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01.10.2007

Chagrin d'école de Daniel Pennac

Daniel Pennac publie Chagrin d'école chez Gallimard le 11 octobre prochain. J'ai été très touchée par l'entretien qu'il a accordé à Livres Hebdo du 28 septembre. En voici des extraits :

"La peur fut bel et bien la grande affaire de ma scolarité ; son verrou. Et l'urgence du professeur que je devins fut de soigner la peur de mes plus mauvais élèves pour faire sauter ce verrou, que le savoir ait une chance de passer."

"C'était moi Daniel Pennacchioni, cancre. Fils d'un polytechnicien et d'une mère au foyer. Elevé dans une famille aimante et cultivé, dernier de quatre garçons dont les trois premiers ont fait de bonnes études. Et pourtant, moi, cancre rédhibitoire..."

Livres Hebdo - "Chagrin d'amour dure toute une vie...". Chagrin d'école aussi ?

Daniel Pennac : Cela se voit souvent... Mais mon livre voudrait aider à surmonter ce chagrin-là. faire comprendre la douleur du cancre, l'inquiétude des parents, le sentiment d'échec des professeurs, face à l'incompréhensible "nullité" d'un enfant ou d'un adolescent. souvent dissimulé par une attitude désinvolte ou par de joyeux récits a posteriori, le chagrin d'être cancre relève, oui du chagrin d'amour. Le cancre a le sentiment d'être profondément inutile, donc indigne d'amour. Aucun enfant ne choisit délibérément la cancrerie. Elle est le fruit d'un certain nombre d'inhibitions aux origines souvent mystérieuses... On est le cancre, on ne comprend rien aux matières enseignées ni au système qui les enseigne, on se sent hors de tout, on se croit privé d'avenir... Ce que l'on appelle la paresse vient après. C'est une conséquence, une expression parmi d'autres... du désarroi de ne pas comprendre. Désarroi d'autant plus douloureux que le temps des élèves est infiniment long. Pour nous, adultes, l'année scolaire passe vite, une année de plus parmi le défilé de nos décennies. Mais pour l'élève, une année de scolarité fichue c'est l'éternité dans un bocal. Cette perception de la durée apparente, elle aussi, le chagrin d'école au chagrin d'amour.

... Je raconte, par exemple, dans Chagin d'école, comment mon père a détourné de moi la tentation du suicide, un jour... Mon père m'a surpris... et a juste dit : "Ah ! Daniel, j'ai complètement oublié de te dire : le suicide est une imprudence". C'était une leçon de vie cette phrase, c'était une lecçon d'écriture."

Commentaires

Cette interview me touche beaucoup car j'enseigne à un petit groupe d'adolescents en rupture avec toute forme d'apprentissage et qui me font découvrir des stratégies d'évitement que je ne connaissais pas malgré ma longue expérience. Cela exige une remise à plat de tout, absolument tout ce que j'ai pu mettre en oeuvre et inventer jusqu'à maintenant pour ce type d'élèves, sinon, c'est la catastrophe assurée pour eux comme pour moi. Je me sens comme un acrobate sans filet. Eux, je ne sais pas pour l'instant ce qu'ils ressentent.

Ecrit par : Oxygène | 01.10.2007

On reste je crois éternellement le cancre du fond de la classe, j'en sais quelque chose. C'est effectivement une blessure inguérissable.

Ecrit par : Valérie de Haute Savoie | 01.10.2007

Le sang froid du père!!!

Ecrit par : mab | 01.10.2007

Par avance, il me touche. De toute façon, s'agissant de Pennac, j'achète les yeux fermés...

Ecrit par : Anne | 01.10.2007

Je n'aimais plus Pennac, tu viens de me réconcilier avec lui..

Ecrit par : heure-bleue | 01.10.2007

Bien longtemps que je n'ai lu Pennac.....mais là, le sujet me parle !
Merci !

