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19.11.2008
Ratatatinée, aux pommes
Andréa la serveuse m'accueille en souriant. Le resto a été fermé pour travaux pendant plusieurs mois, je n'y étais pas encore retournée depuis la rentrée, j'avais un peu oublié l'endroit. Je regarde les transformations - Je ne pense pas qu'il y ait de faute de goût souligne Andréa toute sérieuse. Hum, moi je trouve que c'est un peu doré-doré, mais je lorgne avec plaisir les fauteuils et banquettes bien confortables. Tout ce qu'il me faut ce jour-là, petite forme, et matinée stressante donc envie de me poser au calme.
Pendant que je déguste mon plat de pâtes, Andréa vient me demander des nouvelles d'une de mes collègues qu'elle n'a pas revue depuis la réouverture. Et moi imprudente, je dis qu'elle est absente, malade depuis plusieurs mois. - Mais ce n'est pas trop grave quand même ? - Je ne sais pas vraiment, je crois que c'est le moral qui ne va pas. - Ah oui, cela ne m'étonne pas du tout, elle avait l'air d'avoir beaucoup de pression, beaucoup. Et là, elle fait un signe à sa collègue, la petite brune trottine vers nous - Tu sais Betty, la dame qui ne vient plus, elle est malade c'est pour ça. - Ah la pauvre on se disait aussi, en fait je m'en doutais parce que... Ah et le monsieur, le grand, là vous savez, lui non plus on ne le voit plus et on se demande...
Je suis obligée de leur dire qu'il est décédé brutalement, et je sens mes orteils se ratatiner en entendant Betty continuer : - Mais oui je sais vous avez perdu votre collègue, mais je vous parle d'un autre monsieur, celui qui venait souvent tard, comme vous en fin de service... Hulula si on commence... Vite trouver quelque chose de positif à dire, leur raconter les naissances, les nouveaux venus, euh je ne sais pas moi leur parler de leurs enfants, de leurs vacances... - Ecoutez, cette personne est décédée elle aussi, très brutalement également... - Ben dites-donc, ben dites-donc... Elles bredouillent toutes les deux, l'une me fixant la tête penchée, l'autre se frottant les mains nerveusement, l'air désolé. Des bruits parviennent de la cuisine, ouf sauvée, elles partent.
Je me sens mal, les larmes aux yeux, l'envie de fuir, je ne m'y attendais pas... Respire, respire, allez, allez ce n'est pas le moment. Ce n'est jamais le moment en fait.
J'essaie de finir mon assiette, un noeud dans la gorge... Vite me sauver, vite... Je me sens seule, j'ai froid et chaud à la fois. J'attrape mon téléphone, pas de sms à lire, j'attrape mon livre, cherche ma page, je lis sans comprendre, respirer à fond, respirer à fond.
Et voilà qu'Andréa et Betty reviennent, je me prépare à demander l'addition. Andréa pose une jolie tarte aux pommes sur la table. - Nous vous l'offrons, cela va vous faire du bien. Et puis si vous voulez une boule de vanille aussi, dites-le nous. Et puis, on est contentes de vous revoir."
20:15 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note


