas trop vaillant et&amp;nbsp;tout pâlichon,&amp;nbsp;se retrouva&amp;nbsp;au milieu des orties. Malgré le désaccord insistant&amp;nbsp;de maman qui ne supportait pas qu'un de ses fils soit malheureux, cela la rendait malade. - Tu le soutiens contre moi disait mon père, Mais non tu ne comprends rien répondait ma mère...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La nouvelle de l'agression s'était répandue dans le quartier, et les voisins vinrent aux nouvelles. Comment, ici dans une petite ville aussi paisible ?&amp;nbsp;Quoi, on risquait sa vie maintenant ? Mais où va-ton ? Avez-vous prévenu les gendarmes ? - Mais pourquoi faire répondait mon père, manquerait-plus qu'eux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La grande cour se remplit de voisins, le maréchal-ferrant&amp;nbsp;s'exclamant : Alors ton drôle a failli se faire tuer ? Notre&amp;nbsp;cordonnier toujours aussi attentionné&amp;nbsp;réconfortait mon frère&amp;nbsp;;&amp;nbsp;des voisines se précipitaient directement de l'épicerie de Tante Margot&amp;nbsp;le panier à la main, regardant le cou meurtri de mon frère, hochant la tête... Tout ce beau monde papotait&amp;nbsp;et&amp;nbsp;s'installait dans notre cour, les gamins jouaient en courant un peu partout...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les copains de Robert vinrent le soutenir moralement,&amp;nbsp;le coude appuyé&amp;nbsp;sur la petite barrière en fer, échangeant des&amp;nbsp;messages muets avec lui.&amp;nbsp;- Ah le père C. vous êtes dur avec lui, regardez-le... Un autre arriva à toute berzingue en vélo, il n'habitait pas le quartier mais avait été prévenu, et ne voulait rien rater.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Mais ce n'est pas la kermesse ici, commençait à râler mon père.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tante Margot s'échappa de son épicerie,&amp;nbsp; et fixa durement&amp;nbsp;son frère de son oeil bleu. Robert était depuis toujours son petit protégé, une affection indéfectible les unissait. - C'est la foire ici ou quoi hein ?&amp;nbsp;tu crois que c'est&amp;nbsp;un spectacle ce gamin tout seul avec ses orties ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon père&amp;nbsp;se souvint qu'il n'avait pas fait sa tournée de l'Huma, et qu'il n'avait même pas terminé son tiercé...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je crois, mais je n'en suis pas sûre, que les orties ont pu librement continuer à pousser ce dimanche-là !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Ragoût d'espérance</title>
                <link>http://www.fauvetta.net/archive/2008/09/12/le-ragout-d-esperance.html</link>
                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Tue, 21 Oct 2008 13:48:43 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;Dans mon quartier, les fins du mois démarraient terriblement tôt.&amp;nbsp;Après quelques jours presque détendus, on recommençait à tirer le diable par la queue.&amp;nbsp;Enfin pas tout le monde,&amp;nbsp;certaines familles étaient bien organisées, ou plus chanceuses peut-être.&amp;nbsp;A l'épicerie le crédit tournait, Tiens&amp;nbsp;marquez-moi donc ça disaient&amp;nbsp;quelques clientes&amp;nbsp;à ma tante qui inscrivait le chiffre sur son cahier. Mais parfois, trop c'était trop, impossible d'ajouter des dettes à des dettes, il fallait se débrouiller, en attendant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.fauvetta.net/archive/2007/04/25/les-medicaments.html&quot; title=&quot;Madame Gégé&quot;&gt;Madame Gégé&lt;/a&gt;&amp;nbsp;faisait partie des pauvres &quot;décomplexés&quot;, sans bling-bling ni tralala, quand elle était fauchée elle ne le cachait pas. Renversant son porte-monnaie sur la table, elle comptait ses pièces, et annonçait :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bon, ben les enfants,&amp;nbsp;cela sera&amp;nbsp;Ragoût d'espérance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Légumes&amp;nbsp;frais :&amp;nbsp;pommes de terre, carottes, navet, fève, tomate,&amp;nbsp;céleri,&amp;nbsp;et quelques légumes secs : lentilles, haricots, tout, tout&amp;nbsp;lui était utile pour concocter son fameux&amp;nbsp;ragoût.&amp;nbsp;Ce qu'elle trouvait ou ce qu'on&amp;nbsp;lui donnait.&amp;nbsp;L'Espérance&amp;nbsp;cuisait doucement sur la cuisinière avec des herbes, thym, persil, de l'ail, de l'oignon...&amp;nbsp;Elle arrivait à mettre sur la table&amp;nbsp;un bon plat chaud et distribuait les assiettes remplies tout en comptant les tartines de gros pain. Faut surtout pas mettre trop de laurier disait-elle, cela donne envie de viande.&amp;nbsp;Ne pas avoir de viande, c'était vraiment le signe des jours sans, des jours d'espérance de jours meilleurs, d'espérance d'une petite somme qui arriverait, les allocs versés deux fois par mois, une prime exceptionnelle, un billet trouvé par terre, un don d'une âme généreuse... Il fallait toujours espérer selon elle. On ne savait jamais. Tout en dégustant,&amp;nbsp;chacun disait ce qu'elle aurait pu y rajouter&amp;nbsp;: une bonne poule, un lapin, ou bien du veau,... Ah oui, cela aurait bien fini le ragoût disait-elle.&amp;nbsp;Et puis le repas passait, chacun avait le ventre bien plein. C'était un Ragoût d'espérance, un vrai, différent à chaque fois, selon les légumes, la saison, le temps de cuisson. Si elle vivait aujourd'hui, elle ferait fortune Madame Gégé avec sa recette, des légumes, des herbes, du savoir-faire, elle serait à la mode Madame Gégé, on la citerait dans toutes les revues, cela me fait bien rire !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez mes parents, le côté fauché prenait des airs plus crispés. Plutôt source de tensions et d'engueulades familiales. Souvent, mon père prenait les choses en main. Lorsque nous avions épuisé les joies du pommes de terre/Corned beef, il fallait&amp;nbsp;agir !&amp;nbsp;Et hop il se dirigeait vers la caisse en bois recouverte d'une grille où il stockait les escargots ramassés les soirs de pluie. Les fameuses cagouilles charentaises ! Les escargots jeûnaient depuis plusieurs jours, il fallait les rincer, les faire dégorger ce n'était pas trop appétissant. Ensuite il les collait dans un grand&amp;nbsp;faitout&amp;nbsp;sur le feu&amp;nbsp;avec de l'eau et&amp;nbsp;du gros sel. On mettait des patates à cuire, et le repas était prêt. Mon père se régalait, un peu de vinaigre sur les escargots, de grandes tartines de pain, tout le monde aimait bien ça&amp;nbsp;je crois.&amp;nbsp;Il gâchait tout lorsqu'il affirmait à ma mère qu'à la campagne, on pourrait presque vivre sans rien acheter ! Elle ne supportait pas et devenait enragée ! Mais si insistait-il, on peut trouver des escargots, des poireaux de vignes, du cresson, des fruits dans les arbres... Un vrai sketch !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus tard, j'ai découvert que les escargots se cuisinaient autrement et pouvaient constituer un plat raffiné et recherché. Moi cela ne me tente pas trop, en revanche une bonne petite potée de légumes, oui.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Le Boeuf est passé</title>
