02.07.2008
Les Lumières du soir
Les soirs d'été, ma petite soeur Vivi voulait voir les lumières, Et si on allait voir les lumières répétait-elle. Nous quittions notre rue, et marchions avec maman vers le centre ville. Les néons de l'avenue nous éclairaient, et les grands yeux de Vivi clignaient à force de les fixer. Que c'est beau, ça brille, ça brille, disait-elle. Les vitrines des boutiques n'étaient pas éclairées, ni même le château ou l'église, ce n'était pas l'esprit des années 60, les néons suffisaient à notre fête des lumières.
Sur la place, voisins, voisines et enfants prenaient le frais sur les bancs publics sous les marronniers. Parfois, ils avaient aussi apporté un siège pliant au cas-où. Nous nous mettions à courir, à sauter à la corde, à jouer au loup... Nous allions en douce vers le Grand Café enfumé où les joueurs de billard, manches relevées s'activaient en riant et s'épongeant le front. Quelques jeunes prenaient un pot se prétendant rockers devant de rares jeunes filles serrées les unes contre les autres sur leur banquette. Nous tentions une timide entrée dans le Grand Café, mais le serveur nous chassait avec son torchon, Fichez-moi le camp les mômes, z'avez rien à faire ici... Nous nous sauvions en rigolant, T'as vu il nous prend pour des chats, ou des mouches !
Nous retournions vers les bancs, et les grands nous disaient, Mais calmez-vous, sinon on rentre tout de suite, et au lit ! Nous allions nous asseoir un peu à l'écart sur le trottoir ou sur l'herbe, et chuchotions des bêtises de notre âge. Nous regardions les grands, et les trouvions drôles. Parfois nous envoyions un petit demander à Paulo pourquoi il portait sa blouse blanche de la Laiterie où il venait d'être embauché. Et lui, se redressant, tout fier, en suçotant sa pipe : C'est pour faire Ingénieur ! Tout le monde s'esclaffait, ah Paulo ingénieur, ah, ah ! Et lui aux anges, rouge de plaisir, Les filles ça va leur plaire, je le sens ! - Tu ne vas pas aller au bal en blouse blanche Paulo quand même ?
Tout d'un coup, tout le monde se levait, on se disait Au revoir, à demain sans doute ! Et nous nous dépêchions de rentrer, portant parfois Vivi dans nos bras. C'est que dans ces temps-là, l'éclairage public s'arrêtait pile à 22 heures, eh oui. Les rues devenaient sombres, nous pouvions voir les étoiles, respirer l'odeur sucrée des Belles de nuit..
Mais où étiez-vous passés ? disait mon père, - Mais tu sais bien, on a emmené la Petite voir les Lumières répondait Maman.
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