Ecrit par : liaht | 01.10.2007

J'adore Pennac. J'ai été prof pendant près de 35 ans, mais aussi un véritable cancre dans certaines matières, avec des profs qui me méprisaient. Dès qu'on me met devant des chiffres, je me retrouve inmanquablement cancre et bête qui plus est. C'est un livre que je lirai. Merci de l'avoir signalé

Ecrit par : Claude | 01.10.2007

J'ai toujours beaucoup aimé Daniel Pennac. Tu vas sans doute me faire acheter ce livre ci, en sus de tout ceux que j'ai déjà à lire... :-)

Ecrit par : Sammy | 01.10.2007

Les blessures d'enfance sont celles qui ne cicatrisent jamais... Il en reste un chagrin qui ressort un jour ou l'autre... J'aime beaucoup Pennac, ses livres sont empreints d'humour, pleins d'imagination mais avec toujours une certaine gravité.....

Ecrit par : miss-ter | 01.10.2007

Sans avoir été totalement cancre, quant à l'école je me sens des points communs avec Daniel Pennac.
Pour autant je m'interroge, est ce que ce n'est pas un peu à cause de/grâce à sa cancrerie, que Pennac s'est mis à écrire comme il le fait. Peut être comme une revanche, ou comme une consolation, ou un peu de tout cela à la fois. Comme parfois on écrit pour se tenter de se remettre d'un chagrin d'amour.

Ecrit par : LaVitaNuda | 01.10.2007

Je suis un quasi inconditionnel de Pennac.
Bien sûr, je vais donc lire ce livre, mais l'interview est plein d'amour pour ces gosses "décalés" et c'est ce qui me semble important ici.
Bien qu'enseignant à de jeunes adultes doués pour les longues études scientifiques, je rencontre encore parfois des "séquelles" de ces années noires pour certains. C'est dire que pour les autres cela doit être irréversible.
Beaucoup d'enseignants amis du primaire et du secondaire se sentent concernés. La principale difficulté vient de ce qu'ils ne maîtrisent pas l'essentiel des paramètres qui ont conduits ces élèves à cette situation. Dès lors, difficile de redresser la barre seul, en classe, avec d'autres...

(pardonne la longueur, mais c'est un sujet essentiel)

Ecrit par : galuchon | 01.10.2007

Le dernier paragraphe m'interpelle beaucoup , parce qu'il correspond à une variante du cancre, le phobique... Et que c'est dur, très dur !

Ecrit par : paysanheureux | 01.10.2007

Les extraits que tu publies donnent vraiement envie de lire le livre. Merci.

Ecrit par : TANETTE | 02.10.2007

J'étais l'anti-cancre et pourtant ces mots me touchent...

Ecrit par : Milky | 02.10.2007

Pennac prouve que les bons profs sont souvent d'anciens cancres. On peut dire aussi que les bons élèves font rarement de bons profs.

Quant aux blessures d'enfance qui ne guérissent jamais... Désolé de me fâcher, mais c'est un discours aussi sincère que "à la mode", la mode des victimes, survalorisées et maintenues ainsi dans leurs statut de victimes, mode qui a son corollaire, importé des USA : le refus du pardon.

"Jamais" est un mot définitif, et la seule chose qui soit définitive dans la vie, c'est la mort.

Des blessures d'enfance, j'en ai eu comme tout le monde, et suffisamment graves pour en avoir écrit un livre de purge. Voilà (pour moi) : elles cicatrisent si on le veut et si on y est aidé. La cicatrice est toujours visible, mais, sauf si on vient la gratter, elle n'est plus douloureuse.

Ce n'est pas un chemin facile. Voilà ce que j'ai écrit à la fin de ce livre : "Mais sachez que certains piliers de ma vie et non des moindres, ceux qui vous font penser qu'en atttendant la mort ça sera bien, avant, sont irrémédiablement détruits. Je suis, grâce à vous, un infirme du coeur. Puis-je vous pardonner ça".
Eh bien, depuis et grâce à ce livre :
- J'ai pardonné.
- J'ai trouvé une prothèse.

Ecrit par : JD | 02.10.2007

Oxygène écrit : "Eux, je ne sais pas pour l'instant ce qu'ils ressentent."

