09.03.2009

La Visite des missionnaires

Les Soeurs venaient de nous prévenir : - dans quelques jours, les Pères missionnaires viendront vous parler des petits Africains les enfants ! Aussitôt, des murmures d'excitation envahirent l'école. Comme l'an passé, un Père tout de blanc vêtu accompagné de deux religieuses toutes blanches elles aussi, nous rejoindraient l'après-midi dans la chapelle, puis sous le grand préau. Leurs voix douces raconteraient les histoires de ces pauvres petits enfants noirs. Des photos circuleraient, et peut-être qu'un film serait projeté. L'émotion nous gagnerait toutes, mais pas de larmes, Soeur Directrice interdisait de se donner en spectacle. Puis, tous ensemble nous entamerions de longues prières.

- Prévenez vos parents avait insisté Soeur Directrice. - Bon, va falloir trouver des sous alors, me dit Marielle sur le chemin du retour, quelle barbe. Nos parents ayant de toute évidence d'autres préoccupations immédiates, à nous de nous débrouiller. 

Tante Margot que j'aidais souvent à l'épicerie me donnait parfois un peu d'argent, mais il n'était pas question d'en réclamer. Quel casse-tête ! J'essayai d'emprunter à mes frères, la plupart du temps aussi fauchés que moi, et pas du tout sensibilisés à mes "histoires de bonnes soeurs d'Afrique et puis quoi encore !" Le temps s'écoulait vite, et je me désespérais. Je finis par aller causer à notre cordonnier. De tout, de rien, puis j'abordai le sujet. Tout de suite, ses bras moulinèrent l'espace, Non, non, il ne pouvait pas les supporter ces calotins, même s'ils disent faire le bien, enfin Fauvette tu le sais que je ne les aime pas ! J'insistai pour l'amadouer - C'est pour les petits enfants, pas pour les religieuses, de tout petits enfants qui n'ont rien ! Son bon coeur le fit céder : il ouvrit son tiroir et me donna quelques pièces, et zou je me sauvai bien vite. Marielle de son côté n'avait pas récolté grand chose - On n'ira pas loin, zut on va encore passer pour des ploucs. - On ne va quand même pas aller faire du porte-à-porte, purée c'est la fin du mois t'imagines l'accueil  ?  - Oui ça urge, une idée vite !

Le lendemain lors de la récré, je proposai à Lydie de lui faire certains devoirs de maths et de français. En échange elle me paierait. Lydie accepta rapidement, elle en avait marre de se ramasser de mauvaises notes. - D'accord, mais tu ne le dis pas hein ? Marielle approuva, mais trouvait que je n'étais pas assez chère, - T'as pas le sens des affaires toi ! Moi je n'y voyais que des avantages, cela m'obligerait à faire les miens de devoirs, donc à travailler, oui cela me convenait bien.

Comme prévu le bon Père et les Soeurs vinrent nous raconter leur vie dans les missions, c'était très intéressant et émouvant. Puis, ils passèrent dans chaque classe, s'installèrent à la place de la maîtresse et répondirent gentiment à nos questions. Le moment tant redouté arriva : nous devions tour à tour aller les rejoindre sur l'estrade, et donner notre contribution. Marielle et moi, et quelques autres élèves, étions dans nos petits souliers...

En revanche, certaines sortirent de leur cartable une belle enveloppe de la part de leurs parents et la remirent l'air faussement modeste mais distingué aux missionnaires. Lydie pleine d'enthousiasme tendit des billets au Père qui n'eut pas l'air de s'offusquer, même si Soeur Directrice esquissa une petite moue. Des filles se donnèrent des coups de coude essayant de cacher leur sourire, Lydie les yeux brillants les ignora. Le coeur battant, j'allai offrir mes petites pièces à la Soeur qui me fit choisir un petit poupon noir à la hauteur de ma contribution. Un tout petit. Ces poupées noires petites ou grandes, nous en rêvions toutes ! Depuis des mois. Marielle murmura : Petite charité, petite poupée, ben oui.

Ce qui n'empêcha pas cette rigolotte de prétendre à la récré qu'elle préfèrait son "petit" bébé noir, car au moins il tenait dans la poche de sa blouse, et elle l'aurait ainsi toute la journée avec elle ! Ah c'est bête d'avoir un grand modèle, non ? Je savais où elle voulait en venir... Un petit échange bien sûr...

Soeur Directrice qui avait reniflé de futures embrouilles, décida dans sa grande sagesse que les bébés devaient être rapportés à la maison. Et y rester.

 

Commentaires

je me souviens de telles visites au "caté" mais pas de quête et par contre, je suis certaine que jamais on ne nous donnât un poupon noir.

Ecrit par : saperli | 09.03.2009

Tu pourrais faire un recueil de toutes ces histoires, "Les petites filles pas modèles" !

