02.12.2008

Les trottoirs des plantations

Je me demande si je ne vais pas me mettre à fumer. Ou faire semblant de fumer. Pour faire partie du cercle. Parce qu'avant, il suffisait de faire un petit tour dans les couloirs pour être dans le coup, apprendre ce qu'il faut savoir, et surtout être à jour sur la vie palpitante de la plantation.

C'est fini, l'info ne se distille plus dans les couloirs, non, non. Maintenant tout se dit dehors, sur le trottoir. Et ce sont les fumeurs qui papotent.

Lorsque je sors m'acheter un bidule à la boulangerie ou autre, je les vois mes collègues sur le trottoir, ils fument et se racontent des trucs et des machins, ils rigolent entre eux, se défoulent... Et j'ai l'impression que je rate plein, plein de choses ! L'ambiance a l'air chouette. Je pense qu'à l'extérieur, hors les murs, la parole est plus libre. Et que le ronchon a le sourire, le timide ose enfin, l'arrogant devient presque sympa (enfin pas toujours il ya des cas désespérés). Les cigarettes s'échangent, mais les regards aussi, et des histoires d'amour et d'amitié se nouent, des fêtes s'organisent...

Et moi je me sens exclue. C'est un autre monde, et si on essaie de s'approcher d'eux, ils regardent ailleurs, nous faisant nettement comprendre que nous ne sommes pas les bienvenus, nous les non-fumeurs !

Et ils rentrent dans les bureaux l'air radieux, les vêtements sentant la clope, même pas frigorifiés. Mais ils savent. Eux. Ils sont informés, eux.

 

 

01.03.2008

Corrida

Des années de corrida lassantes et épuisantes.

Et depuis un an, une belle corrida des familles comme ils aiment. Certains jubilent, calculent, mentent, espèrent, récoltent. D'autres abandonnent ou sont éjectés. Quelques nouveaux s'en tiennent à une furtive visite polie.

Difficile d'esquiver, difficile. Impossible même.

Rouge, ma colère intérieure. Rouge mais dérisoire. Rouge et dévastatrice. 

Sauve-toi, sauve-toi. Ah trop tard ? Le poids des ans ? Tenir encore, tenir. Avoir un travail c'est une telle chance !!!

Quel spectacle quand même.

18.09.2007

Porte fermée

Je l'avais déja remarqué. Un petit nouveau, conquérant, vaillant, le genre autoritaire, sans doute plein d'avenir... Et j'étais fort heureuse de ne pas avoir à travailler avec lui. Un peu ras le bol des jeunes loups et louves d'entreprise, et même des vieux d'ailleurs !

Récemment, il déboule dans notre bureau et réclame sèchement des réponses que nous ne pouvons pas lui donner : le pauvre garçon s'est trompé de service. Nous lui expliquons gentiment, normal il débarque, tout le monde peut se tromper allez... Il repart sans remercier, l'air offensé et furax, allez donc savoir pourquoi. Je le croise quelques minutes plus tard dans le couloir. "Alors, vous avez trouvé ? - Non, la porte était fermée.

 Et il est reparti vers de nouvelles aventures...

La porte était fermée ! Je n'en suis toujours pas revenue. Pauvre biquet qui n'a pas osé frapper et entrer ! Je n'avais pas encore vu ce modèle de niaiseux. Mais je sais, je n'ai pas encore tout vu, tout vécu ! Il reste certainement encore quelques modèles inédits en magasin !

C'était ma petite rubrique persiflage et défoulement. Cela m'arrive de temps en temps. Et cela fait un bien fou.

 

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(Photo d'un vitrail 1930 d'un immeuble parisien, par Corbillo).

01.09.2007

Le jour où j'ai failli faire pleurer un Anglais !

Ah la la, j'ai failli faire pleurer Peter ! Il me téléphonait de Londres, son entreprise afin de remercier ses fidèles clients dont je suis, organise une soirée au prestigieux P... son accent était délicieux, oui, je le comprenais très bien, parce que parfois j'ai beau tendre l'oreille et écarquiller les yeux (si, ça aide !) je n'entrave rien, et je préfère abréger en précisant Envoyez-moi un fax ou un mail, je n'ai pas le temps, excusez-moi. J'ai ma dignité quand même...

