30.10.2007
Aller à la mer
Nous habitions à 28 kilomètres de la mer. Mais comme pratiquement tous nos voisins du quartier, et de notre petite ville, nous n'y allions jamais. D'ailleurs nous n'avions pas d'auto. Je ne me souviens pas à quel âge j'ai vu l'océan pour la première fois. Pas du tout.
L'été, la route nationale située à deux rues de ma rue voyait un défilé incessant de vacanciers partant à toute bringue vers leur maison, leur location, leur hôtel, les campings, le bord de mer. Le lundi, à l'épicerie, la mère Gégé venait au rapport ! Elle nous révèlait combien de voitures étaient passées devant chez eux, le samedi ou le dimanche précédent. Le père Gégé son mari, les comptait posté sur sa chaise devant leur maison. Il cochait les passages sur un papier et notait la marque, commentait le nombre de passagers, l'abondance des bagages... Il se régalait du spectacle, et en tirait une grande fierté ! Tous ces gens qui passaient devant chez lui, et qui ne savaient même pas qu'il les surveillait ! Et puis lui aussi il était en vacances, il en profitait quand même.
- Ah ça a roulé hier, 100 estivants vous vous rendez compte ! disait la Mère Gégé. Et à 10 heures du soir, ce n'était pas fini.
Et alors, à ce moment-là, les clientes de l'épicerie entonnaient leur refrain : - ah ces pauvres Parisiens, eh ben rouler comme cela en pleine chaleur.... Et pour aller se griller à la plage ensuite, on les envie pas nous ! Faut bien être fou !
Moi, je rêvais de me glisser dans une de ces voitures pour rejoindre la mer et la plage. Ou du moins l'idée que je m'en faisais. Je me souviens de mon plaisir lorsque vers mes 8-9 ans, mon oncle Marcel et ma tante Margot prirent l'habitude de m'emmener parfois avec eux les dimanches soirs d'été. Nous allions pique-niquer dans les bois près de la plage. On y allait "à la fraîche" dans la 4 cv de Tonton, et après une petite promenade au bord de la plage, nous installions la table de camping et les chaises. Pouf on posait la nappe, les couverts, et on faisait un vrai repas ! C'est que Tonton voulait bien dîner en plein air, mais pas question de saucissonner, il lui fallait un plat cuisiné, et manger comme à la maison. J'attendais ces dimanches soirs avec impatience, et était tellement déçue lorsqu'ils partaient dans la famille de Tonton en pleine cambrousse, ou restaient chez eux.
Chez moi, en fouinant dans le tiroir de ma mère, j'étais tombée sur des photos de mes parents se baignant à la plage vers Royan avec mon oncle et ma tante, mon frère, mon cousin et ma cousine. Ben alors, vous alliez à la mer ? avais-je demandé à maman. - Oui au début, lorsque ta grand-mère vivait encore... D'aillleurs j'étais la seule à savoir nager, Il parait qu'ils avaient tous peur que je me noie ! Je regardais ces petites photos avec envie, et soupirais, et un jour tu crois qu'on pourrait y aller ?
Ma grande chance de découvrir la plage arriva enfin ! Mon frère Robert devenu marié et père de famille avait acheté une bagnole comme il disait, et son copain Mano aussi. Et l'été, quand il n'était pas en mer à exercer son métier de marin, il adorait emmener sa petite famille à la plage, et avec Mano s'arrangeait toujours pour embarquer les "mômes" que nous étions. Et hop, ils arrivaient à nous caser et à nous emmener nous les "drôles et les drôlesses" pour l'après-midi, et parfois même, immense joie pour la journée entière. Tant pis si je ne me souviens pas de mon premier contact avec la mer, les vagues, le sable, le soleil, j'en ai un tel souvenir de bonheur total que je le savoure encore ! Nous n'étions pas vraiment bien équipés en maillots de bain et vêtements de plage, mais cela n'avait aucune importance ! La mode on s'en foutait... Nous aimions être ensemble, jouer dans l'eau et au ballon, profiter de l'espace, courir, sauter, ramasser des coquillages... Et papoter tous ensemble, regarder en riant nos frères jouer à être les athlètes de la plage, regarder les autres familles...
