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05.09.2007

Histoire de Cornichons

f3679277ec54876b336d4d8bf7a7c01e.jpgDans la Rubrique "Lu pour Vous" je vous propose un extrait de l'article de Nathalie Funès publié dans le Nouvel Observateur du 30 août dernier, vous allez voir c'est, comment dire tellement Cornichon, accablant !

"UNE FABLE DU COMMERCE MONDIAL

C'EST CORNICHON QUAND MÊME !

Les bocaux Amora sont remplis de cornichons indiens et les Français en sont réduits à vendre aux Autrichiens...

C'est un ballet de camions et chariots élévateurs. Une farandole de fûts noirs remplis de cornichons indiens, de sacs verts bourrés de production locale, de palettes de bocaux vides, qui viennent d'Autriche, repartent vers la Suisse... La cour du hangar à cornichons de la voie des Lys, à Appoigny, en Bourgogne, est un drôle de résumé du commerce mondial. Pendant quarante ans, les choses étaient assez simples. L'affaire se jouait dans un rayon de quelques kilomètres. L'usine de conditionnement d'Amora Maille, de l'autre côté de la route, venait chercher, ici, les cornichons dont elle avait besoin pour remplir ses bocaux. Ils étaient cultivés, un peu plus loin, dans les champs d'Ormoy, de Chemilly-sur-Yonne..., avant d'être entreposés dans le hangar, propriété commune des agriculteurs de la région....

La logique géographique s'est arrêtée un jour de 2004. L'usine d'Amora Maille, devenue, entre-temps, propriété du groupe anglo-néerlandais Unilever (après être passée entre les mains de Danone, puis de Paribas), a commencé à éplucher ses factures. Et le calcul a été sans pitié. En Inde, à 7 000 kilomètres et à 9 heures d'avion, on pouvait trouver un cornichon 40 % moins cher que la variété locale, l'icaunais, transport et préconditionnement compris. Les producteurs locaux ont gentiment été priés d'aller vendre leur récolte ailleurs. Mais où ? Amora Maille détient les deux tiers du marché hexagonal et la France est le seul pays au monde à consommer de "l'extra-fin" en condiment. Partout ailleurs, on croque des énormes cornichons. Alors que faire ? "Le premier réflexe a été de mettre la clé sous la porte, raconte Florent Jeannequin, 54 ans, d'une famille de cultivateurs depuis six générations. Finalement, nous avons déniché une société d'import-export autrichienne, Pinto Austria, qui voulait bien conditionner nos produits en Suisse, près de Genève, et les expédier dans toute l'Europe, en Allemagne, en Pologne, en Ukraine..."

Le nouvel acheteur posait une seule et unique condition. Enterrer la tradition française des petits cornichons. Il fallait passer au gros calibre. La quasi-totalité des producteurs locaux ont préféré jeter l'éponge. Aujourd'hui, ils ne sont plus que trois à travailler pour l'industrie sur tout le territoire français... ils ont racheté le hangar de la voie des Lys à leurs anciens collègues, le matériel, les balances, le frigo, les chariots élevateurs, le trieur en Inox... A l'entrée du bâtiment, ils ont même laissé sur une étagère une demi-douzaine de bocaux, noirs de poussière, qui datent du temps où Amora Maille s'approvisionnait encore dans l'Yonne. Des "Aigres doux à l'Alsacienne" et des "Extra-fins sélection grand croquant" avec cette inscription qu'on ne verra sans doute jamais plus : "récoltés en France".

Bien sûr on est assez loin des chiffres d'antan. vingt hectares de terres ... 1 000 tonnes de production annuelle (dix fois moins qu'il y a quelques années), 90 000 euros de chiffres d'affaires... "

Commentaires

Quand le prix du pétrole sera suffisamment élevé pour rendre logique la proximité des lieux de production et de distribution...

Ecrit par : Milky | 05.09.2007

Quand je pense à la tonne de cornichons que j'ai frottés chez mes divers grands-parents...

Plus sérieusement, c'est à ce genre de cynisme économique qu'on répond "où est le problème ?", chez les capitaines d'industrie.

