06.11.2007
Dans Ma Campagne
Il y a des Parisiens qui m'énervent, et depuis longtemps. Depuis mon arrivée à Paris en fait, et cela fait une paire d'années. Ce sont ceux qui clament "J'étais dans Ma Campagne la semaine dernière, et..." ou bien "Moi, dans Ma Campagne, je...". Non mais. Et puis quoi encore bande de prétentieux ! Vous vous entendez parler parfois ?
Est-ce que nos amis provinciaux se vantent d'aller dans Ma Capitale, lorsqu'ils viennent passer quelques jours dans leur appartement parisien, ou lors d'un séjour à l'hôtel ou chez des amis ? Hein, est-ce qu'ils font les malins comme vous les Parigots qui vous gargarisez de Ma campagne ? Avoir une maison à la campagne ne vous autorise pas à vous approprier La campagne !
Cela ne serait pas plus simple de dire en Normandie, en Bourgogne, chez moi ; enfin je ne sais pas moi, mais une autre façon d'évoquer sa résidence secondaire est possible !
Hier à l'heure du déjeuner, je patientais à la poste derrière un habitant de ce 16ème où je travaille. Un quinqua du cru, pur jus. Sûr de lui, pressé bien sûr, et déjà énervé, je l'entendais soupirer. Arrive son tour, il s'avance, ne dit pas bonjour à la jeune femme, et réclame sa lettre recommandée. La guichetière lui réclame ses papiers d'identité, et il grogne :
- Je vous l'ai déjà dit, j'ai oublié mon porte-feuille dans Ma Campagne.
- Ah oui, mais moi je ne peux pas vous remettre votre lettre...
- Mais puisque je vous le redis que mes papiers sont à Ma Campagne, vous comprenez ou pas ?
- Mais vous n'avez personne qui puisse vous envoyer vos papiers depuis votre campagne ?
Et, là j'ai ajouté : Ou depuis Votre Département ?
Oui, c'est comme ça, en ce moment, je n'ai pas envie d'être patiente et gentille avec les malotrus, les ramenards, les vantards malpolis, c'est mauvais et très toxique pour ma santé d'essayer de maîtriser certains réflexes.
Le malotru s'est retourné, et m'a lancé : Ah ça vous fait rire vous ? J'ai pris - sans me forcer- mon air le plus niais, et n'ai rien répondu, ce qui l'a encore plus énervé ! J'aime bien moi aussi agacer les gens arrogants de cet acabit...
Il lui a fallu presque dix minutes pour admettre qu'il lui fallait sa carte d'identité, et est enfin parti en disant qu'il allait téléphoner dans Sa Campagne...
00:10 Publié dans Clin d'Oeil | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note



Commentaires
Ah oui, mais tu vois, Fauvette, tu viendrais plus souvent dans Ma Campagne, tu n'aurais pas ce genre de soucis ;-)
Ecrit par : telle | 06.11.2007
Que je suis d'accord avec toi! je ne me permet même pas de dire "mon" chien, parce que toute idée de posséder un être vivant me répugne. Je ne suis pas esclavagiste. Dans notre monde il faut malheureusement des titres de propriétés pour assumer la responsabilité légale d'un espace, d'une maison. Mais je tente autant que possible de dire la ouache, le jardin, parce que mon jardin m'apparait totalement abusif, je ne peux pas être propriétaire d'un arbre, encore moins d'une forêt, alors une région c'est totalement ridicule.
Ecrit par : Moukmouk | 06.11.2007
Je l'ai déjà entendu dire mais ça ne m'avait pas choquée. Ca venait de gens très épris de leur région d'origine et d'adoption, et ça avait quelque chose de tendre et amoureux. Ma Campagne, Mon Amour.
Mais j'imagine la blonde à serre-tête en velours et kilt qui parle de Deauville comme de Sa Campagne, et tout de suite ça me fait le même effet qu'à toi !!
Ecrit par : Anne | 06.11.2007
PS : tu as vu pour Pennac ? Chouette, n'est-ce pas ?
Ecrit par : Anne | 06.11.2007
C'est vrai que je ne dis pas Ma capitale quand je viens à Paris mais c'est vrai aussi que ma maison n'est pas "de campagne" c'est ma résidence principale tout simplement "ma maison". Je conçois Ma campagne quand elle est entourée de centaines d'hectares.
Ecrit par : mab | 06.11.2007
Tu veux déclencher une campagne contre l'utilisation abusif du possessif?
"Man campagne, mon combat?"
Qu'est ce je regrette de ne pas t'avoir vue quand je suis venue dans le Paris (de Pascal?)!
Ecrit par : anita | 06.11.2007
je connaissais des parisiens installés ici et qui avait en plus une "campagne" dans le Morvan, ils utilisaient le mot de campagne à la place de maison de campagne, ce que j'ai toujours trouvé drôle !
Ecrit par : Saperli | 06.11.2007
Telle : tu as sans doute raison, il faudrait que je m'aère la tête !
Moukmouk : oh je n'en suis pas là moi, mais je comprends ce que tu veux dire !
Anne oui, si cela veut dire mon amour c'est différent, mais non, la plupart du temps ce sont des gens odieux...
Pour Pennac : je suis enchantée pour lui, car je crois en plus qu'il n'a jamais eu de prix !
Mab : reste simple, et viens nous rendre visite à la capitale de temps à autre !
anita : moi déclencher une campagne ? Ah je rigole, je rigole, et cela fait du bien. Moi aussi j'ai été déçue et triste de ne pas te (vous) voir...
Saperli : voilà c'est exactement cela ! avoir une campagne ! Il y a de drôles de gens hein ?