                <link>http://www.fauvetta.net/archive/2008/09/01/le-boeuf-est-passe.html</link>
                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Mon, 08 Sep 2008 00:45:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;Nous étions petits, et le matin, Maman rentrait dans nos chambres et chuchotait : Le boeuf est passé, il est 8 heures, il faut se lever !&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'était notre réveil en douceur,&amp;nbsp;ploc, ploc, ploc, ploc, le boeuf blanc remontait notre rue en route pour la Fabrique de&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.fauvetta.net/archive/2006/04/07/tres-cruelle-vengeance.html&quot; title=&quot;Tonton Guillaume&quot;&gt;Tonton Guillaume&lt;/a&gt;&amp;nbsp;tous les matins de la semaine. La voix rauque de l'ouvrier qui l'accompagnait&amp;nbsp;s'élevait de temps en temps. J'aimais bien ces moments, parfois&amp;nbsp;j'avais&amp;nbsp;entendu le passage du boeuf, et je savourais la chaleur de mon lit, j'attendais...&amp;nbsp;Je gardais les yeux fermés, la rue et la maison étaient silencieuses, mon père et les autres hommes du quartier&amp;nbsp;étant partis&amp;nbsp;au travail en vélo ou à pied depuis plus d'une heure.&amp;nbsp;J'entendais mes frères se lever, la cavalcade dans l'escalier, des bruits de casserole et de bols&amp;nbsp;montaient de la cuisine... Et moi j'attendais, j'attendais de me décider ! Je pensais toujours&amp;nbsp;avoir le temps, nous n'habitions pas très loin de l'école des filles. Celle des garçons se trouvait à l'autre bout de la petite ville, dès le boeuf passé ils ne devaient pas traîner pour arriver à l'heure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne me souviens plus quand le boeuf a cessé de passer, je ne me souviens plus quand Maman a cessé de venir nous réveiller. Nous avons fini par nous débrouiller tout seuls.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me souviens du boeuf blanc tirant le wagon dans la carrière de chaux&amp;nbsp;de la Fabrique. Nous allions nous y&amp;nbsp;balader parfois le jeudi après-midi. Les ouvriers nous disaient Voulez-vous bien sortir d'ici les drôles,&amp;nbsp;c'est dangereux. J'avais peur dans ces étranges&amp;nbsp;couloirs étroits, blancs et froids. Je préférais aller voir les ouvriers sortant les briques, tuiles ou parpaings d'antiques machines. Ils nous questionnaient sur l'école, nous confondaient, Alors toi tu es la grande ou la moyenne ?&amp;nbsp;Mais jamais ils ne se trompaient pour mes frères. Tiens, tu diras à ma femme que je vais directement au jardin ce soir, t'y penseras bien hein si tu la vois à l'épicerie ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La grosse&amp;nbsp;traction de mon oncle faisait parfois son apparition dans un nuage de poussière. Il en descendait et marchait comme s'il foulait ses épais tapis, l'air d'un seigneur&amp;nbsp;en visite. Il me passait gentiment&amp;nbsp;les mains dans les cheveux, je&amp;nbsp;repartais entraînant avec moi les petits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le soir à 18 heures, l'ouvrier ramenait le boeuf à l'étable installée chez mon oncle. L'été, lorsqu'ils se pointaient en haut de &lt;a href=&quot;http://www.fauvetta.net/archive/2006/06/01/notre-rue-a-nous.html&quot; title=&quot;le rue&quot;&gt;la rue&lt;/a&gt;, les femmes discutant sur le trottoir de l'épicerie s'écriaient invariablement : Déjà 6 heures ! Le boeuf va passer, il faut que je me sauve, je suis pas en avance pour la soupe de ce soir moi ! Et hop les blouses fleuries&amp;nbsp;s'égaillaient vers leur maison respective, et le boeuf blanc majestueux passait lentement,&amp;nbsp;suivi d'une nuée de gamins que l'ouvrier essayait vainement&amp;nbsp;de chasser&amp;nbsp;: Mais laissez-le respirer, enfin !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas s'il existe des photos de ce boeuf, j'aimerais bien en avoir une. Juste une comme ça pour le souvenir.&lt;/p&gt; 
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                <guid isPermaLink="true">http://www.fauvetta.net/archive/2008/08/17/soeur-monique-prend-vapeur.html</guid>
                <title>Soeur Monique prend vapeur</title>
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                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Mon, 25 Aug 2008 00:05:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;A la rentrée, Soeur Directrice nous présenta Soeur Monique&amp;nbsp;qui rejoignait notre école, et serait responsable de&amp;nbsp;notre classe, les CM1-CM2, &quot;Au travail tout de suite, car vous le savez mes enfants, l'oisiveté est la mère de tous les vices&quot;. Soeur Monique, grande, vive et autoritaire enseignait avec rigueur et exigence.&amp;nbsp;Nous nous habituâmes à son caractère tranché, et ses sautes d'humeur, et le premier trimestre s'écoula. Les parents&amp;nbsp;d'élèves semblaient satisfaits des résultats, et saluaient même sa &quot;dureté&quot;,&amp;nbsp;car c'était&amp;nbsp;pour notre bien. Je l'admirais et la craignais à la fois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle appliquait le programme, mais voulait&amp;nbsp;aussi nous aider à vivre&amp;nbsp;selon les&amp;nbsp;valeurs de&amp;nbsp;la&amp;nbsp;religion, pour être prêtes à paraître devant Notre Seigneur à tout moment, répétait-elle. Un jour, elle déclara être horrifiée par la mauvaise tenue des jeunes qu'elle rencontrait lorsqu'elle traversait le parc du Château pour se rendre à&amp;nbsp;l'église, et elle se mit à hurler &quot;Ils se frottent le museau l'un contre l'autre et se tripotent, c'est&amp;nbsp;dégoutant ! Des animaux.