Ecrit par : Milky | 09.03.2009

Tu fais remonter un vague, très vague souvenir. Un père blanc qui me donnait des frissons (mais pas de quête il me semble)
Ce n'est pas moi qui aurais pu ramasser de l'argent en faisant les devoirs, certainement pas... ou alors la pauvre aurait eu un zéro bien rond !

Ecrit par : Valérie de Haute Savoie | 09.03.2009

Soeur Directrice fait preuve de grande sagesse...ouf sauvée car avec sa petite moue je me disais qu'elle était détestable :)

Ecrit par : Pralinette | 09.03.2009

maky a gardé l'habitude de faire des tas un peu partout du papier alu des tablettes de chocolat, pour les petits chinois. je passe derrière lui et vire tout. FU, dans le privé quelques années avait la journée "bol de riz" , une hypocrisie pour économiser un repas...

Ecrit par : mab | 10.03.2009

Encore une fois tu fais remonter des souvenirs !!!
De Pères blancs, d'images d'enfants de nos âges accablés de misère, de prières et de quêtes... Nous on avait juste droit à une photo en remerciement !!!
Et les opérations bol de riz dont parle Mab.... grands moments, là encore !!!
Biz et bonne semaine !

Ecrit par : liaht | 10.03.2009

Nous avions aussi ces visiteurs "blancs" ....l' Afrique nous paraissait si lointaine et c' est vrai qu' ils étaient à leur façon une ouverture sur le monde car pas de télé .....mais, les quêtes se faisaient à l' église . L' opération bol de riz, c' était plus tard.... pour mes enfants !

Ecrit par : Boutoucoat | 10.03.2009

J'ai fait une partie de ma primaire, chez les frères. C'était le même topo, mais notre quartier étant un quartier populaire, où même les agents n'osaient pas tellement s'exposer, les quêtes n'étaient pas à l'ordre du jour. Il y avait plus de boutons à la quête à l'église que de pièce dans la sébile !!
Si bien qu'à un moment, celle-ci fut remplacé par un plateau !!!

Ecrit par : patriarch | 10.03.2009

quelle belle histoire!! oui, je retrouve l'ambiance de ces conférences...nous ne voyions pas le côté "donnez vos sous" mais avec du recul, j'imagine tout ce que nos parents ont pu donner à droite et à gauche!! pour les enfants noirs? tu parles!!
merci fauvette!!

Ecrit par : turitelle | 10.03.2009

Oui, oui ! c'était comme ça ! ou à peu près ! et notre seule ouverture sur le monde...
Mais quelle ouverture ??? ils étaient les pauvres, les sauvages, les "à sauver", les "dans l'erreur" !
Moi aussi, j'ai des souvenirs cuisants de quête pour la demoiselle d'école. J'aurais tant voulu lui emporter un kilo de sucre ou un paquet de café au lieu des poires d'hiver du jardin ! Où se loge l'humiliation des pauvres ?

Ecrit par : martinecarol | 10.03.2009

En fait j'aimais bien les écouter ces missionnaires, c'était un souffle d'ailleurs, une autre vie...
Mais comme tu le dis Martine, c'était vraiment humiliant cette façon de faire la collecte. Une absence de délicatesse...

Merci à tous et toutes !

Ecrit par : Fauvette | 10.03.2009

Nous c'était des chinois qu'il fallait acheter. Et ma mêre qui haïssait les curés en général et chacun d'eux en particulier, refusait totalement que j'achète des êtres humains... Me rappelant qu'il n'y a pas si longtemps c'est nous qu'on achetait.

Ecrit par : Moukmouk | 11.03.2009

Pour la primaire, j'ai échappé à l'école des soeurs. Quoique fervente catholique et malgré les pressions de sa famille, ma mère a farouchement refusé de nous y mettre, ma soeur et moi. Elle en avait un souvenir cuisant, de ces discriminations entre gosses de riches (pas très riches pourtant, petite bourgeoisie commerçante) et enfants de pauvres, et de "famille nombreuse" en plus, la marque d'infamie.

Ce que j'ai dû supporter, par contre, c'est quand on allait se confesser. Celles de l'école "libre" passaient toujours avant nous qui habitions pourtant fort loin et devions rentrer à la nuit.

Et j'ai quand même fini par faire mes quatre ans de pensionnat religieux, de la sixième à la troisième.

Ecrit par : cultive ton jardin | 11.03.2009

J'ai aussi un souvenir épouvanté d'une "mission", une semaine où des missionnaires venaient prêcher dans l'église paroissiale pour tenter de rechristianiser les banlieues ouvrières perverties par l'athéisme.

Je n'ai compris que plus tard que le mec en question nous décrivait la fresque célèbre de La Chaise Dieu intitulée "danse macabre". Je me souviens du leitmotiv, proféré d'une voix sépulcrale "La clochette de la mort a tinté pour eux", et que dans le lot il y avait une jeune mariée.