Donc Peter me propose une soirée à l'Hôtel P. avenue Montaigne, avec un invité de mon choix. Tiens, tiens, je n'y suis jamais allée, et pourquoi pas ? Une expérience de Femmes de footballeurs, ah oui bonne idée ! Et patatras, tout joyeux et triomphant, il m'annonce qu'il s'agit d'une soirée dégustation de vins, d'un dîner, visite des caves et tuti quanti ! Et on finit sur la terrasse avec vue sur la Tour Eiffel. Aie, aie, aie... Prenant mon souffle, je réponds que je ne peux pas, que je suis désolée, je ne bois pas de vin mais que j'aime beaucoup le thé...

Mon Peter perd son flegme britannique, on dirait qu'il s'étouffe et il hurle presque : "But Fauvette, you are French ???" Le pauvre, le pauvre... Je l'entends parler avec ses collègues, j'imagine leur stupeur et les commentaires. Quoi une Française qui ne picole pas ? Peter se voulant gentil, ou retrouvant peut-être ses esprits et ce fameux sens de l'humour :  Mais Fauvette, est-ce que tous les Français vont devenir comme leur Président qui ne boit pas d'alcool ?

Accablée, j'enchaîne en lui proposant de transmettre l'invitation à un collègue. Soulagé, Peter accepte et précise qu'il envoie  tout de suite un mail.

J'appelle Ferdinand le bon vivant, qui grogne : Mais tu veux ma mort ! Je sors de la visite médicale figures-toi ! Tout m'est interdit, tout ! Manger, boire... Pfff... Tiens, demande à Alban et si tu pouvais dire que c'est mon idée...

J'ai transféré le mail à Alban, qui a accepté en me remerciant chaleureusement, et confirmé  tout de suite auprès de Peter. Qui doit en pleurer encore, de rire...

 

17.06.2006

Les Couloirs des Plantations

Malgré les réunions en rafale, les notes de service, les mails, on ne sait jamais vraiment ce qui se passe dans nos plantations. La vraie vie de l'entreprise est là, dans les couloirs bien sûr ! Ecoutez Radio-Couloirs et vous saurez que :

 

- Zyeux-bleus de la pub sort avec la fêe de la compta.

- on ne fera pas le pont, mais d'ailleurs on ne fait jamais les ponts...

- c'est fini entre Oeil-de-Lynx et MissBeauté. Ben oui, il est déjà avec Violine...

- Duclou va enfin avoir une promotion. Que tu crois... 

- il paraît qu'une prime a été attribuée à... Ben, et nous ?

- on mange bien mieux au Petit Paris que chez l'Auvergnat...

- le pot d'adieu pour le départ à la retraite de Mimi est annulé. Ah bon, et l'argent  du cadeau ?

- on va déménager à la fin de l'année. Encore, mais je croyais que...

- on ne déménage pas pour l'instant. Tant mieux.

- le service ******* va être réorganisé. Tiens, tiens.

- nous sommes rachetés par le Groupe F... cela va être officiel très vite.

- notre actionnaire principal en a marre de perdre de l'argent...

- on va être revendu ? Sûr qu'ils vont supprimer des jobs.

- Bufflon a démissionné, ah bon ben son parking est libre alors ? Ah il avait droit à un parking lui...

- AigleBlond n'est plus en odeur de sainteté.

- le Guépard lorgne le poste d'AigleNoir. C'est la guerre...

- une nouvelle assistante va être recrutée. Ils sont vraiment débordés chez Renard ?

- Dido va être viré ; oui je sais, mais quand est-ce qu'ils vont le lui dire ? Ben oui tout le monde le sait sauf lui...

- Bernie va revenir, sa boîte n'a pas marché. Ouh là dur le retour.

- Nounours vient de se pacser. Il ne va pas quand même pas faire un pot ?...

- Boulotte est la nièce du bras droit de GrandChef. Ok on fera gaffe.

- Rico voudrait bien changer de service. Mais est-ce qu'un service veut de Rico ?

- Belette suit son mari aux Etats-Unis, p... tu parles d'une fuite des cerveaux....

- Crapaud est toujours aussi crade, d'ailleurs plus personne ne va déjeuner avec lui.

- Faudrait quand même dire à Brunette que sa robe est transparente. Elle le sait. Ah booon...

- cette année ils vont nous sucrer la Galette des Rois vous allez voir...

- il paraît que le treizième mois sera payé en deux fois.

- les trente ans de la boîte seront fêtés à l'Opéra comique. Mais non, sur une péniche.

- t'as reçu ton invitation pour les 25 ans de la boîte ? Ah bon ya une fête ?

- le service PPP veut récupérer le bureau de Glandu avant la fin de son préavis.  Mais il n'est pas déjà attribué à Kiki ?

- ne le répète pas mais Gus a été contacté par MD.. pour remplacer Sandy qui part chez... 