&quot;&amp;nbsp;Surprises et silencieuses,&amp;nbsp;nous la regardions, gesticulant toute rouge&amp;nbsp;sur son estrade. Elle continua parlant de la pureté obligatoire des jeunes filles, et pourquoi pas des femmes, nous laissant baba... Comment osions-nous faire souffrir le Christ ainsi, lui qui avait donné sa vie pour nous ? Nous étions sans voix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle prit Claudine en grippe,&amp;nbsp;une grosse fille gentille, en retard dans sa scolarité.&amp;nbsp;Et qui, en quelques mois s'était transformée en jeune fille, gauche, timide et pataude. Tout débordait chez elle, ses seins serrés dans une blouse trop petite, ses fesses, ses cuisses qu'elle arrivait difficilement à loger sur le siège de son pupitre... Elle ne &quot;suivait pas&quot; comme on disait, et pourtant je savais que chez elle, on lui faisait &quot;repasser&quot; ses leçons. Un jour la voix joyeuse, elle nous&amp;nbsp;raconta qu'elle était allée avec ses parents au mariage d'une cousine, et que c'était formidable, elle savait ce qu'elle voulait faire : elle serait Serveuse, c'était si&amp;nbsp;chouette de porter une belle robe noire, un petit tablier blanc et&amp;nbsp;de rendre service aux gens. Lorsque Soeur Monique l'apprit elle devint furieuse, contre Claudine qui voulait se vendre, qui finirait mal, car les serveuses c'était bien connu, n'étaient&amp;nbsp;que des aguicheuses, des filles perdues qui se vautraient dans la luxure, et&amp;nbsp;offraient leur corps&amp;nbsp;! Elle hurlait, hurlait tapant sur son bureau&amp;nbsp;avec sa règle,&amp;nbsp;Claudine pleurait à chaudes larmes... Nous étions toutes terrorisées, et ne comprenions pas sa réaction... Non, selon Soeur Monique le plus beau&amp;nbsp;métier d'une femme était d'être l'épouse du Dieu, lui demeurer fidèle en toute circonstance, et tout le reste n'était que péché...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'année continua, et les colères de Soeur Monique se firent de plus en plus fréquentes et violentes. Pour un rien, un objet qui tombait, une jupe jugée trop courte, un livre oublié,&amp;nbsp;des sourires échangés... Un jour lors d'un exercice de grammaire, nous devions proposer des verbes&amp;nbsp;dérivés de&amp;nbsp;Courir, tout se passait bien&amp;nbsp;lorsqu'une petite CM1&amp;nbsp;innocente&amp;nbsp;proposa &quot;accoucher&quot;. Aïe, Aïe, quel malheur ! Soeur Monique partit dans un délire sur les femmes souillées par les hommes,&amp;nbsp;femmes qui&amp;nbsp;devaient se repentir, demander pardon à Notre Seigneur... La petite CM1 qui venait d'avoir un petit frère pleurait comme une madeleine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Claudine malgré ses formes encombrantes et rebondies&amp;nbsp;essayait de se faire oublier...&amp;nbsp;Mais un&amp;nbsp;jour, Soeur Monique lui demanda de venir au tableau réciter&amp;nbsp;sa&amp;nbsp;poésie. Figée,&amp;nbsp;toute la classe&amp;nbsp;observa Claudine se lever et aller devant le tableau. Elle n'arrivait pas à parler, et bredouillait... Soeur Monique debout près d'elle la regardait fixement. Claudine fit un effort, respira et essaya à nouveau. Sa voix chevrotait, les phrases étaient&amp;nbsp;inaudibles, elle transpirait, ses mains tripotaient son tablier à carreaux. Les mots ne sortaient plus, des larmes se mirent à couler, elle transpirait de plus en plus.&amp;nbsp;&quot;Relevez la tête et cessez vos simagrées !&quot;&amp;nbsp;vociféra Soeur Monique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&quot;Vous n'avez pas appris votre leçon, vous n'avez pas honte ? - Mais si ma Soeur, je... - Arrêtez de mentir, vous offensez Notre Seigneur. Elle se mit à tourner autour d'elle : &quot;vous êtes une grosse&amp;nbsp;paresseuse, d'ailleurs cela se sent, vous puez la paresse. C'est une puanteur ! Vous puez ! Vous puez ! Retourner vous asseoir !&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les parents de Claudine vinrent se plaindre à Soeur Directrice, leur fille était travailleuse, et surtout, surtout elle était propre et ne puait pas. Soeur Directrice qui pourtant&amp;nbsp;occupait la classe mitoyenne et n'était pas sourde, les renvoya&amp;nbsp;affirmant que Claudine n'avait pas bien compris, que Soeur Monique était une bonne enseignante ! Les pauvres, il faut dire que&amp;nbsp;petites gens,&amp;nbsp;ils n'effectuaient jamais de dons somptueux à l'école !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La tante de Claudine fréquentait l'épicerie de ma Tante Margot ; en rogne, elle&amp;nbsp;raconta l'affaire, le chagrin et la honte des parents. Les méthodes de Soeur Monique commençaient à être connues et un peu critiquées, du moins dans notre milieu.&amp;nbsp;Là, ce fut l'explosion. Les femmes étaient blessées par la méchanceté, et touchées par Claudine que tout le monde aimait. Et Madame V.&amp;nbsp;trancha avec autorité : - Moi je vous le dis, on sait bien ce qui lui manque, elle est comme les autres et puis c'est tout.&amp;nbsp;Toutes les femmes éclatèrent de rire, même la Tatie de Claudine, - Mais oui, c'est ça, voila le remède, pas la peine de tourner autour du&amp;nbsp;pot ! Ma Tante dut freiner quelques excès de vocabulaire, en&amp;nbsp;signalant ma présence du menton. -&amp;nbsp;Taisez-vous donc, la petite écoute ! - Bah rétorqua Madame M. autant qu'elle connaisse la vraie vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'avais bien compris, et me sauvai bien vite. Choquée, je&amp;nbsp;me sentais trahie.&amp;nbsp;Alors, ce n'était qu'une méchante&amp;nbsp;femme ordinaire, voilà tout. Je fus malade toute la nuit et le lendemain, vomissements, migraine...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon attitude en classe changea.&amp;nbsp;Je devins plus dissipée, et surtout je me mis à la provoquer. Je tenais tête, ricanais essayant d'entraîner le reste de la classe...&amp;nbsp;L'idée de devenir religieuse&amp;nbsp;chère à&amp;nbsp;Soeur Monique me faisait horreur. Je négligeais de plus en plus mes devoirs.&amp;nbsp;J'aurais dû me méfier, mais&amp;nbsp;je n'avais que 9 ans...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un jour, elle&amp;nbsp;obtint sa vengeance. Elle me convoqua au tableau. Et bien sûr je séchai n'ayant pas&amp;nbsp;préparé mes maths. Elle fit semblant de patienter, de m'aider, et m'expliqua l'exercice. Puis, elle fonça. M'attrapa la tête, et me la cogna au tableau. Bong, bong, bong. Je serrai les dents. - Alors vous avez compris ? C'est rentré dans votre tête ? Et re - bong, bong, bong... J'étais sonnée. - Oui ou non&amp;nbsp;répondez !&amp;nbsp;Je refusai de répondre et de la regarder. Elle&amp;nbsp;me saisit&amp;nbsp;à nouveau et me recogna contre le tableau : - Alors Tête de Boche, c'est compris, Tête de boche ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'étais anéantie non pas&amp;nbsp;par la douleur physique mais par l'insulte. Elle savait pile poil ce qui allait m'atteindre, et avait eu tout le temps de ruminer ma mise au pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle avait gagné. La saleté.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Quelques années plus tard, l'école dut la renvoyer dans sa communauté qui la fit interner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Les Lumières du soir</title>