Du haut de sa chaire, avec ses grands gestes, il était terrifiant. Comment pouvait-on faire subir de pareilles choses à de jeunes enfants, je devais avoir 8 ans... et je n'avais pas de Marielle pour me faire rigoler, moi.

Ecrit par : cultive ton jardin | 11.03.2009

Hé bé dis donc (je lis le commentaire de "cultive ton jardin" avec effroi!) ça avait l'air spectaculaire et effrayant ces quêtes missionnaires.

Je n'ai pas du tout connu ça dans mon village où les deux curés étaient très modernes : dans les années 1970 ils organisaient des vacances au ski, se montraient très tolérants et jamais ne faisaient de différences entre les mécréants et les dévots.
Du coup, je garde de l'enfance une vision tolérante de l'église catholique, que je ne fréquentais que de loin, étant dans une famille particulièrement athée, une estime réciproque entre les uns et les autres... sur le mode de ce poème d'Aragon, "celui qui croyait au Ciel, celui qui n'y croyait pas".

Même les soeurs "du couvent bleu" étaient gentilles, elles organisaient des kermesses où on pouvait gagner des tas de bricoles très jolies et manger de bons gâteaux :-)

Du coup, je trouve que la situation est bien dégradée maintenant, avec ce pape qui réintègre des négationnistes et excommunie une fillette de 9 ans"coupable" d'avoir été violée et de s'être fait avorter.

Ecrit par : samantdi | 11.03.2009

Je n'ai pas connu cela j'étais à l'école laïque. En passant devant l'école libre, nous regardions avec curiosité ces élèves de l'école des curés.
Et j'allais à la messe le Dimanche.
C'était très partagé chez nous, le pépé et papa étaient anticléricaux, la maman et mémé très pieuses.
Le curé, on le disait communiste. (je ne savais pas ce que cela signifiait)
La crèche de l'église du Pont du Las, était l'attraction de la ville. Les santons des poupées de chiffon, les maisons avec le petit Jésus, un bidonville ... dans le ciel, le Spoutnik, et en arrière plan, la grande ville.
Puis le curé est parti.
J'ai appris plus tard, qu'il avait disparu dans les geôles au Chili, sous Pinochet.

Ecrit par : christian | 11.03.2009

J étais chez les fréres pendant 2ans, juste le temps d apprendre les priéres et de faire la communion.La pension était pas chére,et nous héritions de tous les renvoyés de collége,et de certains enfants issus de couples désunis.De ces conditions difficiles , j ai gardé une grande prudence, une grande méfiance envers le prochain. et aussi une habitude de se défendre.
Amicalement Latil

Ecrit par : Latil | 11.03.2009

Ça éveille aussi chez moi des souvenirs de mon enfance, et en particulier d'un dimanche d'octobre qu'on connaît (encore aujourd'hui, d'après ce que je vois sur le site du Vatican) comme la "Journée Mondiale des Missions"... Il y avait aussi les visites des missionnaires d'Afrique, mais c'était nous qui faisions les quêtes dans la rue, une sorte de tirelire à la main... : http://www.loyolaescolapios.es/imagenes/historia/19581959/6.jpg (bon, cette photo date d'un peu avant ma naissance ; mais il paraît que ça n'a pas trop évolué ! : http://www.lavozdegalicia.es/foto_hemeroteca/2003/10/19/0012_1236253/Foto/o20p13f1.jpg ... )

Ecrit par : Pablo | 12.03.2009

Pas très charitables les bonnes soeurs, des grands bébés pour les grosses enveloppes et des petits pour les piècettes...

Ecrit par : heure-bleue | 12.03.2009

Fauvette, tu as une façon de raconter... faussement naïve, légèrement ironique, c'est un bonheur !

On dirait que tu adoptes le point de vue de chacun de tes personnages, que tu le fais tien le temps d'une phrase et hop, tu passes au suivant. Tu nous régales.

Sinon, comme ça, on avait le droit de se donner en spectacle quand on apportait les sous mais pas quand on était ému ? Bravo.

Ecrit par : telle | 12.03.2009

Je n'ai pas le même souvenir du père blanc qui passait chez les frères.
Un fou.
Je raconterais ça un jour (si j'y pense, si je n'y pense pas, rappelle le moi)

Ecrit par : le-gout-des-autres | 13.03.2009

C'est très étrange, pour moi, ce récit, alors que je n'ai fréquenté que les écoles publiques, laïques et républicaines !

Ceci dit, j'en ressens quelque chose comme du mépris pour les plus pauvres de la part de vos enseignants, alors qu'ils devaient bien se douter que nombre ne pouvaient pas donner gros ? Ou alors c'est mon âme rebelle aux religieux qui lit de façon orientée ?

