10.12.2007
Braderie et respect.
De temps en temps je m'offre une petite récompense à l'heure du déj pour adoucir la matinée... Je suis allée avenue Mozart déguster des huîtres. Nous n'étions que des femmes dans le petit restau, deux copines qui se retrouvaient joyeusement, une dame âgée venue en habituée et moi. Les huîtres étaient comme je les aime, fameuses et iodées. Je sentais que je me détendais, parfait, parfait. Ma charmante voisine appréciait aussi, elle sirotait son verre de vin blanc avec gourmandise, et m'adressait des sourires timides. Nous avons fini par papoter un peu, tout doucement, du quartier, de livres... J'aime et j'admire ces Parisiennes âgées et pétillantes qui se sentent libres, et n'hésitent pas à sortir de chez elle pomponnées et tout, et s'autorisent des petits plaisirs. Nos deux autres voisines un peu rasoir parlaient boulot, infirmières libérales elles discutaient de leur tournée en cours et de leur planning, mais aussi de leurs futures vacances au soleil.
Ma délicieuse voisine me conseilla le dessert du jour, une crème vanille savoureuse et subtile selon elle, et je suivis son idée surtout pour pouvoir rester en sa compagnie. Les deux infirmières avaient terminé leur douzaine d'huîtres, et l'une d'elle souhaitait en déguster d'autres. Tu veux, tu veux en partager une douzaine avec moi répétait-elle à sa copine scotchée à son portable ? Elle manifesta son assentiment d'un coup de menton, et l'autre héla le patron : Une douzaine de N° 3 pour nous deux, et si on pouvait en avoir 8 chacune cela serait bien ! Le patron ne dit rien et se dirigea vers son écailler. Je sentis que je me raidissais j'ai horreur de ce genre de marchandage sans-gêne. Sentant mon agacement, ma voisine me dit : C'est comme cela maintenant, les gens veulent des rabais partout ! - Et elles, elles font deux piqûres pour le prix d'une vous croyez ?
J'avais envie de leur dire aux infirmières, mais je me suis souvenue que j'étais là pour me détendre pas pour faire la teigne, et puis le patron était bien assez grand pour se débrouiller... Elles ont eu leur 16 huîtres à la douzaine, et ont continué à parler boutique. J'ai abandonné ma partenaire avec regret, on s'est dit qu'on se reverrait sans doute au même endroit un jour, et je suis partie.
La même semaine, je suis allée chez Gloria, une gentille coiffeuse près de chez moi, une petite jeune qui a repris seule un salon depuis presque deux ans, et que j'aime bien. Elle me faisait un shampoing lorsque qu'un homme est rentré, et lui a demandé directement : voilà si je viens avec mes deux enfants, et si je vous envoie aussi ma femme est-ce que vous nous consentirez un remise d'au moins 30 % ? J'ai senti les doigts de Gloria se crisper sur mon cuir chevelu. Elle est allée lui parler vers la caisse : Monsieur, mes prix sont affichés à l'extérieur du salon, et si vous trouvez moins cher dans le quartier ne vous gênez pas, au revoir monsieur.
Bravo Gloria, lui ai-je dit, vous avez bien fait ! Je la sentais fulminer, - Mais c'est quoi ça ? Il ne respecte pas mon travail ? Je n'ai pas envie de me brader, zut à la fin. Si j'ai envie de faire un geste, c'est à moi de décider, je n'aime pas ce mépris. Je n'ai pas besoin d'une clientèle odieuse de ce genre, non mais.
Je n'ai pas osé lui dire que je connaissais ce monsieur de vue, et que lui et son épouse exerçaient une profession bien rémunérée, leur permettant largement de payer leur coiffeur.
En partant, Gloria m'a donné un shampoing volumateur en me disant Cela me fait plaisir de vous l'offrir, mais l'autre andouille il peut toujours attendre !
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Commentaires
A et B ( aujourd' hui disparus ) sont heureux de vous annoncer la naissance de BC ( boutoucoat)
http://boutoucoat.over-blog.com/ .
Encore du plaisir à te lire ce matin et, tout à fait d' accord avec toi !
Bonne journée Fauvette .
Écrit par : Boutoucoat | 10.12.2007
oh là là en triple !!! tu peux en effacer queques-uns !
Écrit par : Boutoucoat | 10.12.2007
C'est là une belle illustration, quatre commentaires pour un.
Écrit par : Christian | 10.12.2007
J'aime bien quand tu fais ta teigne mais là je te sens écoeurée.
Tout fout l'camp ma pove dame et c'est bien dommage.
Écrit par : mab | 10.12.2007
Comme quoi la vie, parfois, c'est moral, et ça fait du bien. Boudiou.
Écrit par : Anne | 10.12.2007
Je me vois mal faire ce genre de chose. C'est tout de même un avantage des prix fixés, on sait à quoi s'attendre et on l'accepte ou non, avantage qui existe depuis plus de cent ans sous nos latitudes.
Il est à noter qu'en général, comme tu le soulignes, c'est ceux qui peuvent le plus payer qui se permettent ce genre de tentatives, sans doute qu'ils ne connaissent pas la vraie valeur du travail. C'est assez écoeurant.