Et puis repartir les joues rouges de soleil, la peau salée et irritée par le sable, serrés les uns contre les autres dans les voitures. Et surtout, surtout attendre d'y retourner !
Le 3 novembre : J'ai retrouvé cette photo, je pense qu'elle a été prise vers 1948. En haut à gauche, ma mère Greta à côté de Tata Margot, puis les enfants : ma cousine Michèle, mon frère Robert qui tourne la tête, et mon cousin Jean.
00:20 Publié dans Chroniques familiales | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note




Commentaires
Quelles jolie chronique ! Tu réveilles chez moi de jolis souvenirs d'enfance, de mer et de 4cv.
Écrit par : Oxygène | 30.10.2007
C'est toujours un très grand plaisir de lire Fauvette. Et je constate que vivant près de la mer, nous n'y allions que très peu. Et les quelques fois étaient de belles aventures.
Écrit par : Christian | 30.10.2007
Mon oncle qui habitait St Raphael trouvait très exotique l'idée d'aller à la plage, mais il nous y amenait, nous petits provinciaux d'Alsace, pour nous faire plaisir. Moi que l'on surnommait "la sardine" je trouvais incompréhensible que ma cousine ne soit pas jour et nuit au bord des vagues.
Écrit par : Valérie de Haute Savoie | 30.10.2007
Ta manière si vivante de raconter ne peut qu'éveiller des échos dans nos propres souvenirs !!!
J'ai adoré la mer, aujourd'hui elle me fait un peu peur, mais je suis toujours fascinée !
Écrit par : liaht | 30.10.2007
La première fois que j'ai vu la mer, c'était à Deauville, je devais avoir 8 ans. Cette étendue bleue immense m'a émerveillée. Maintenant, j'habite à 10 mn de la plage, mais je n'y vais pas trop souvent. Je sais que l'océan est là.
Écrit par : tajmahal17 | 30.10.2007
Que de souvenirs éveillés par ta plume et qui viennent se joindre aux tiens. Je me souviens des pique-nique à la mer à Casablanca et j'ai toujours le goût particulier des tomates du sandwich en bouche (forcément un peu passé, ramolli, si délicieux), et des courses avec mon frère dans les dunes, de ma presque noyade dans un rouleau...
Mais surtout, je me souviens de ma grand-mère qui, bien des annèes plus tard, de retour en France, prenait un petit tabouret et s'asseyait sur le balcon pour compter les voitures qui passaient sur la route. En se demandant où allaient tous ces gens.
Je suis toute émue par ton billet.
Écrit par : meerkat | 30.10.2007
Toute cette joie racontée me ferait presque oublier mon horreur de me baigner en Charente Maritime (sa boue, ses puces de mer, ses marées).
Mais tu as bien raison, on en profite bien mieux quand on en a eu envie longtemps et qu'on se concentre sur le bonheur de moments partagés !
Écrit par : Anne | 30.10.2007
Moi je connais des plages de Charente-Maritime sans boue ni puces de mer...
Quant à la marée, je trouve ça fantastique. Et quel spectacle ! Marée basse ou hautes eaux, mer d'huile ou mer forte : chaque fois qu'on peut filer au bord de la mer (à 10 mn en voiture), on ne se prive pas !
Retraités, vous avez dit ? Eh oui !!
Hors période touristique, c'est encore meilleur...
Hélas, la température de l'eau n'a pas permis les savoureux bains, cette année !
Merci de ces beaux souvenirs Fauvette. Si tu veux des photos des endroits où tu allais, ne te prive pas de m'en demander : je me ferai un plaisir d'y partir illico pour t'en ramener "en veux-tu en voilà" !!
Écrit par : gazelle | 30.10.2007
gazelle, en fait ce sont surtout les plages Fourasines qui sont gadouilleuses, mais j'en ai gardé une bête prévention contre le département entier. Je me soigne, promis !
Écrit par : Anne | 30.10.2007
Quel billet savoureux, on s'y croit, on s'y voit... Dire que l'on pouvait encore compter les voitures en ce temps-là !
Je crois que j'ai découvert la plage à six ans, lors de mes premières vacances mais je n'en garde aucun souvenir. Ensuite j'y suis revenue à onze ans et à douze ans, là je me souviens des baignades et des jeux avec mon cousin.
