04.03.2006
Oiseaux de Passage
Corbillo, mon tendre mari, aime beaucoup chanter Georges Brassens, pour lui, pour le plaisir, pour les mots.
J'aime beaucoup "Oiseaux de Passage" un poème de Jean Richepin que nous chante l'ami Georges.
Et en ce moment, je trouve que ce poème a bien sa place. Je ne sais pas mettre en ligne de la musique pour l'instant, alors je vous livre le texte :
Oiseaux de Passage
Oh : vie heureuse des bourgeois ! Qu'avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours pas sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l'amour n'a qu'un temps.
Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir, il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : "C'est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j'ai fait mon devoir."
...
Elle a fait son devoir ! C'est-à-dire que oncque
Elle n'eut de souhait impossible, elle n'eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de joncque
L'emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.
...
Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours, pour ces gens-là cela n'est point hideux.
Ce canard n'a qu'un bec, et n'eut jamais envie
Ou de n'en plus avoir ou bien d'en avoir deux.
N'avoir aucun besoin de baisers sur les lèvres
Et, loin des songes vains, loins de soucis cuisants,
Posséder pour tout coeur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !
Oh ! les gens bienheureux !... Tout à coup, dans l'espace,
Si haut qu'il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !
...
... Regardez les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L'air qu'ils boivent ferait éclater vos poumons.
Regardez-les ! Avant d'atteindre sa chimère,
Plus d'un, l'aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.
Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volailles comme vous.
Mais ils sont avant tout des fils de la chimère,
Des assoiffés d'azur, des poêtes, des fous.
...
Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante,
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux,
Et le peu qui viendra d'eux à vous, c'est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.
J'avais envie de défendre un peu ces Oiseaux de Passage, accusés de tous maux en ce moment.
Oui Regardons les passer...
16:00 Publié dans Emotions | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note



Commentaires
Comme c'est curieux, bientôt en ligne dans "Le blog de la girafe" une variation de cette chanson...
Écrit par : Stella | 04.03.2006
A la maison nous écoutons aussi bcp Brassens.
Petite, Charlotte chantait dans sa poussette : une jolie vache déguisée en fleur, une jolie fleur dans une peau de vache.....
Écrit par : la JD | 05.03.2006
La volaille deviendrait intelligente en lieu et place du cerveau humain, durement touché par les conséquencs de la grippe aviaire, il en a oublié de fonctionner.
Merci Brassens, alors ! (Et à M'sieur Corbillo, s'entend).
Écrit par : Anne | 06.03.2006
Tiens Corbillo s'entendrait bien avec Urbain ;-)
Écrit par : Madeleine | 06.03.2006
Bonjour à tou(te)s,
Le hasard veut qu’effectuant une recherche sur le net, j’atterrisse sans préambule dans votre discussion. Comme le sujet ne date pas trop, je me permets d’y ajouter mes réflexions. Si les oiseaux de passage ont été admirablement chantés par Brassens, il a cependant fortement amputé le texte de Jean Richepin (http://poesie.webnet.fr/poemes/France/RI/7.html) et de plus, lui empruntant 2 mots au passage (Philistins, Epiciers) il en a profité pour écrire une seconde chanson que j'aime tout autant. Ce merveilleux texte a été repris dans la version « Brassens » par plusieurs artistes comme Renaud, Maxime Le Forestier, Philippe Boischot, … mais si vous avez l’occasion je vous conseille d’écouter la splendide version chantée à capella par Marc Robine et surtout une version plus proche du texte initial interprétée par Remo Gary.
Cela étant dit que ce soit par Brassens ou un autre ce n’est que du bonheur et de l’émotion d’entendre un aussi beau poème.
Écrit par : Yves | 25.03.2006
@Yves : merci de votre commentaire, oui j'apprécie Maxime Le Forestier, Renaud. Je ne connais pas Marc Robine et Remo Gary. Mais je vais suivre vos bons conseils ; oui bonheur et émotion ce sont les mots justes. Merci encore.
Écrit par : Fauvette | 25.03.2006
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