Écrit par : berlioz | 10.12.2007
Tu es une bonne observatrice et une fameuse narratrice
Nous avons tous nos bonnes raisons n'est ce pas?
et puis c'est la faute au grande surface qui nous offre tout le temps des 20% gratuit... on s'habitue!!
Bonne semaine Fauvette
Écrit par : laparhasard | 10.12.2007
Ahrghhh mon beau père est comme ça c'est affreux ! J'aime bien la réaction de ta coiffeuse :)
Écrit par : Valérie de Haute Savoie | 10.12.2007
non mais quelle goujaterie, cet homme, je t'assure ! moi qui n'ose même pas marchander là où tout le monde le fait (aux vide-greniers, par exemple ou chez le marchand de tapis en Tunisie...), je suis choquée !
Écrit par : saperli | 10.12.2007
Un jour j'ai eu affaire à un "marchandeur" très impoli ( je vends des vêtements). je n'ai pas pu retenir un spontané "Attends, t'es de Marrakech?"
Ca lui a cloué le bec. La situation devenait tendue et nous nous sommes tous les deux mis à rire aux éclats. Ensuite je lui ai expliqué calmement que j'avais des charges importantes à payer et que le marchange le fisc en France il pratique pas.
Écrit par : sandra | 10.12.2007
Moi aussi très choquée. Pourtant c'est de plus en plus fréquent, hélas ! Mais le pire, c'est lorsque certains commerçants calculent leur prix en fonction du rabais qu'ils vont devoir accepter. Eh bien, ceux qui comme moi n'en demandent pas (de rabais), ceux là on les prend pour des idiots. C'est un comble.
Écrit par : amaily | 10.12.2007
Vendredi, je suis allée au marché, j'ai prisdu poisson chez mon poissonnier préféré et lorsque je lui ai pris 3 filets d'un poisson que j'aime beaucoup, il m'a donné le 4ème. Il m'a dit que j'étais très poli et disais souvent merci. Mot qu'il n'entend pas souvent chez les autres clients. J'en suis restée bouche bée et ai rit de bon coeur. Je n'aime pas moi aussi les personnes qui veulent le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière.
Écrit par : tajmahal17 | 10.12.2007
Malheureusement, les gens sont de plus en plus culottés, surtout dans une ville comme Paris...
Écrit par : gazelle | 10.12.2007
un peu gonflé comme démarche !!! Jamais je n'aurais osé !!!
Écrit par : liaht | 10.12.2007
Dégoûtée je suis aussi... je serais curieuse d'observer ces gens, leur charisme, leur générosité... ben non, en fait je ne verrais rien !
Écrit par : Pralinette | 10.12.2007
Gourmande. cela ne m'étonne pas de ta part. Quant au client radin négociateur, il faut vraiment avoir ça dans le sang. Il me serait impossible de faire la moitié du quart du tiers de ce qu'il à fait...
Écrit par : chondre | 10.12.2007
Echos en moi, quoi que dans le sens inverse, avec une conversation de la semaine passée : une amie ancienne collègue et qui a longtemps travaillé à la DRH et m'expliquait (car elle est comme moi affublée d'un caractère et d'une éducation qui la rendent incapable de réclamer) : pour les augmentations de salaires, ne t'étonne pas si tu n'en as pas, on n'en donne qu'à ceux qui réclament, ça n'a rien à voir avec le mérite.
Il m'est arrivé de séjourner dans des pays ou des régions où le marchandage est considéré comme une politesse. Contrainte et forcée, je n'y suis pas mauvaise (assez bonne pour deviner le prix que le vendeur souhaite tangenter), mais je déteste ça, j'ai aussi cette notion du respect (dans les deux sens, celui qui fixe le prix, sans le mettre trop élevé, celui qui le paie) et puis quelle perte de temps toutes ces palabres.
Écrit par : gilda | 10.12.2007
J'ai envie de te dire que moi aussi j'adore les vieux ou vieilles pétillants, malicieux, qui aiment sortir, rire, être amoureux...
Parce que je me rapproche de leur âge sans doute !
Écrit par : martinecarol | 10.12.2007
J'aime bien marchander dans les brocantes ou dans les souks Marocains mais certainement pas dans les commerces français, ah non alors ! D'ailleurs j'en serais bien incapable, c'est "trop la honte" !
Écrit par : Baïlili | 11.12.2007
Comme j'aime tes posts sur le quotidien...
Écrit par : dany | 11.12.2007
Oui, tout ceci est bien triste car nous ne savons plus trop où nous en sommes. J'ai remarqué une chose : ce sont souvent les gens aisés qui demandent des rabais. Les gens modestes sont souvent modestes en tout : ils ne se permettent pas de réclamer quoi que ce soit. En revanche, lorsqu'on leur offre quelque chose, il l'apprécient vraiment, ils ont conscience que c'est un cadeau et leur plaisir vient comme une récompense vers ceux que se sont montrés généreux à leur égard. Je me plais dans la catégorie des gens modestes. J'en tire parfois beaucoup de bonheur et ces instants me font oublier que le quotidien est devenu difficile.