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                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Wed, 02 Jul 2008 14:26:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;Les soirs d'été, ma petite soeur Vivi&amp;nbsp;voulait&amp;nbsp;voir les lumières, Et si on allait voir les&amp;nbsp;lumières répétait-elle. Nous quittions &lt;a href=&quot;http://www.fauvetta.net/archive/2006/06/01/notre-rue-a-nous.html&quot; title=&quot;notre rue&quot;&gt;notre&amp;nbsp;rue&lt;/a&gt;, et marchions avec maman vers le centre ville.&amp;nbsp;Les néons de l'avenue nous éclairaient, et les grands&amp;nbsp;yeux de Vivi clignaient à force de les fixer. Que c'est beau, ça brille, ça brille,&amp;nbsp;disait-elle. Les vitrines des boutiques n'étaient pas éclairées, ni même le château ou l'église, ce n'était pas l'esprit des années 60, les néons suffisaient à notre&amp;nbsp;fête des lumières.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur la place,&amp;nbsp;voisins, voisines et enfants prenaient le frais sur les bancs publics sous les marronniers. Parfois, ils avaient aussi&amp;nbsp;apporté un siège&amp;nbsp;pliant au cas-où. Nous nous mettions à courir, à sauter à la corde, à jouer au loup...&amp;nbsp;Nous allions&amp;nbsp;en douce vers le Grand Café enfumé&amp;nbsp;où les joueurs de billard, manches relevées s'activaient en riant et s'épongeant le front. Quelques jeunes prenaient un pot&amp;nbsp;se prétendant&amp;nbsp;rockers devant de rares&amp;nbsp;jeunes filles serrées les unes contre les autres sur leur banquette. Nous tentions une timide entrée dans le Grand Café, mais le serveur nous chassait avec son torchon, Fichez-moi le camp les mômes, z'avez rien à faire ici... Nous nous sauvions en rigolant, T'as vu il nous prend pour des chats, ou des mouches !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous retournions&amp;nbsp;vers les bancs, et les grands nous disaient, Mais calmez-vous, sinon on rentre tout de suite, et au lit ! Nous allions nous asseoir un peu à l'écart sur le trottoir ou sur l'herbe, et chuchotions des bêtises de notre âge. Nous regardions les grands, et les trouvions drôles. Parfois nous envoyions un petit demander à Paulo pourquoi il portait&amp;nbsp;sa blouse blanche de la Laiterie où il venait d'être embauché. Et lui, se redressant,&amp;nbsp;tout fier, en suçotant sa pipe&amp;nbsp;: C'est pour faire Ingénieur ! Tout le monde s'esclaffait, ah Paulo ingénieur, ah, ah ! Et lui aux anges, rouge de plaisir, Les filles ça va leur plaire, je le sens ! - Tu ne vas pas aller au bal en blouse blanche Paulo quand même ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d'un coup, tout le monde se levait, on se disait Au revoir, à demain sans doute ! Et nous nous dépêchions de rentrer, portant parfois Vivi dans nos bras. C'est que dans ces temps-là, l'éclairage public s'arrêtait pile à 22 heures, eh oui. Les rues devenaient sombres, nous pouvions voir les étoiles, respirer l'odeur sucrée des Belles de nuit..&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais où étiez-vous passés ? disait mon père, - Mais tu sais bien, on a emmené la Petite voir les Lumières répondait Maman.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Les vacances d'Yvonne</title>
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                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Tue, 17 Jun 2008 00:10:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;La nouvelle n'avait pas traîné. Cette fin de&amp;nbsp;matinée d'août 61 (ou 62, 63&amp;nbsp;?),&amp;nbsp;toutes les commères&amp;nbsp;en parlaient&amp;nbsp;l'air meurtri à&amp;nbsp;l'épicerie de Tante Margot : Yvonne M. était partie en vacances !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Veuve depuis plus de&amp;nbsp;quatre ans, Yvonne M. élevait seule ses enfants, trimant dur&amp;nbsp;du matin au soir, &quot;chez les autres&quot;, lessive, ménages, travaux de couture, jardinage... elle ne refusait rien. On disait d'elle &quot;Elle est courageuse et gentille Yvonne.&quot;&amp;nbsp;Ces propos étaient devenus moins aimables lorsque&amp;nbsp;José G.&amp;nbsp;était venu s'installer&amp;nbsp;chez elle. &quot;Elle vit à la colle Yvonne&quot; me&amp;nbsp;laissa longtemps perplexe. Les femmes&amp;nbsp;jusqu'alors compatissantes,&amp;nbsp;s'estimaient trahies, et la regardaient de travers. Les hommes&amp;nbsp;avaient fini par hausser le ton&amp;nbsp;&quot;C'est un bon gars José, il travaillait sur les chantiers avec Henri, mari d'Yvonne, y'a pas de mal, et Yvonne est encore jeune, elle a quoi, 35,&amp;nbsp;38 ans ? Arrêtez vos messes basses !&quot;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voilà, que ce matin, Yvonne M., ses enfants et le chien s'étaient installés dans la 403 Break de José, et,&amp;nbsp;en route vers l'Espagnel ! En vacances !!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Ah, et voilà,&amp;nbsp;comme ça, sans prévenir. Si sa fille Catherine ne l'avait pas dit à la mienne, on ne l'aurait jamais su ! C'est un monde quand même, partie faire la belle en Espagne avec son Espingouin, piaillait la Mère S., les bras fermement croisés sur sa grosse poitrine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Est-ce qu'on part en vacances, nous ? disait la mère L., les bigoudis sur la tête.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Mais non, mais non, jamais, nous on ne part jamais. Et pourtant, je ne suis pas veuve moi ! rétorquait la petite mère G., toute maigre dans sa blouse à fleurettes sur sa combine rose.