C'est l'Eté majuscule, cet été-là, quand j'y repense !
Écrit par : samantdi | 30.10.2007
Quel joli billet ! Mes parents rognaient sur tous les budgets pour pouvoir partir 2 mois à la mer tous les ans. On vivait sous la tente et il n'y avait pas d'autres loisirs que de lire et d'aller au bord de la mer. Aujourd'hui,je ne sais pas me passer d'elle et je ne sais pas me passer de lire.
Écrit par : Naya | 30.10.2007
J'adore tes souvenirs, encore, encore.
Écrit par : mab | 30.10.2007
Je viens de découvrir ce frère qui a fait " la grande pêche " et, c' est avec émotion que j' ai lu la page que tu lui as consacré ( très drôle ) . Un de mes frère, à 20 ans , son amie se trouve enceinte , il l' annonce aux parents et, ma mère de lui répondre " celui qui tient le sac est aussi grand voleur que celui qui le remplit " il fit son" devoir " de se marier, mes parents recueillirent ma belle-soeur et l' enfant, mon frère devant remplir ses obligations militaires, à l' époque elles durèrent 28 mois et, durant ce temps un autre enfant naquit, nous n' étions pas riche mais il y avait à manger pour tous . Aujourd' hui, 54 ans après ils sont toujours unis et heureux .
Nous étions des paysans du bord de mer et, les vacances se passaient plus aux champs qu' à la plage . Les moissons, l' arrachage de pommes de terre et les soins aux bêtes ainsi que la traîte journalière , le travail ne manquait pas et les enfants devaient participer . Nul n' aurait songé à s' y soustraire . Une autre époque , finalement pas si lointaine !
Ton billet me remet tout çà en mémoire .....
Bonne soirée Fauvette et merci pour ces instants d' émotions .
Écrit par : Azélys | 30.10.2007
Ce qui me frappe quand je vais sur une plage maintenant, c'est à quel point la population qui y traîne reflète peu la diversité sociologique du pays. Et je ne vais pas sur des plages chics, mais sur des plages familiales du littoral atlantique (Charente, Vendée…). On y voit surtout des familles blanches dont la coloration n'est que temporaire (les bonnes années, parce que cette année…)
Écrit par : gilles aitte | 30.10.2007
Tu racontes si bien que j'ai presque envie de retrouver le goût de mes premières vacances à Trouville, plaisir gâché par ma mère qui partait avec son amant et pas son mari, mon père !!!
Écrit par : heure-bleue | 30.10.2007
Il sent bon l'iode et le vent frais, ton billet ! Comme Samantdi, j'aime l'idée qu'on pouvait compter les autos à cette époque, et j'imagine très bien les spectateurs assis à côté de leur porte, tout près de la route, comme j'en ai encore vu cet été.
Chez nous aussi, quand j'étais enfant, la mer était très proche mais les journées à la plage assez rares finalement, il y avait toujours autre chose à faire !
Je t'embrasse. Mmmmh, tes joues sont aussi salées qu'un gâteau apéritif !
Écrit par : telle | 30.10.2007
Il y a des mômes des quartiers Nord de Marseille qui ne se sont jamais baignés dans la mer !
Écrit par : Tietie007 | 30.10.2007
Que ton récit est beau et si vivant ! On attend avec toi, impatiemment, de retourner passer la journée à la mer...
Bises, chère Fauvette.
Écrit par : Baïlili | 31.10.2007
Quand nous habitions en Charente, nous étions à deux heures à tout casser de la mer. Mais les parents ne nous y ont jamais emmenées. Je n'ai connu La Rochelle ou Royan que très tard, quand nous avions déjà quitté ce département depuis longtemps. Ça les ennuyait. Ils nous disaient que nous avions bien assez d'espace pour jouer dans notre jardin et le champ derrière, que les journées à la plage c'était bon pour les citadins... Nous ne partions plus en vacances non plus. En fait, ils étaient heureux dans leur monde et ne s'imaginaient pas que nous rêvions d'ailleurs...
Écrit par : akynou | 31.10.2007
bravo Fauvette, j'adore ce billet!!
aller à la mer!
nous nous étions loin (l'Indre), donc c'était seulement pendant les vacances, ou merveille des merveilles, pour le voyage scolaire...à La Rochelle, à Royan
et là, le sable, les coups de soleil (je faisais une allergie je me couvrais de plaque rouges brûlantes), les vagues...