Et encore, Amora Maille fait partie d'un grand groupe alimentaire, ils n'ont pas encore connu les joies de fonds d'investissement... là ils n'aurait carrément plus eu le droit de parler aux producteurs locaux, quasi. J'en rigole, sinon on en pleure, mais c'est quasiment ça.

Et le pire c'est que dans 50 ans on aura réussi à nous calibrer sur le marché mondial, on bouffera des cornichons géants et on ne fera plus ch... personne, Unilever et consort auront gagné.

Les enfants n'auront jamais vu un vrai petit cornichon.

Ceux des producteurs seront cassés par la mise au ban de leurs parents.

Et tout le monde trouvera ça presque normal....

Ca me déprime.

Ecrit par : Anne | 05.09.2007

Toute logique a son absurde et le résultat c'est qu'on a des produits qui n'ont plus que le nom, la qualité et le goût ayanr depuis longtemps disparu. Sans compter les adjonctions de produits barbares. Pas sûr que les consommateurs accepteront toujours cet absurde là.

Ecrit par : Naya | 05.09.2007

Quel monde de fous celui où nous vivons. Y'a de quoi déprimer en effet !

Ecrit par : martinecarol | 05.09.2007

Comme quoi -au propre et au figuré- les cornichons ne sont pas ceux qu'on pense !
En passant Unilever continue à améliorer sa marge bénéficiaire (pardon, continue à faire des plans sociaux je voulais dire). Le salarié, c'est pareil, on peut toujours trouver moins cher ailleurs, lui aussi est à ranger dans la case "cornichon" sans doute !
Juste un truc, à force d'envoyer tous pleins de consommateurs à l'abattoir professionnel dans tant d'activités, combien en restera il pour consommer ne serait ce qu'un cornichon ?

Ecrit par : LaVitaNuda | 05.09.2007

Alors d'une certaine façon (très égoïste) ton article me réconforte (je ne l'avais pas lu dans l'Obs, il y avait sans doute quelqu'un des S*rk*z* en couv et j'ai décidé de boycotter tout magazine où ils figuraient (ça tombe bien comme je travaille beaucoup pour gagner trois fois rien, j'ai des économies à faire)). J'avais depuis un paquet d'années remarqué que les cornichons "n'avaient plus de goût" (en fait simplement moins). Mais j'avais cru que ça venait de moi, que j'avais les papilles fatiguées par l'âge et le goût de certaines boissons ou mets forts ou pimentés, que j'avais moins de sensibilité.
En fait tu m'apprends que ça correspond peut-être tout bêtement à une réalité.
Ouf

Ce qui n'empêche pas d'être affligée par la stupidité d'où la logique du "tout rentabilité" peut nous mener.

Ecrit par : gilda | 05.09.2007

Quand je pense que nous avons l'impression de manger des cornichons bien de chez nous, et que ce sont des cornichons indiens ! Ca donne un drôle d'air au jambon beurre cornichons mangé sur le zinc !

Ecrit par : Claude | 05.09.2007

Mais les Indiens savent aussi faire autre chose que des cornichons !!!
Mais tout ceci, à qui la faute ??? peut-être aussi un peu à nous non ??? Lorsqu'on fait ses courses, on regarde aussi le ticket de caisse et notre porte-monnaie. Le malheur des uns, fait un peu le bonheur des autres.

Ecrit par : kipik | 05.09.2007

On se sent tout cornichon ! Mais, comme Naya, je pense que le jour viendra où les consommateurs ne voudront plus acheter ces produits. Pas seulement pour des questions de goût ou de tradition, mais parce que la disparition des producteurs locaux, les délocalisations commencent à toucher tout le monde. En parler et en parler encore, c'est l'espoir d'accélérer la prise de conscience. Evidemment le boycott n'est pas évident, mais faut pas désespérer.

Ecrit par : meerkat | 05.09.2007

On se sent tout cornichon ! Mais, comme Naya, je pense que le jour viendra où les consommateurs ne voudront plus acheter ces produits. Pas seulement pour des questions de goût ou de tradition, mais parce que la disparition des producteurs locaux, les délocalisations commencent à toucher tout le monde. En parler et en parler encore, c'est l'espoir d'accélérer la prise de conscience. Evidemment le boycott n'est pas évident, mais faut pas désespérer.