- le nouveau matériel informatique est destiné au service de KKK. Encore eux ?

- Zébu s'est fait voler son portable et ses papiers dans son bureau.

- tu ne veux pas prendre ma fille en stage ?

- c'est honteux Penny fait son pot vendredi. ??? Mais c'est Vendredi Saint ! Ah boooon.

- le planning des vacances va être modifié. Mais et puis quoi encore !

 

Et je termine avec une bien bonne et authentique : 

SousBigChef a envoyé un fax à sa chérie en vacances aux Antilles ; oui hier soir tard après le départ de sa secrétaire ; et il a oublié de retirer son original... Ah, ah tout le monde va connaître les mots doux destinés à sa femme ! Non, à Alexia de la pub ! Quoi, il est avec elle ? Oh donne-moi une photocopie du texte. Je vais te le faxer, mais fais gaffe c'est plus salé que doux ! 

 

 

 

 

 

 

03.06.2006

Avant l'heure...

La détente a débuté hier soir au cours d'un sympathique repas entre amis autour de plats asiatiques... La conversation était agréable, gaie, chaleureuse, animée...  ce fut une bonne soirée.

Corbillo et moi sommes rentrés au logis en scooter, casques au vent, sourire aux lèvres...

Ce matin au réveil, la soirée se poursuivait dans ma tête, et zen, zen, petit déjeuner, je m'habille cool, c'est "Friday wear", et hop en route pour le travail.

Voyage en métro sans problème, arrivée au bureau classique, réunion détendue, la journée commence bien.

En allant me laver les mains, je me regarde dans le miroir au-dessus du lavabo : zut, j'ai complétement oublié de me maquiller ! pas de poudre dite "trompe-couillon", pas de blush, pas de kôhl aux yeux, pas de rouge à lèvres ! Une chance, je ne suis pas partie en pantoufles !

Ah, je m'aperçois que je suis en Tenue de week-end, jeans, tee-shirt, pas de maquillage... Et ce n'est pas encore le week-end ! Vous voyez un peu l'état d'esprit de la salariée de la Plantation, un vendredi veille de grand week-end !

Voilà ce qui arrive quand on passe une excellente soirée qui met de bonne humeur, et qui vous fait oublier que vous n'êtes ni en vacances, ni en week-end ! Et c'est très bien ainsi.

Merci Anne, François, Sylvie et Emmanuel.

 

 

30.03.2006

Plus près de toi mon Boss

Des années de pratique de réunion quotidienne de travail ici, et ailleurs, me permettent d'écrire ces petites observations sur :

La Stratégie de la chaise

- il faut arriver au moins 5 bonnes minutes avant le début de la réunion pour choisir l'emplacement de sa chaise, pour voir et être vu.

- il faut être assis à côté du Boss, ou à défaut près du Premier Chef de la Plantation.

- si on ne peut pas être assis à côté du Boss, être situé bien en face de lui.

- il y a ceux qui ont décrété que cette chaise-là leur était attribuée pour toujours, même en leur absence.

- il y a l'ambitieux qui lorgne la chaise (et le job) du sous-chef. Et cela se voit.

- il y a celui qui fait déplacer le nouveau qui a osé lui prendre "sa" chaise. Et cela c'est con.

- il y a le pilier qui adore s'écouter parler. Et il ennuie tout le monde.

- il y a celui qui ne tient pas à être là, et cela se voit.

- il y a celle qui choisit la chaise d'où l'on verra bien ses jolies jambes. Et on les voit.

- il y a celui à côté de qui personne ne veut s'asseoir : hygiène douteuse, et cela sent.

- il y a celle ou celui qui se parfume trop, et cela se sent.

- il y a celui qui s'agite sans cesse, et c'est agaçant.

- il y a celui qui renverse son café. Et que l'on plaint.

- il y a celui qui demande qu'on lui garde sa chaise, et on le fait.

- il y a ceux qui veulent être assis côte à côte.

- il y a ceux qui en profitent pour papoter. Et cela s'entend.

- il y a celui/celle qui est toujours en retard, et on l'excuse.

- il y a celui/celle qui se planque et en profite pour avancer ses dossiers.

- il y a celui qui n'a toujours pas compris l'ordre du jour. Et qui rame.

- il y a celui/celle qui se ratatine dans sa chaise après engueulade. Et l'on compatit.

- il y a celui qui aimerait bien qu'on le remarque. Et qui espère.