Écrit par : céleste | 01.11.2007
Toujours cette belle plume pour nous rappeler que beaucoup de choses dont nous sommes gavés aujourd'hui relevaient du rêve il n'y a pas si longtemps... Un dénommé Barié avait fait un disque que tout le monde avait acheté ici à l'époque, se moquant des transhumances parisiennes estivales... Vengeance ou jalousie de plaisirs interdits !
Écrit par : paysanheureux | 01.11.2007
Je suis heureuse de réveiller vos souvenirs d'enfance et de vacances !
Écrit par : Fauvette | 01.11.2007
je t'ai lue sur un blog, et je me suis dit : allons lui dire bonjour... et je lis ce texte... souvenirs d'enfance... que j'ai trouvé très émouvant....j'aime beaucoup ta façon de raconter..
Écrit par : loula | 01.11.2007
Fauvette...Est-ce qu'on était ensemble à la plage ?
Je m'y vois comme sur une carte postale, moi c'était la Méditerranée...et une 203 ! (Chic)
Tu as décortiqué ce qu'il fallait, pour qu'on y soit 55 ans plus tard, pour moi ;-)
Écrit par : Maky | 02.11.2007
Quel joli récit ! J'étais comme toujours transportée, avec toi à la mer et au bord de la route à compter les voitures.
Merci de partager ces souvenirs.
A bientôt !
Écrit par : Elo | 02.11.2007
Bonjour Fauvette ,
Je te donne l' explication sur les chaussures au bord du fleuve .....si tu veux y jeter un oeil !
J' attend ton prochain billet avec impatience . J' ai des tickets de cinéma ...peux-tu me conseiller certains films à voir ?( durant 2 mois , je ne me suis pas intéressée aux sorties de films ) .
Merci et bonne journée .
Écrit par : Azélys | 02.11.2007
et il fallait attendre 3 heures entre la fin du repas et la baignade!!! je me souviens qu'une fois, j'avais craqué pour un bonbon, juste avant la baignade...j'allai à l'eau en ne mettant qu'un orteil, de crainte de m'écrouler raide morte!! faut-y être bête quand même!!
merci fauvette de ce rayon de soleil!!
Écrit par : turitelle | 02.11.2007
"Cré vin dieu!
Voilà l'été les vacanciers vont arriver
Voilà l'été les vancanciers vont arriver
Y s'en viennent on sait pas d'où
Y s'en vont par un autre bout
Voilà l'été c'est l'invasion des vacanciers
Lucien (c'est mon fils)
Ecris donc "oeufs frais" sur la porte
En deux mots imbécile!
C'est les vacances, c'est la transumance
Les vacanciers, c'est comme les fourmis
Ca se répand partout dans le pays..."
Une chanson de Ricet Barrier, qui fit un malheur en 1968.
A l'attention de Paysan Heureux.
Écrit par : Corbillo | 03.11.2007
Un texte plein de souvenirs... Très joli et une image du début de siècle... Un voyage dans le passé bien agréable...
Bonnes vacances...
Écrit par : Fleur de Sel | 03.11.2007
Très joli texte en effet, et qui me fait un peu bizarre parce que j'ai passé une grande partie de mon enfance à moins de 10 mètres d'un lac. Personne n'a noté qu'à l'époque ta mère devait être considérée comme une vrai beauté. Tu lui ressembles?
Écrit par : Moukmouk | 04.11.2007
Moukmouk : merci. En fait elle est arrivée en France après la guerre, et l'amitié franco-allemande n'était pas encore à l'ordre du jour, alors l'amour d'un étrangère, allemande de surcroît ce n'était pas trop bien accepté...
Écrit par : Fauvette | 05.11.2007
J'adore te lire. Et encore plus quand tu te replonges dans le passé.
Écrit par : Chondre | 05.11.2007
Quelle jolie photo ! je suppose que tu dois la regarder avec émotion !
Cette image clôt bien ce billet, tout d'heureuse nostalgie ! Merci Fauvette !
Écrit par : martinecarol | 05.11.2007
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