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;-- Et, avec un étranger, tiens si ça se trouve il fait la traite des blanches, on ne les reverra peut-être jamais...&amp;nbsp;insinua la finaude Mère S. qui&amp;nbsp;ne ratait jamais&amp;nbsp;une occasion de se taire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Mais non&amp;nbsp;voyons, ce n'est pas là-bas la traite des blanches... Enfin quand même,&amp;nbsp;c'est&amp;nbsp;qu'ils ne&amp;nbsp;sont toujours pas mariés... soupirait ma Tante Margot&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ma mère voulant soutenir Yvonne, si méritante, si serviable,&amp;nbsp;se fit&amp;nbsp;rabrouer&amp;nbsp;par la grise et sèche&amp;nbsp;mère T. qui détestait tous&amp;nbsp;les étrangers, tous. Mais elle a raison maman, dis-je, elle a besoin de se reposer Yvonne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- ah, c'est ce qu'on t'apprend au catéchisme, toi, hein ? Soutenir celles qui vivent dans le péché ? rétorqua la fielleuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'un geste apaisant, Tante Margot&amp;nbsp;me fit comprendre de ne pas insister, et je&amp;nbsp;me concentrai sur&amp;nbsp;mon cageot de fruits à trier, tout en notant&amp;nbsp;de sonner à la&amp;nbsp;grille de cette vieille chipie de Madame T. encore plus souvent que d'habitude, et surtout de me sauver en courant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le départ en douce d'Yvonne fut l'objet de conversations sans fin durant toute la semaine, une boucle de paroles malveillantes.&amp;nbsp;Les&amp;nbsp;maris&amp;nbsp;laissèrent les femmes broder, et passèrent leurs&amp;nbsp;congés au jardin, à la pêche, ou&amp;nbsp;au bistrot à&amp;nbsp;jouer aux cartes. Excédés par les ragots, ils finirent par exiger qu'on laisse Yvonne et José tranquilles. En vain je crois.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au milieu de la semaine suivante, Yvonne, José, les enfants et le chien revinrent dans la 403 Break, ils avaient l'air épuisé.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Alors ces vacances Yvonne ?&amp;nbsp;entonnèrent les voisines hypocrites mais curieuses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- M'en parlez pas,&amp;nbsp;c'était pas des vacances. Nous sommes partis à toute vitesse pour l'enterrement de&amp;nbsp;la maman de José,&amp;nbsp;en plein centre&amp;nbsp;de l'Espagne. Et,&amp;nbsp;maladroite et naïve, Yvonne les yeux voilés&amp;nbsp;laissa entendre qu'elle n'avait pas été reçue à bras ouverts par la&amp;nbsp;famille de José, au contraire...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Ma pauvre Yvooonne, s'exclama faussement le choeur des&amp;nbsp;voisines, cachant mal leur satisfaction mesquine et leur soulagement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne regrette absolument pas d'avoir tiré autant de sonnettes que j'aie pu le faire cet été-là, et d'avoir entraîné les autres mômes du quartier. Non vraiment pas.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Tachov, une bonne surprise</title>
                <link>http://www.fauvetta.net/archive/2008/06/09/tachov-une-bonne-surprise.html</link>
                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Mon, 09 Jun 2008 23:17:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p&gt;Maman, devine&amp;nbsp;d'où je t'appelle, me dit ma fille, Corbelle. Bon, je la sais en vadrouille avec son DouxChéri,&amp;nbsp;entre l'Allemagne et l'Autriche durant ce long week-end de mai, j'hésite, et,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Je suis à Tachov, Maman, à &lt;a href=&quot;http://www.hautetfort.com/admin/posts/post.php?post_id=1487864&amp;amp;evnt=editPost&quot; title=&quot;Tachov&quot;&gt;Tachov&lt;/a&gt; !&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- A Tachov ? Mais...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Oui, nous venons d'arriver depuis la Bavière !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Très surprise, je sens mon coeur battre très vite,&amp;nbsp;accélérer, je bredouille...&amp;nbsp;&amp;nbsp;Elle est toute joyeuse, contente de me surprendre, et de me faire plaisir. Ils visitent, se renseignent, vont prendre des photos, et puis, elle aussi est émue... Avant d'aller à Tachov, ils sont passés par Weiden en Bavière où se trouve un musée&amp;nbsp;sur les&amp;nbsp;Sudètes. Le conservateur leur a montré d'anciens plans de la ville de Tachau devenue après la guerre Tachov, ils ont fait des photocopies, ont visité le musée et en route vers Tachov en République tchèque !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a quelques mois, j'avais&amp;nbsp;laissé un message sur un&amp;nbsp;site allemand&amp;nbsp;de Sudètes ; une personne m'avait un jour&amp;nbsp;contactée,&amp;nbsp;me demandant des détails sur ma mère, son nom de famille, la date et le lieu&amp;nbsp;de sa&amp;nbsp;naissance. Quelques semaines plus tard, un mail m'était parvenu, en allemand (hélas pour moi),&amp;nbsp;m'offrant des informations&amp;nbsp;sur la famille de ma mère, leur adresse avant la guerre... J'avais remercié cet homme qui avait gentiment fait des recherches,&amp;nbsp;puis j'avais essayé de déchiffrer&amp;nbsp;le contenu de ce mail. Il me disait pas mal de choses sur le passé, mais rien sur la présence éventuelle de descendants de &lt;a href=&quot;http://www.hautetfort.com/admin/posts/post.php?post_id=1475495&amp;amp;evnt=editPost&quot; title=&quot;la famille&quot;&gt;la famille&lt;/a&gt; à Tachov, ou ailleurs. Mais c'était déjà beaucoup, et c'était&amp;nbsp;un beau cadeau, plein de promesses.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un soir, Corbelle et son DouxChéri sont venus dîner avec nous ;&amp;nbsp;Corbelle m'a demandé de leur&amp;nbsp;montrer le mail.&amp;nbsp;L'allemand n'a aucun secret pour DouxChéri, il&amp;nbsp;a traduit le texte, et&amp;nbsp;nous avons&amp;nbsp;évoqué un futur voyage ensemble&amp;nbsp;sans fixer de date.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et voilà qu'il y étaient à Tachov, se promenant dans les rues du centre ville, recherchant la maison de mes grands-parents. La rue a changé de nom, mais en se basant sur l'ancien plan, ils ont réussi à trouver&amp;nbsp;la rue, et&amp;nbsp;la maison ! Qui a sans doute dû être reconstruite ou modifiée... Je suppose que ma mère y est née, ainsi que mon frère aîné Robert... Clic, clic, des photos pour nous montrer à leur retour...