Ecrit par : Fauvette | 06.11.2007
J'ai entendu pour Pennac qu'on avait récompensé son plus mauvais livre, jamais contents les braves journalistes, devraient aller faire un tour dans LEUR campagne...
Ecrit par : heure-bleue | 06.11.2007
Ah je ris de me voir si
ridicule
en ce miroir !!
Je suis la première à parler d'aller revoir MA Normandie alors que ce n'est même pas le pays qui m'a donné le jour (mais à ma mère, si ; j'aurais donc peut-être une circonstance atténuante).
Ecrit par : gilda | 06.11.2007
Tu as raison Heure-Bleue ! Bravo même avec la crève tu as de l'humour !
Gilda : ravie de te faire rire !
Rhaaa, j'ai déjeuné dans une brasserie tout à l'heure, et un blaireau se vantait d'avoir ramassé "au moins 30 kgs de girolles dans Sa campagne durant le week-end" ! Je suis poursuivie par la bêtise en ce moment, je suis poursuivie au secours !
Ecrit par : Fauvette | 06.11.2007
Tu es vraiment redoutable et terriblement observatrice... Un parisien qui parlerait de "mon" village en s'appropriant la possession risquerait de se faire moquer gentille ment ... Tout comme tu l'as fait !
Ecrit par : paysanheureux | 06.11.2007
J'arrive, Fauvette. Ce soir, je serai dans "ma capitale"
Bises.
Ecrit par : amaily | 06.11.2007
Pffffff.. ;-))
J'ai appris un mot, aujourd'hui : "ramenards".....
Et je partage ton agacement......
Mais ... ces gens là sont partout chez eux......
Bisous
Ecrit par : teberli | 06.11.2007
Tu as raison de ne pas te laisser faire par des snobs prétentieux. Il n'y a rien de plus sympa que de jouer les innocentes devant ce genre de personnes.
Ecrit par : antagonisme | 06.11.2007
bon si tu veux, je t'invite à venir marcher dans MA forêt...
Elle est très belle en ce moment...
Ecrit par : Coumarine | 06.11.2007
Promis Fauvette, je ne dirai plus "ma maison aux volets bleus" ! mais juste vous venez quand voulez à la maison :)
Ecrit par : Madeleine | 06.11.2007
Tu m'as bien fait rire...
Au fait, la semaine prochaine on monte à Paris !
Ecrit par : gazelle | 06.11.2007
Tout est bien dans le meilleur des mondes...
Il est resté dans SA merde !
Ecrit par : Maky | 07.11.2007
Tout à fait d'accord avec toi ! C'est horripilant. Et ça dénote un certain état d'esprit, qui pousse les "campagnards" ;) à détester les parisiens !
Ecrit par : Claude | 07.11.2007
Du coup je m'interroge sur la façon que j'ai de nommer mon Nivernais chéri !... (je vois ça un peu comme Anne) je ne sais plus, mais si je le fais parfois, c'est bien pour signifier aux Parisiens qu'il ne leur appartient pas !
Mais j'ai une tendance à la possessivité pour d'autres choses : MON jardin au bout de la rue à côté du Père Lachaise : il est tout à fait public, mais j'aime m'y promener en propriétaire (en propriétaire indulgent qui en accorde la jouissance aux familles du quartier), ça me réconforte de ne pas vivre à la campagne ; MA librairie (je suis une rente pour elle, j'ai bien le droit de me l'approprier un peu non ?) ; il n'y a guère que MON chat qui sonne un peu faux puisque je lui appartiens bien davantage que le contraire !
Ecrit par : Milky | 07.11.2007
Tu as bien fait, hi,hi,hi.
C'est comme dans les reportages d'un certain Pernaud, que j'appelerais Pecnaud.
Il m'agace avec les soit disant habitants, de la France profonde.
Habitant en province, je ne porte pas de sabots, nous avons des embouteillages, des problèmes pour garer les voitures et nos journées de travail ressemblent au '' Capitaliens''.
Je pense que nos villes, villages, hameaux, bois, forêts et nature ne nous appartiennent pas.
Nous sommes justes des invités sur cette Terre.
A méditer...
Ecrit par : Mathilde | 08.11.2007
Dis donc, mais c'est qu'elle est remontée en ce moment notre Fauvette ??? Un vrai petit tigre !
;)
Ecrit par : Fiso | 09.11.2007
Marrant, je savais déjà que tu étais dans le 16ème avant d'arriver à la ligne où tu le dis. J'ai habité jusqu'en 1963 11bis rue Nicolo. Ne cherche pas c'est la seule maison de la rue qui a été démolie :-(
Ecrit par : Catherine | 11.11.2007
J'ai un peu de retard dans la lecture des blogues...
J'adore ce billet et cette expression "ma campagne" est significative car elle insiste sur l'idée que JE NE SUIS SURTOUT PAS de la campagne mais que j'y ai une propriété. Une survivance de la vassalité en fait. C'est vrai que je dis "mon" village en parlant de celui où je suis née car il n'y a pas d'autre moyen de le distinguer mais cela n'a pas de signification de propriétaire
Ecrit par : Rosa | 11.11.2007
Je dirais comme PH : redoutable...
Je trouve pour ma part que l'usage du possessif est plutôt méprisant, ça fait un peu le même effet que si ils disaient "mon trou perdu" ; pour dire comme Rosa, ils veulent à la fois pouvoir se vanter d'avoir une maison à la campagne, mais surtout bien faire voir qu'ils n'y habitent pas...
J'adore (façon de parler) le "il s'avance, ne dit pas bonjour à la jeune femme", c'est absolument typique (hélas)
Ecrit par : Sammy | 27.11.2007
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