Ecrit par : meerkat | 05.09.2007

Tiens, j'ai lu dans la presse hier qu'Unilever supprimer 12.000 emplois en Europe. L'équivalent de la population de Cosne sur Loire, en gros.

Mais où est le problème, il faut bien être encore plus compétitif et gagner encore plus de sous, voyons ?

Ecrit par : Anne | 06.09.2007

Milky nous avait ramené des tomates du jardin de ses parents, je n'avais pas mangé d'aussi bonnes tomates depuis très longtemps, je ne mange plus de cornichons peut être qu'ils ne sont plus bons, l'avion n'améliore pas la qualité...

Ecrit par : heure-bleue | 06.09.2007

Tiens ça me fait penser qu'il faut que je voie l'épicier pour qu'il m'en trouve et que j'en prépare quelques bocaux !

@ Anne : pourquoi Cosne sur Loire ? à part moi personne ne connait ! ;-)))

Ecrit par : Madeleine | 06.09.2007

On va encore nous accuser d'être des Français râleurs et qui ne comprennent rien de rien à la mondialisation...

Oui c'est vrai tu as raison Anne, j'ai vu moi aussi un communiqué très laconique d'Unilever qui s'apprête à fermer encore des unités, ou se débarrasser de marques jugées non rentables. Voici un avant-goût :

"L’annonce s’inscrit dans un vaste plan de vente d’actifs et de suppression de 10 à 12.000 postes en Europe (un quart des effectifs). Au total, une vingtaine d’usines du Vieux-Continent risquent d’être cédés ou fermés. Prochaine sur la liste ? On parle de la marque de pâtisserie Alsa, installée à Nancy depuis 110 ans, et dont trois sachets sont vendus en France chaque seconde. N.F"

Je sens la moutarde me monter au nez.

Ecrit par : Fauvette | 06.09.2007

C'est qu'elle est difficile à comprendre, la mondialisation, et qu'on a l'impression que ça profite toujours aux mêmes... Au coût de la perte d'emplois, mais aussi de la dégradation des conditions de travail puisqu'on "délocalise" toujours (drôle de terme) dans des pays en voie de développement où les droits des travailleurs ne sont pas respectés de la même façon qu'ici... En tout cas, en lisant hier ton billet, j'ai eu envie de cornichons et je suis allé les chercher au supermarché d'en bas de chez moi : il y en avait des fins et des gros (c'est vrai que ces derniers sont plus courants ici, à Madrid) ; je ne sais pas si les fins étaient des extrafins, de toute façon c'est ceux que j'ai pris et on en a mis dans la salade le soir ; ils ne venaient pas d'Inde (pour l'instant), mais de Murcia (en Espagne). En les mangeant, j'ai réfléchi un peu aux problèmes que soulève l'article que tu as "lu pour nous", c'est déjà ça...

Ecrit par : Pablo | 06.09.2007

Mais j'étais persuadé que ces cornichons provenaient du Maroc...

Et juste une question à la con...Le vinaigre, il vient d'où, pas de Chine au moins?

Ecrit par : chondre | 06.09.2007

Histoire édifiante.
Je crois comme Kipik que nous sommes aussi en grande partie responsables en tant que consommateurs. Dans le domaine alimentaire (et même autre) il faudrait je pense consommer moins, mais consommer mieux, et en fonction des saisons : des produits de qualité, en s'assurant de leur provenance, et tant pis si ça fait mal au porte-feuille, ne soyons pas égoïstes et n'hésitons pas à faire des sacrifices par ailleurs. Je préfère me nourrir bio que m'acheter un écran plat !

Et, Madeleine : Cosne-sur-Loire c'est connu et c'est charmant ! Une de mes meilleures amies en est originaire.

Ecrit par : Marnie | 06.09.2007

Moi aussi je connais Cosne sur Loire, m'enfin !!!
Et dire que mon pied de cornichons a refusé de pousser, cette année, dans mon jardin...........
C'est quand même proprement inadmissible de lire des choses pareilles, et je me dis que l'on marche, vraiment sur la tête !!!