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tachov est une petite ville de Bohème au passé assez agité, elle a subi invasions, incendies... En 1930, la population atteignait presque 7 000 habitants. Après la guerre et&amp;nbsp;l'expulsion des&amp;nbsp;Sudètes allemands, elle&amp;nbsp;était descendue à 4 073 habitants en 1950.&amp;nbsp;Aujourd'hui, la ville&amp;nbsp;annonce 13 000 personnes.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Corbelle et DouxChéri nous ont proposé d'y aller ensemble, de séjourner une semaine dans la région ; nous irons certainement au printemps prochain, leur été étant déjà surbooké ! C'est bien,&amp;nbsp;c'est un beau projet.&amp;nbsp;Voir les lieux, la région...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Voici des photos, d'abord la maison, le centre ville de Tachov. Puis une photo prise au musée de Weiden, les coiffes étaient une &quot;spécialité&quot; des modistes de Tachov. (Merci Corbelle et DouxChéri, merci).&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.fauvetta.net/media/01/01/1889710492.jpg&quot; alt=&quot;02052008659.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1061065&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.fauvetta.net/media/00/02/968455949.2.jpg&quot; alt=&quot;02052008661.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1061306&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.fauvetta.net/media/02/00/2009959123.jpg&quot; alt=&quot;02052008654.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-1061312&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>La casserole de lait</title>
                <link>http://www.fauvetta.net/archive/2008/02/18/la-casserole-de-lait.html</link>
                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Tue, 19 Feb 2008 00:05:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p&gt;Chaque soir l'un de nous prenait une casserole, et allait à la ferme d'à côté chercher&amp;nbsp;le lait. C'est surtout l'été que j'aimais bien m'y rendre,&amp;nbsp;pénétrant directement dans l'étable. Madame T. finissait de traire les vaches, s'arrêtant de temps à autre pour papoter. C'était le meilleur moment de sa journée, une dizaine de personnes attendaient dans la cour, les enfants couraient et&amp;nbsp;jouaient,&amp;nbsp;elle allait enfin pouvoir savoir ce qui se passait dans le quartier !&amp;nbsp;J'aimais bien entendre son&amp;nbsp;patois vendéen&amp;nbsp;que je trouvais très drôle et exotique. Même si je ne comprenais pas tout. Cela n'avait pas été facile pour eux de venir s'installer en Charente, encore des VentraChoux&amp;nbsp;cathos,&amp;nbsp;disaient certains&amp;nbsp;au début en parlant d'eux.&amp;nbsp;Au fil des ans,&amp;nbsp;tout le monde s'était apprivoisé.Toujours&amp;nbsp;habillée de robes noires à fleurettes et d'un grand tablier, les cheveux couverts d'un fichu&amp;nbsp;sombre,&amp;nbsp;je pensais que Madame T. était&amp;nbsp;vieille mais elle ne devait pas l'être vraiment. Les autres&amp;nbsp;voisines&amp;nbsp;arrivaient en blouse la combinaison dépassant un peu, rien de bling-bling.&amp;nbsp;La traite terminée&amp;nbsp;Monsieur et Madame&amp;nbsp;T. apportaient un bidon de lait dans la cour, et nous formions un cercle autour d'eux.&amp;nbsp;J'aimais bien&amp;nbsp;l'odeur&amp;nbsp;du&amp;nbsp;lait tiède et&amp;nbsp;tout mousseux, l'ambiance de fin de journée.&amp;nbsp;Madame T. prenait un quart en alu&amp;nbsp;qui lui servait de mesure, et la distribution pouvait commencer. Oh tout doucement, parce que Madame T. démarrait :&amp;nbsp;- Disez donc Madame G., il paraît que... Et pendant un bon quart d'heure, on poursuivait la conversation de la veille, ou abordait un nouveau sujet, ou n'importe quoi. Mais il fallait causer ! L'été les hommes en vacances accompagnaient parfois leur épouse, ou venaient seuls avec un ou deux enfants, nous étions plus nombreux. L'atmosphère était familiale, détendue, toute simple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Après la guerre d'Algérie, plusieurs familles de rapatriés vinrent s'installer dans la ville, et&amp;nbsp;s'intégrèrent peu à peu à notre vie. Avec plus ou moins de facilité et de succès.&amp;nbsp;Y compris à la cérémonie du lait. Un soir, un homme vint acheter son&amp;nbsp;lait,&amp;nbsp;en short, chemisette grande ouverte sur une chaîne dorée. Sans doute mal à l'aise devant l'hostilité à peine cachée de l'assemblée, il cherchait à plaisanter, racontant des blagues un peu épaisses&amp;nbsp;que personne n'avait l'air de goûter. Je sentais bien que cela clochait, qu'il&amp;nbsp;lui fallait se taire... Tout d'un coup, Madame S. tout de noir vêtue se tourna vers lui : - Cela suffit vos rires. C'est à cause de gens comme vous que mon fils est mort ! Et vous, et vous, vous êtes là à vous pavaner !&lt;/p&gt;
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                <title>Leçons de conduite</title>
                <link>http://www.fauvetta.net/archive/2008/01/21/cours-de-conduite.html</link>
                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Tue, 22 Jan 2008 01:20:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p&gt;Mes parents n'avaient pas d'auto, mon père avait un vélo. Mon Oncle avait une chouette 4 CV dorée, mais ma Tante Margot ne conduisait pas. D'ailleurs dans mon quartier,&amp;nbsp;peu de femmes&amp;nbsp;&amp;nbsp;savaient conduire lorsque j'étais enfant. A dix-huit ans les garçons savaient se débrouiller au volant, et&amp;nbsp;envisageaient de préparer leur permis, soit à l'armée parce que c'était gratuit, soit en payant des cours. Je me souviens de l'ouverture d'une auto-école,&amp;nbsp;et de la distribution de&amp;nbsp;prospectus&amp;nbsp;alléchants. Et surtout de la petite révolution qu'elle entraîna :&amp;nbsp;quelques&amp;nbsp;maris modernes&amp;nbsp;encouragèrent leur épouse à s'inscrire ! A l'usine, ils durent affronter les railleries de leurs&amp;nbsp;collègues : Quoi les femmes au volant ? Et la tienne en plus, mais pourquoi faire ? Et tu lui prêteras ta voiture ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;A l'épicerie, de grandes discussions s'engagèrent aussi. Ma Tante considérait que c'était sans doute pratique, mais puisqu'elle avait un mari pour la conduire, et puis elle se sentait déjà trop vieille, c'était pour les jeunes... Madame V. toujours aussi raide, trouvait que c'était vulgaire, une femme bien&amp;nbsp;devait