Si vous faites de votre mieux, ils le voient. Actuellement, ce mutisme vous pèse. J'ai moi aussi connu ce brouillard. Mais dites vous bien que dans huit jours, dans huit mois ou dans huit ans, vous aurez la réponse. C'est ce genre d'élève qui, le jour où vous vous attendez le moins, refait surface pour vous remercier. Mon "record" : 25 ans !

Ecrit par : JD | 02.10.2007

Daniel Pennac d'écrit là, ma scolarité, malgré un père d'une culture et d'une "intelligence" phénoménale n'a jamais su, ne serait-ce que me donner l'envie....

Cancre oui, mais pourquoi..???

plusieurs éternités dans un bocal

envie de le lire...merci

Ecrit par : SanAntonio | 02.10.2007

Chouette un autre Pennac. Merci de nous donner envie...

Ecrit par : dany | 04.10.2007

Merci à toi de partager cette interview. Ca m'a donné envie de le lire.

Ecrit par : Anne-Ma | 06.10.2007

Une interview a complété avec celle donnée aussi par Pennac au mensuel "Lire". Son livre risque de devenir incontournable pour tous les anciens cancres, et ils sont sans doute plus nombreux qu'on ne le croit :-))

Ecrit par : Corinne | 06.10.2007

Ce qui me touche le plus, ayant été une de ses élèves, à ses débuts, c'est d'avoir réalisé ce qu'il ma transmis, le jour où moi-même j'ai pu aider à se métamorphoser une toute jeune fille qui était vouée à l'éducation spécialisée ! elle ne savait quasiment pas écrire, former ses lettres, articuler, formuler une idée construite avec une notion de temps, de cause ... 10 ans plus tard j'ai su qu'elle avait passé un bts, et travaillait dans une grande entreprise du cac 40 ! comme quoi ... j'attends avec impatience le 11/10 de lire ce livre

Ecrit par : cyane | 09.10.2007

J'ai pensé à toi et je me suis dit "Tiens ! Fauvette en avait parlé de ce livre" qu'en j'ai entendu que Daniel Pennac avait reçu le prix Renaudot.

Ecrit par : Anne-Ma | 05.11.2007

Oups ! Désolée pour la faute : quand et non qu'en.
Houlà, j'ai honte.

Ecrit par : Anne-Ma | 05.11.2007

Anne-Ma : ah oui cela m'a fait plaisir pour Pennac, quelle belle surprise !
(Ne t'inquiète pas, emportée par ta joie tu n'as pas relu ton com, cela arrive à tout le monde de déraper sur le clavier !)

Ecrit par : Fauvette | 06.11.2007

C'est un livre très agréable à lire. Je ne suis pas un inconditionnel de la lecture mais j'ai été obligé de lire ce livre pour l'exposer devant mes camarades au lycée. Je l'ai lu en 2 jours et je peux vous dire que ça se lit tout seul comme on dit. De plus ce récit est très encourageant pour les élèves actuellement en difficulté il faudrait que chacun puisse le lire. Et j'aurais réellement aimé avoir Mr Pennac comme professeur de français.

Ecrit par : Clément | 14.11.2007

SI seulement Mr Pennac faisait plein de petits qui deviendraient les profs de nos enfants
si seulement
enfin merci Mr Pennac vous redonnez vie et corps à l' élève
quelqu'il soit et pointez les dérives de la marchandisation
et de la facilité
et surtout nous aidez à donner à penser que à travers la connaissance le savoir et la comprehension des choses et des elements qui nous entourent on maitrise notre vie ,la vie
si tous les profs voulaient bien aimer les eleves......

Ecrit par : AG | 03.12.2007

merci a vous monsieur pennac j'ai beaucoup apprécier votre livre des professeurs comme vous il y en faudrait d'avantage sa serait bien de vos colnez j'ai un enfant surdoué mais ki a de gros problème d'écrit et ki se décourage un peu mais nous désepérons pas cela ma redonné beaucoup de courage merci encore pour cette oeuvre

Ecrit par : bragard | 16.03.2008

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