Ecrit par : Anne | 13.03.2009

Je m'amuse en lisant vos commentaires : que vous ayez fréquenté une école religieuse ou pas, vous avez tous un souvenir, une opinion !

Ah Moukmouk, mais nous avons eu aussi droit aux petits Chinois, mais beaucoup moins. Est-ce que tu étais d'accord avec ta mère à l'époque ?

Cultive ton jardin : je comprends très bien ce qu'a vécu ta mère. Cela n'avait pas tellement changé à mon époque ! 4 ans de pensionnat, oula tu as largement eu le temps de vivre leurs méthodes ! J'espère que tu avais de bonnes copines...
Je suis terrifiée par ce que tu racontes sur le prêche, mais pas vraiment surprise, hélas. Oui il t'aurait fallu une Marielle pour pouffer de rire en te moquant du curé ou de l'assemblée de fidèles... C'est vraiment traumatisant cette histoire.


Samantdi, mais il y avait quand même des Soeurs qui étaient gentilles, mais le poids de la religion, le poids !
Tu as raison, ce pape n'apporte rien de bon. J'enrage vraiment contre lui.

Christian, j'imagine très bien ton univers... Un curé communiste cela devait être un gros mot ! Le pauvre curé assassiné au Chili...

Bienvenue Latil, et à bientôt !

Ah Pablo, alors là, je ne savais même pas que la Journée mondiale des missionaires existait ! Merci !

Heure-bleue, les Soeurs étaient très tributaires des dons des parents, et mon souvenir est que plus riche on était mieux c'était. Mais je suis peut-être injuste... C'était quand même une société très marquée socialement... La charité, pourtant on en parlait tout le temps, tout le temps !

Telle, merci c'est fort gentil. En fait, la consigne était de "se tenir", et surtout de penser au salut de son âme ! Les histoires de sous hélas...

Le Goût, tu peux compter sur moi, je réclamerai !

Anne, ton âme laïque est dans le vrai ! J'ai toujours eu le sentiment que les pauvres étaient tolérées, et les riches très bienvenues ! Dans ma ville, il y avait beaucoup de débats sur la présence de l'école religieuse. Beaucoup d'hostilité de part et d'autre. Deux sociétés côte-à-côte.

Ecrit par : Fauvette | 13.03.2009

Superbe texte, très évocateur!

c'est drôle (je ne trouve pas d'autres mots) ce poupon noir en récompense à qui donnait un peu d'argent!

par contre je n'ai aucune expérience de "l'école des bonnes sœurs" comme disait ma mère d'un ton méprisant.
chez nous, père et mère instit, c'était la laïcité avant tout!

étions nous sollicités pour ce genre de cause dans le cadre scolaire? non mais par contre on accueillait bien les enfants des romanichels (on disait comme ça), gentiment, sans les exclure.

super mignon, le cordonnier :-)

Ecrit par : céleste | 15.03.2009

C'est avec le recul que je pointe le caractère aberrant de ce "La clochette de la mort..." Sur le coup, je crois que je l'ai vécu comme une sorte de théâtre, ma manière à moi de me distancier sans doute, les enfants ont tant de ressources....

Et il est vrai que, vu comme un intermède théâtral, ça ne manquait pas de gueule.

Faut dire que c'était avant 1953, et que ma grand mère qui m'avait amenée là n'avait sûrement pas eu le détail du programme. Mais je ne crois pas en avoir parlé ensuite, ni avec elle ni avec mes parents, Dolto n'était pas encore à la mode.

L'internat religieux que j'ai connu plus tard était tout de même un peu plus cool. Et nous avons même eu droit à des séances d'éducation sexuelle! en 1957/58, c'était d'un modernisme audacieux, même si le contenu me fait rétrospectivement marrer.

Ecrit par : cultive ton jardin | 16.03.2009

Je garde un bon souvenir de ces séances.
Elles nous donnaient le goût d'ailleurs et nous faisaient rêver.
Je pense que je leur dois mon goût des voyages et certains engagements.
En revanche, pas de collectes.
On décollait des timbres sur les enveloppes que les soeurs revendaient pour les missions.

Ecrit par : Rosa | 17.03.2009

Jardin : mais c'était super moderne dans ton internat !

Rosa : moi aussi j'aimais bien ces moments, c'était vraiment une ouverture sur le monde. Les collectes ne m'auraient pas dérangée si elles avaient été faites avec un peu plus de tact et moins d'hypocrisie.

Ecrit par : Fauvette | 18.03.2009

J'ai fait mes études secondaires dans un collège de jésuite et nous avions tous les ans la visite de missionnaires qui venaient des cinq continents;
j'en garde des souvenirs précis dont il faudra que je garde aussi la trace.

Ecrit par : Le Zeph' | 19.03.2009

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