Écrit par : Stella | 11.12.2007
comme chez la coiffeuse je fais le minimum ( schampoing-coupe ) elle est seule dans son tout petit salon, très gentille , j' arrondis un peu la somme au chiffre supérieur .
Elle me racontait ceci il y a quelques jours , une dame à la retraite est venue pour le minimum comme moi , en tendait son chèque lui a demandé d' attendre cette semaine pour l' encaisser, sans doute le virement de sa petite retraite .Cette conversation est venue pour la redevance télé des petites "mémé" qui vivent avec souvent moins de 800 E et qui n' oseraient pas demander de rabais mais plutôt un report d' encaissement .
Écrit par : Boutoucoat | 11.12.2007
Mon fils, travailleur indépendant, doit gonfler ses factures, ses clients et certains sont très connus, pratiquent la remise autoritaire...
Écrit par : heure-bleue | 11.12.2007
Aah je rêve de me faire une bonne douzaine (ou deux !) d'huîtres, des Gillardeau, soyons fous...
Sinon il ne faut pas s'étonner que les radins soient aisés : c'est en étant radins qu'ils deviennent aisés... (et on peut s'indigner autant qu'on veut, eux ne connaissent pas la honte ! même leur radinerie ne leur coûte rien, ainsi...)
Mais ne désespérons pas, tous les aisés ne sont pas radins...
Écrit par : Milky | 11.12.2007
Quelqu'un dans un blog évoquait la "médiocrité"...
C'est l'exemple type de cette espèce de "salope"...
Écrit par : Maky | 11.12.2007
Oui je crois que nous sommes tous d'accord : c'est une attitude insultante.
Bonjour les radins malpolis !
Écrit par : Fauvette | 11.12.2007
"Et elles, elles font deux piqûres pour le prix d'une vous croyez ?"
Premier soin à taux plein, deuxième soin à demi-tarif, et s'il y a un troisième soin il est gratuit .
Une injection = 3 €
Attention, je n'excuse pas leur attitude, je précise simplement nos conditions d'exercice.
Écrit par : orion | 11.12.2007
Attitude insultante, sans doute ! Il n'empêche que mon gentil et excellent coiffeur fait une réduction systématique aux retraités qui vont se faire coiffer du mardi au jeudi.
Intelligent et sympathique...Une manière de nous encourager à rester coquette quand on ne travaille plus..Et il ne se brade pas pour autant.
Et je n'aime pas trop qu'on traite les infirmières de salopes
Écrit par : Rosa | 11.12.2007
Mais on se disait ce soir en mangeant notre petite douzaine avec Gazou : elle s'en fait pas notre Fauvette, le midi...
Ici au marché, on en a systématiquement 13 à la douzaine.
Bonne nuit Fauvette !
Écrit par : gazelle | 11.12.2007
Orion et Rosa : oula je n'attaque pas les infirmières, pas du tout ! Mais un comportement général qui n'est pas lié à la profession, mais à un non respect des autres ! Et je ne les insulte pas non plus !
Écrit par : Fauvette | 11.12.2007
PS : Si le terme "salope" que j'ai écrit a choqué, je précise que je m'adressais uniquement au visiteur radin de la coiffeuse.
Je n'évoque pas du tout les infirmières...CQFD !
Écrit par : Maky | 12.12.2007
une anecdote qui montre qu'il y a aussi d'autres choses.
j'attendais à une caisse de super marché quand je vois une dame revenir vers la caissière le tiket de caisse à la main ....^devinez pourquoi? pour réclamer ....bien sûr!
mais je ne m'attendais pas à cette réclamation .Cette dama n'avait pas payé ses bouteilles d'esu minérale et elle revenait pour payer!
quand je lui dit que je ne sais pas si je serais revenue , elle me répond :"j'veux pas boire l'eau que je n'ai pas payée ça me resterait sur l'estomac!"
et moi ça m'a estomaquée
Écrit par : sery andrée | 12.12.2007
@Maky : je l'avais bien compris comme cela moi aussi. Mais c'est aussi bien de le préciser, merci !
@Andrée : moi aussi je suis "estomaquée". Chapeau...
Écrit par : Fauvette | 12.12.2007
Les gens aisés cherchent souvent à payer moins cher, c'est bien connu... Très bonne réaction de Gloria...Bonne soirée Fauvette
Écrit par : tanette | 12.12.2007
Tu observes finement et tu racontes joliment. Ou l'inverse. :)
Écrit par : karmara | 12.12.2007
Dès que je rentre à Paris, j'espère que nous pourrons déguster toutes les deux de bonne huîtres bien iodées ;-)
Écrit par : Nawal | 13.12.2007
Ce n'était pas pour toi ma remarque sur les infirmières mais pour un com qui les traitaient de salopes.
Quand au respect il doit être réciproque et il m'arrive aussi de ne pas me sentir respectée par certains commerçants.
Bon week-end Fauvette
Écrit par : Rosa | 14.12.2007
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