Ecrit par : Rêve d'Eté | 06.09.2007

Les cornichons ne sont même pas français, c'est quand même un scandale....

Bisous
Françoise

Ecrit par : francoise oleron | 07.09.2007

Faire les courses actuellement en lisant les étiquettes prend le double de temps qu'autrefois, mais on peut encore acheter intelligent

Ecrit par : mae | 07.09.2007

c'est une histoire aigre... Bise de Lucette

Ecrit par : bdu | 07.09.2007

Voilà pourquoi il faut développer la notion de Commerce Equitable et l'étendre au commerce de proximité avec les petits producteurs de chez nous...
Sans compter les problèmes de pollution...
Bon je n'ai pas le temps de lire les autres coms donc excuse-moi si je répète ce que quelqu'un a dit !

Ecrit par : Rosa | 07.09.2007

Moi aussi je trouve ça sinistre. Mais j'achète chez leader price, H&M, lidl et autres et je regarde surtout l'étiquette prix. Quant aux produits bio, je n'y pense même pas compte tenu du prix, à part le tofu que ne trouve que dans ce type de magasins.
J'ai lu ces jours-ci, peut-être dans Libé mais peut-être dans Courrier International, un article sur une journaliste économique américaine. Pendant un an elle s'est imposée et a imposé à sa famille de ne pas acheter chinois. L'enfer pour elle! Ca prend un temps fou et c'est très cher. Elle est soulagée d'arrêter. Je pense qu'elle a du écrire un bouquin la dessus.

Ecrit par : Laurence D | 08.09.2007

Moi aussi je trouve ça sinistre. Mais j'achète chez leader price, H&M, lidl et autres et je regarde surtout l'étiquette prix. Quant aux produits bio, je n'y pense même pas compte tenu du prix, à part le tofu que ne trouve que dans ce type de magasins.
J'ai lu ces jours-ci, peut-être dans Libé mais peut-être dans Courrier International, un article sur une journaliste économique américaine. Pendant un an elle s'est imposée et a imposé à sa famille de ne pas acheter chinois. L'enfer pour elle! Ca prend un temps fou et c'est très cher. Elle est soulagée d'arrêter. Je pense qu'elle a du écrire un bouquin la dessus.

Ecrit par : Laurence D | 08.09.2007

Et les cornichons c'est nous.
Mab.

Ecrit par : mab | 08.09.2007

Je comprends mieux pourquoi j'ai des difficultés à trouver les cornichons du calibre que j'aime ! J'en ai acheté aujourd'hui en pensant à ton billet et au plan de dégraissage d'@mora qui va licencier des milliers d'ouvriers... Encore une catastrophe à venir alors que les actionnaires s'enrichissent de plus en plus : "20 000 emplois dans le monde dans les quatre ans sur un total de 179 000 et un bénéfice net en hausse de 16 %, à 1,207 milliard d'euros au deuxième trimestre 2007." Le Monde du 08.09.2007

Ecrit par : Oxygène | 09.09.2007

Il suffit d'attendre quelques années ; quand on va commencer à trouver que le pétrole se fait vraiment rare et donc cher , on va sans doute revenir à des pratiques commerciales plus basiques .

Ecrit par : parenthèse | 09.09.2007

J'en reviens pas ! Et moi qui achète les bocaux de cornichons les yeux fermés. Au fait, le prix a au moins baissé ?
La solution ? Boycotter la marque Amora !

Ecrit par : Corinne | 09.09.2007

affligeant de connerie...
en plus, ces cornichons, on les balade d'un bout à l'autre du monde....

et pour finir, les indiens, à ma connaissance, ne consomment pas ces fameux cornichons...tout au moins je n'en ai jamais vu sur leurs tables

Ecrit par : céleste | 09.09.2007

Faut pas se tromper, on en reviendra du tout délocalisé.
Tout compris c'est 40% moins cher actuellement, d'ici 3-4 ans, boom du pétrole oblige la tendance sera inversée.

Trop tard, les petits producteurs locaux seront deja morts.
Et on sera obligé de payer plus cher que s'ils etaient la.

Merci les grandes surfaces, merce les marques, merci nous.

on en reviendra je vous dit...

Ecrit par : Arnaud | 19.09.2007

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