rester à sa place (!!!) ; Madame P. aurait bien voulu mais son budget était&amp;nbsp;trop&amp;nbsp;ric-rac, et puis pour aller où hein ? Non, c'était bien pour la femme du médecin et celle du vétérinaire qui&amp;nbsp;allaient faire leurs emplettes à la grande ville, mais nous hein ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont les jeunes femmes, célibataires ou pas qui suivirent les premiers cours bénéficiant de tarifs &quot;imbattables&quot;, et qui décrochèrent parfois brillamment leur permis. Ces réussites, ou ces échecs étaient abondamment et joyeusement&amp;nbsp;commentés dans les bistrots, au marché, à l'épicerie, sur le champ de foire... Les temps changeaient. Certains maris,&amp;nbsp;ou pères, ou frères, voire cousins,&amp;nbsp;arrosaient généreusement les permis obtenus, et le récit&amp;nbsp;des cuites historiques en l'honneur de ces dames ont longtemps fait les délices de nos soirées familiales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Puis un jour, le ton changea. L'atmosphère devint plus tendue.&amp;nbsp;Des rumeurs circulèrent, les gens se mirent à chuchoter, à se parler en faisant des mimiques, à prendre un air entendu,&amp;nbsp;à ricaner parfois.&amp;nbsp;Même mon père avait l'air perplexe.&amp;nbsp;Et moi, j'ouvris tout grand mes oreilles...&amp;nbsp; Un après-midi, je me planquai dans la partie Mercerie de l'épicerie de Tante Margot, et là assise sur la petite marche de l'escabeau, j'attendis patiemment. Bientôt Tante Margot et ses clientes oublièrent ma présence, et se mirent enfin à discuter du sujet qui électrisait &lt;a href=&quot;http://www.fauvetta.net/archive/2006/06/01/notre-rue-a-nous.html&quot; title=&quot;la rue&quot;&gt;la rue&lt;/a&gt; depuis quelque temps.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Figurez-vous que le moniteur de l'auto-école aurait eu des gestes déplacés, un peu trop caressants avec certaines de ses clientes. Mais le pire, c'est que selon certains bruits, quelques femmes auraient succombé à ses tentatives de séduction... Ah scandale, et&amp;nbsp;il n'est même pas charentais en plus !&amp;nbsp;s'écria cette pauvre Mère P.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Je vous l'avez bien dit que ce n'était pas pour les femmes pavoisa la Mère V.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Mais chuchota la mère H. dont le mari travaillait dans le même atelier que L., il paraît que la femme de S. et le moniteur vont ensemble, quelqu'un les a vus !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Quoi, la Dédée, elle va avec lui ? Rhoooo.... la vache...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Mais qu'est qu'il attend S. ? Il est au courant ou pas ? Parce que le mien je vous assure, il se laisserait pas faire ! Ah la Dédée, je l'ai toujours su qu'elle serait coureuse. Pfff. Quand je pense à ses airs de Sainte-Nitouche...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ah que&amp;nbsp;tout cela était captivant, j'avais enfin compris le sens du verbe &quot;Aller&quot; appliqué aux relations homme-femme, et tout s'éclaira. Ainsi ce prétentiard de moniteur faisait du gringue à ses clientes... Je ne l'aimais pas ce type, l'air avantageux et suffisant,&amp;nbsp;trop bien habillé, trop content et sûr&amp;nbsp;de lui, trop fort en gueule,&amp;nbsp;trop tout. Et s'il se prenait une rouste par un mari énervé, il ne l'aurait pas volé, profiteur va !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D'ailleurs, quelques bagarres punitives eurent lieu en toute discrétion, simplement attestées par&amp;nbsp;des marques sur le visage et une légère claudication du moniteur. Qui ne porta pas plainte. Mais continua malgré tout à draguer ses clientes de préférence mariées. Les inscriptions féminines se réduisirent nettement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais heureusement, grâce à l'installation magique&amp;nbsp;d'une nouvelle auto-école sérieuse, la méfiance des maris et pères s'évanouit. Et les femmes qui en avaient les moyens purent apprendre à conduire sans être soupçonnées d'être&amp;nbsp;une des&amp;nbsp;maîtresses du bellâtre. Qui n'était pas charentais&amp;nbsp;c'est vrai, mais cela n'avait vraiment aucun rapport&amp;nbsp;Madame P. !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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                <guid isPermaLink="true">http://www.fauvetta.net/archive/2007/12/07/madame-f.html</guid>
                <title>Madame F. des Marais</title>
                <link>http://www.fauvetta.net/archive/2007/12/07/madame-f.html</link>
                <author>noreply@ (Fauvette)</author>
                                                <category>Chroniques familiales</category>
                                                <pubDate>Sun, 16 Dec 2007 11:30:00 +0100</pubDate>
                <description>
                    &lt;p&gt;Ma grand-mère savait tout faire&amp;nbsp;dans&amp;nbsp;la maison. Rien ne se perdait, tout se transformait. Les vieux draps devenaient des torchons,&amp;nbsp;elle savait nous&amp;nbsp;coudre&amp;nbsp;un manteau auquel elle&amp;nbsp;ajoutait un col en lapin de ses lapins. Ma mère n'avait pas été préparée aux routines ménagères, et n'était pas de ces femmes qui vous retournent un col de chemise usé ou reprisent les chaussettes. Après le décès de Grand-mère, &lt;a href=&quot;http://www.fauvetta.net/archive/2007/05/29/le-porte-monnaie-de-suzanne.html#comments&quot; title=&quot;Suzanne&quot;&gt;Suzanne&lt;/a&gt;&amp;nbsp;se chargea longtemps du linge, mais lorsqu'elle ne vint plus mon père fit appel aux services de Madame F.&amp;nbsp;qu'il connaissait depuis&amp;nbsp;leur enfance.&amp;nbsp;&amp;nbsp;Nous allions lui apporter&amp;nbsp;les vêtements à retoucher ou raccommoder.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Madame F. vivait dans un hameau à environ 2 km de notre petite ville. Le Hameau du Marais&amp;nbsp;! Le Hameau du malheur...&amp;nbsp; Pas au bout du monde, non, en plein marais,&amp;nbsp;huit maisons&amp;nbsp;au milieu des roseaux et des peupliers, et de rien. On y accédait en quittant la départementale, puis on suivait un chemin de terre pendant plus de&amp;nbsp;800 mètres, et c'était là. On sentait que tout était possible, surtout le pire, que l'on avait basculé dans un autre monde,&amp;nbsp;de misères, de souffrances, de rancune...