 

Et il y le Boss qui doit bien se marrer en voyant ces petits lutins s'agiter pour être dans la lumière et y rester. Mais il sait aussi que presque tous aimeraient bien un jour, avoir la Chaise du Boss !

 

 

 

 

 

23.03.2006

Culture d'Entreprise

Il y a quelques années, lors de mon arrivée A la Plantation, j'ai été présentée dans les différents services. Exercice rituel pour tout nouvel arrivant dans une entreprise. En général, on défile dans les bureaux en suivant la personne qui nous introduit. C'est parfois un peu longuet, l'accueil est variable selon le moment de la journée, mais cela permet de prendre un premier contact, et de visualiser les locaux.

Donc lors de cette visite, tout se passait bien, accueil cordial et courtois, voire chaleureux... Et puis dans un service, une grande bringue, ne comprend pas bien mon nom, me fait répéter, puis dit " Bah, je ne sais pas pourquoi je vous demande cela, ici ce n'est pas la peine de retenir le nom des gens, ils partent tellement vite " !!!

Euh me suis-je dit,  quelle mouche la pique celle-là ? C'est bizarre ce genre de réflexion, déplacé même. Heureusement que je n'aurai pas l'occasion de travailler avec elle. Elle doit faire partie des meubles pour être aussi blasée. Au cours des semaines suivantes, Je me suis rendu compte que les Anciens de la Plantation se considéraient comme les salariés légitimes, et que tout nouvel arrivant était celui qui n'avait pas connu les heures de gloire, sué sang et eau pour participer à la réussite du Groupe. Qu'il n'avait pas cette culture d'entreprise qui permet les regards appuyés, les sous-entendus, et les mouvements du menton, la connivence.

Et puis l'autre jour, on m'a présenté une personne qui venait d'être embauchée. Et c'est vrai que dans son service cela défile comme on dit. J'étais pressée, je n'ai pas bien compris son nom, et je me suis dit, bof pas la peine de toutes façons elle ne restera pas... Puis après, j'ai pris conscience de ma propre bêtise. Là j'avoue que j'étais en pétard contre moi-même. Ah voilà me suis-je dis, mon Intégration est faite ! Je vais pouvoir m'associer à la grande bringue... Et je me suis secouée ! Maintenant, si une personne fait le tour des services pour se présenter, je lui demande son nom, lui souhaite la bienvenue, bref je suis n-o-r-m-a-l-e  quoi !

 

03.03.2006

Rire en douce

Ce matin Sabine des Services-Généraux nous dit de ne pas utiliser la machine-à-café, on attend le réparateur...

Cette machine est planquée dans un coin de couloir près de mon service et donc de mon bureau.

Etant d'une nature sociable, de temps à autre je bois un café-de-la-machine-à-café avec mes collègues, mais le plus souvent je bois du thé utilisant la bouilloire électrique achetée en commun...

A l'heure du déjeuner, mes 2 collègues sorties, je sandwichais tranquillement devant mon ordi, quand j'entends des pièces qui tombent dans la machine-à-café... Je me lève pour expliquer que Sabine a dit que.... et vois la Grande Colette du Services-des-Comptes, tente de lui dire que non, il ne faut pas... Ploc , Le gobelet tombe, le café coule.... Elle me regarde agacée, m'ignore et s'en va avec son café,  me laissant la vision de son  dos hostile, et l'agréable sensation d'être la nunuche du coin...

Je vais me rasseoir, un peu vexée quand même, zut je voulais juste lui rendre service, pas la forcer à me faire la causette, ou lui demander des sous... Bon laissons tomber, mais quand même, un peu de courtoisie ne nuirait pas... Allez enfin, retour à mon sandwich...

Quelques minutes plus tard, la même Colette-du-Services-des-Comptes en pétard dans le couloir, hurlant au scandale, "oui il y avait des Fourmis dans mon café" à Sandrine qui lui rétorque mais puisqu'on vous avait dit de ne pas vous en servir, on attend le monsieur-de-la-machine-à-café... Sandrine armée d'une bombe insecticide pulvérise, pulvérise, l'autre vocifère toujours.

Et moi je me cache derrière mon écran plat, morte de rire Ce n'est pas beau de se moquer, mais que voulez-vous !

Pour ne pas mourir pulvérisée par la bêtise et les insecticides, je cours me réfugier au bistrot d'en face, au comptoir je me délecte d'un bon petit noir allongé, comme je les aime. Je rencontre un collègue qui me dit " Ben y'avait à boire et à manger dans le café, tout à l'heure ?"

A votre avis : les fourmis cela crisse sous les dents, ou c'est tout mou ?