15.03.2007

1972 - Vendanges et Amours

Je vais avoir 20 ans.
Début octobre, avant ma première rentrée universitaire, je pars faire les vendanges près de Libourne, le prestigieux Pomerol !
Une belle équipe d'étudiants et d'étudiantes a été recrutée, des scientifiques. J'ouvre grand mes yeux et mes oreilles, dans quelques jours je serai à la fac moi aussi, mais en Lettres.
Il fait très beau, presque chaud, l'après-midi nous travaillons bras nus. Le rythme de travail est très soutenu, et je découvre l'ambiance "vendanges" : blagues aux citadins, chansons plus ou moins paillardes... Les journaliers repartent le soir, les joues rouges, épuisés eux aussi.
Nous les jeunes, sommes logés au Domaine, et abondamment nourris. Chambrées de filles, chambrées de garçons bien sûr.
Dès les premiers jours, j'ai remarqué un beau brun barbu très gentil, l'air toujours de bon humeur. Il s'arrange pour travailler très souvent avec moi. Nous nous faisons face de chaque côté du rang de vigne, et peu à peu, nos yeux se cherchent à travers les feuilles, nos doigts se frôlent... Au casse-croûte de 9 heures, nous dévorons de bonnes tartines de rillettes, en riant. C'est un Grand, un étudiant en maîtrise de physique, et je sens que je suis en train de devenir amoureuse dans la douceur de l'été indien.
Depuis mes 15 ans j'ai évité l'amour et les amoureux. J'ai bien eu quelques amourettes, mais j'ai toujours su garder mes distances, quitte à me faire traiter de "fille pas libérée" de "coincée" et j'en passe... Tant pis.
Mais non au contraire, ai-je envie de leur dire, je suis libre et je veux le rester. Pas question de me retrouver enchaînée par une grossesse imprévue. J'ai trop en tête l'image des mes anciennes amies d'école qui après un court passage à l'usine se retrouvent à mon âge, déjà maman, mariées ou pas, dépendantes, avec la bénédiction passive des familles.
Je n'imaginais pas que me copines lycéennes tomberaient dans le même piège ! Et pourtant, certaines furent chassées du lycée car enceintes, d'autres plus aisées et informées savaient où aller avorter... Alors il n'y a pas que les pauvres qui se font avoir par les hommes ? J'ai vraiment beaucoup de chemin à faire pour me réconcilier avec eux, ne plus les voir comme une menace... Il faut dire que ma scolarité chez les Bonnes Soeurs m'a marquée durablement dans ce domaine ! Bien coincée c'est sûr ! La révolution sexuelle ? Des mots pour l'instant pour moi.
Il prend tout son temps mon bel étudiant pour m'apprivoiser, rien n'a l'air de le presser... J'apprends avec lui les relations simples, j'accepte l'idée d'être amoureuse, de ressentir du désir...
A la fin des vendanges, lui et moi savons que nous allons nous retrouver à la fac. Nous en avons l'un et l'autre le désir. Très fort.
Billet publié sur le blog collectif Petits Cailloux et Ricochets le 4 mars 2007.

Commentaires

Coucou.
Il est cool ton Site.; ;-)
Et puis, la petite Histoire est mignonne.; ;-)

Écrit par : petite poussiere | 15.03.2007

Je l'ai déjà lu sur "Petits Cailloux", il me ravit (et m'émeut) tout autant ici...

Écrit par : Traou | 15.03.2007

Les vendanges ça doit casser les reins, mais l'ambiance décrite semble aussi sympatique, alors vas tu chanter comme Marie Laforêt "Les vendanges de l'amour" ça y est j'ai l'air dans la tête pour la journée.

Écrit par : mab | 15.03.2007

Un bien joli billet tout doux.

Écrit par : 4largo | 15.03.2007

Comme quoi, la campagne... Superbe billet qui invite à une suite !

Écrit par : paysanheureux | 15.03.2007

Très belle histoire et je pense pleine de sens pour les jeunes...

Écrit par : Rosa | 15.03.2007

Tendre ricochet....
Qu'il est doux le temps d'aimer.....

Écrit par : tourniquette | 15.03.2007

C'est tout mignon tout tendre comme histoire... Je m'attendais presque à lire que ce bel étudiant n'est autre que Corbillo :-)

Écrit par : Pralinette | 15.03.2007

Et c'était bien non ??? même si ça n'a été qu'une amourette, ce sont de beaux souvenirs quand l'histoire est douce et tendre comme celle que tu racontes.

Écrit par : Kipik | 15.03.2007

Une fort belle histoire en effet. Agréable souvenir j'imagine.

Écrit par : tanette | 15.03.2007

et alors?????
coumarine la curieuse

Écrit par : Coumarine | 15.03.2007

J'attends la suite. Avec curiosité.

Écrit par : Oxygène | 15.03.2007

Tu nous diras la suite ?

Écrit par : Madeleine "coeur de midinette" | 15.03.2007

C' est très mignon ...mais la suite ? J' ai retrouvé mon amoureux de mes 17 ans ...30 ans après ! Je garde la suite pour plus tard .....Bisous !

Écrit par : Bigou | 15.03.2007

Ah ces petits ricochets, ça me fait envie...

Ta jolie histoire débute très bien, elle semble douce et pleine de promesses.
Bises de la nuit.

Écrit par : Baïlili | 16.03.2007

Voilà que me vient en tête l'été de mes 20 ans...
c'est un bien bel exercice Fauvette

Écrit par : laparhasard | 16.03.2007

Heyyyy! Moi aussi je veux la suite! Sinon, c'est pas cool. :-/
;)

Écrit par : Rose | 16.03.2007

Alors, c'était Corbillo ou un autre ?

Ah 20 ans, l'été indien... Idéal pour tomber amoureuse dans les effluves des vignes de Pomerol...

Bises

Écrit par : gazelle | 16.03.2007

Merci à tous et à toutes !

Et pour les petites curieuses, non ce n'était pas encore Corbillo ! Patience !

Écrit par : Fauvette | 16.03.2007

Quelles sont curieuses les filles !
On n'a pas besoin de savoir !
Ce qui importe, c'est que cela soit arrivé et que l'on y pense encore.

Écrit par : Christian | 16.03.2007

J'arrive après la bataille... Moi aussi, j'ai envie de connaître la suite de ces "Vendanges de l'amour".

Écrit par : karmara | 16.03.2007

Ah ces premiers émois amoureux que c'était beau !...Quand on ne savait rien de la vie et qu'un seul frôlement de main nous "transportait" !
Bien écrit Fauvette, on a tous vécu à un moment ou un autre ce vertige amoureux, tu nous le fais revivre.

Bon weed-end, bises.

Écrit par : Pénélope | 17.03.2007

C'est beau, de se donner le temps d'attendre et de savourer le trouble et le désir... Un cadeau que nous fait l'innocence, et beaucoup plus tard, un privilège que l'expérience nous permet parfois d'obtenir..
Mmm l'amour... :)

Écrit par : Forestine | 18.03.2007

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