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;On disait que Madame F. avait un caractère de cochon, que c'était une sauvage,&amp;nbsp;que son mari qu'elle battait&amp;nbsp;s'était sauvé&amp;nbsp;la laissant avec&amp;nbsp;leurs&amp;nbsp;deux enfants en bas âge.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce qui&amp;nbsp;est sûr,&amp;nbsp;c'est qu'elle&amp;nbsp;vivait seule avec ses deux enfants dans une maison à peine meublée, et se débattait et se débrouillait fièrement. Elle faisait peur aux gens&amp;nbsp;ce petit bout de femme d'un mètre quarante-cinq avec sa grosse voix rauque, ses cheveux tirés et attachés,&amp;nbsp;et son aplomb. Vêtue d'une blouse ceinturée avec une ficelle, ou d'un vieil imper, les bottes au pied, elle ne cherchait pas à séduire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Elle produisait, vendait et troquait&amp;nbsp;tout ce qu'elle pouvait : légumes, volailles... Tout&amp;nbsp;poussait sans engrais, bien&amp;nbsp;trop cher, Madame F. pratiquait le bio sans le savoir. Elle exécutait aussi des petits travaux à domicile. Elle s'y connaissait en rapiéçage, rafistolage, et trouvait toujours une solution pour faire durer le vêtement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque mon père distribuait l'Huma le dimanche matin, (c'est lui l'inventeur du &quot;concept&quot; de la presse gratuite), il passait&amp;nbsp;bien sûr au Hameau. Madame F. bien que sans doute sympathisante l'asticotait :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- sont&amp;nbsp;marrants tes copains du Parti Pierrot, alors comme ça ce qui m'appartient, appartiendrait aussi à mon bon à rien de voisin ? Et puis quoi encore ? Je voudrais bien voir ça.... Tssss.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon père&amp;nbsp;ce grand bavard restait silencieux,&amp;nbsp;et la laissait dire. C'est pour causer hein disait-elle en se marrant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Récupérer&amp;nbsp;nos affaires&amp;nbsp;n'était pas une mince affaire : il fallait se plier à tout un rituel. Cristobal mon frère&amp;nbsp;nous racontait : Madame F. était dans son arrière-cuisine souvent en train de plumer une volaille, les plumes volaient dans la lumière&amp;nbsp;c'était joli, elle en avait plein les cheveux. Elle le&amp;nbsp;regardait les yeux plissés et commençait de sa grosse voix :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Dis-donc, j'ai entendu la sirène hier après-midi, c'était quoi un incendie ou un accident ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Euh, ben...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Ah bon, moi je me suis dit 2 coups c'est le feu ! Et le grand Guy il est toujours pompier ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Sans doute,&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Ah autre chose, le père T. est bien malade il paraît... C'est qui&amp;nbsp;son médecin, pas le Dr. F. au moins, c'est un&amp;nbsp;trouillard il envoie tout le monde à l'hôpital.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- En fait, je...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Tiens samedi, j'ai entendu les cloches, elle était belle la mariée ? T'es allée la voir sortir de l'église ? C'était la fille de B., elle est pas enceinte au moins ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Non, mais en fait...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;- Comment ça, tu sais pas ? Je vais te dire une chose mon petit bonhomme :&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;Ce n'est pas la peine d'habiter en ville pour ne rien savoir !!!&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et vlan. Elle aurait mieux fait de lui parler des bals de campagne, de ses copains et des filles, elle aurait été mieux renseignée !&amp;nbsp;Malgré&amp;nbsp;sa vie solitaire, elle&amp;nbsp;s'intéressait aux autres, et n'aurait pour rien au monde&amp;nbsp;raté le feu d'artifice du 14 Juillet, sa grande sortie de l'année.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Madame F. venait en ville de temps en temps. Pas par la route non.&amp;nbsp;Elle traversait les marais, les champs à pieds,&amp;nbsp;et rejoignait le centre ville les jours de foire ou de marchés, ou pour ses livraisons. Je&amp;nbsp;pense&amp;nbsp;pourtant&amp;nbsp;qu'elle avait un vélo mais elle ménageait l'usure des pneus. Elle passait nous voir de temps en temps, toujours bien accueillie par ma petite soeur trisomique&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;http://www.fauvetta.net/archive/2007/03/10/nous-trois.html#comments&quot; title=&quot;Marie-Claire&quot;&gt;Marie-Claire&lt;/a&gt;. Car elle avait ses têtes Marie-Claire, et ne se gênait pas pour l'exprimer !&amp;nbsp;Remarquez elles étaient toutes les deux de la même taille, cela doit créer une connivence !&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai revu Madame F.&amp;nbsp;en décembre 1979, elle était venue saluer mon père sur son lit de mort. Tard le soir, après 22 heures, un petit coup sec à la porte qui s'ouvre, on ne voit rien, puis&amp;nbsp;une main,&amp;nbsp;et cette petite&amp;nbsp;dame venue à pieds des marais, sa&amp;nbsp;lampe à la main. Elle est allée voir mon père, et toujours bourrue mais émue, elle&amp;nbsp;n'a pas pu s'empêcher de l'engueuler une dernière fois : Ah tu n'aurais pas pu faire attention, vieux&amp;nbsp;sot, te faire tuer par un camion, c'est malin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et elle est repartie, Au revoir la compagnie ! Je l'ai vue&amp;nbsp;disparaître dans&amp;nbsp;la rue noire... Quelle bonne femme...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je l'ai hélas, rencontrée une dernière fois&amp;nbsp;le 24 décembre 1990, le jour de ses obsèques, et de celles de ma petite soeur Marie-Claire.&amp;nbsp;Le journal local&amp;nbsp;s'était trompé dans&amp;nbsp;les horaires.&amp;nbsp;A 14 h 30 l'église&amp;nbsp;s'est remplie&amp;nbsp;de personnes venues pour &quot;La Petite&quot;. Oui mais laquelle, celle des Marais, ou la petite de Greta ?&amp;nbsp;Le pauvre curé était perdu, et regardait le va-et-vient dans l'église, les fleurs se mélangeaient... Les gens chuchotaient, s'agitaient...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce Noël-là que nous avons enterré les deux petites. Vous pensez&amp;nbsp;bien que&amp;nbsp;je m'en souviens.&lt;/p&gt;
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