05.02.2010
Le Tigre se prépare
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30.01.2010
Sur le Zinc
12:13 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
27.01.2010
Gazelle
J'aimais beaucoup cette douce et lumineuse Gazelle rencontrée "en vrai" au Déjeuner des Blogueurs organisé par Bonaventure le 2 juillet 2006. Gazelle vient de nous quitter en début de semaine, et depuis je me sens si triste...
Gazelle et son Gazou avaient décidé de quitter Paris, et avaient trouvé une jolie maison de ville en Charente, à Rochefort. Leur choix m'enchantait.
Grâce aux blogs, nous étions toujours en contact ! Et nous nous étions revues plusieurs fois à Paris où elle avait gardé son appartement.
Hélas, hélas, la maladie rodait, et a fini par s'imposer. L'été dernier, je l'avais prévenue de mes futures vacances dans l'Ile de Ré, et nous devions aller les voir. Lors de notre arrivée dans l'Ile, un sms m'apprit qu'elle venait d'être hospitalisée à La Rochelle. - Ne viens pas, je te fais signe dès que cela va mieux. J'ai respecté son souhait, j'avais compris qu'elle souffrait beaucoup.
Je n'ai jamais revu Gazelle, elle s'est échappée...
Au revoir Gazelle, je ne t'oublierai pas.
(Merci Anne, pour la photo).
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25.01.2010
Shiatsu et cheveux fins
J'avais pris rendez-vous en fin d'après-midi vendredi chez Carole Mazzoni. Une coupe revitalisante avec massage, c'est le cadeau de Noël de ma fille Corbelle.
- Tu verras Maman, elle te fait un massage crânien shiatsu avant la coupe, c'est tout simplement merveilleux. Et les cheveux trouvent leur vraie place, regarde comme les miens sont beaux !
Et c'est vrai ses longs cheveux bruns avaient ce petit quelque chose qui faisait la différence... - Oui mais moi, avec mes cheveux tout fins, elle va avoir du mal à leur donner du tonus !
Accueil simple, direct et amical par Carole dans son salon du 11ème arrondissement, elle ne reçoit qu'une personne à la fois, une bonne idée. Assise, face à la glace, nous faisons un peu le bilan de mes cheveux. Trop fins, trop mous, pas de volume, raides, mais bon, ils sont comme ça lui dis-je. Elle ne les trouve pas catastrophiques, ils sont abondants, ont une couleur naturelle agréable, rien de désespérant. Carole me propose une coupe plus ronde, plus douce, constate la présence des épis, - Bon, il nous faudra bien trois coupes pour arriver à un résultat très sympa.
Allez, je passe au bac pour le shampoing et le fameux massage shiatsu. Une petite musique douce nous accompagne, je me laisse aller tout doucement. J'apprécie le massage, un pur délice...
Nous rejoignons ensuite le fauteuil devant le miroir. Pour la coupe revitalisante.
Carole me demande de fermer les yeux, de bien respirer... Ce que je fais avec plaisir et confiance. Mon souffle accompagne ses mouvements, je ne pense même pas à mes cheveux. Je sens la tension de la semaine s'estomper. C'est vraiment agréable... Elle a commencé par couper du côté droit, je la sens concentrée, et attentionnée.
Carole "attaque" le côté gauche, et là, sur la nuque je me raidis. - Hum, vous savez c'est un peu douloureux pour moi, lui dis-je, cet endroit. D'ailleurs parfois j'ai des migraines, et cela se concentre ici-même...
- Oui, je le sens. Je suis bien d'accord.
Elle continue tout doucement. Et tout d'un coup, sans prévenir des larmes se mettent à couler...
Carole fait une pause. - C'est normal, ne soyez pas gênée, c'est le massage. Je vous assure, laissez-vous aller, il n'y a pas de problème, laissez couler vos larmes, cela va vous faire du bien...
Mais, même si je voulais arrêter, je ne le pourrais pas, elles coulent, coulent... Et je me sens de mieux en mieux...
- Le shiatsu dénoue les tensions, et cela soulage : vous, c'est colère rentrée, chagrin...
Nous reprenons la coupe, je ferme les yeux et respire au rythme du travail de Carole. Je ressens des fourmillements dans les jambes, les bras, c'est la circulation du sang qui se fait, l'énergie qui revient...
Je n'en reviens pas, c'est bien la première fois que je pleure chez le coiffeur ! Et que je me sens aussi bien après une coupe ! A la fois épuisée et en forme, étonnant.
Pendans le séchage, nous papotons un peu, je suis toute contente de mes petits cheveux. En fait je suis contente tout court ! Je reviendrai c'est sûr. Dans deux mois.
Je passe chez moi chercher les fruits exotiques, les mangoustans pour apporter chez Viviane : c'est notre soirée annuelle de début d'année des Cinq Filles qui aiment le théâtre !
Nous passons une excellente soirée très joyeuse, amicale et chaleureuse. Et nous dînons très bien ! Entre chaque plat, distribution de cadeaux, cris de joie, bisous... Comme c'est chouette tout ça ! J'ai eu (entre autres) ce beau vase qui est en photo (clic-clic pour agrandir).
Vers deux heures du matin, nous nous décidons de nous séparer, allez on rentre chez soi les filles, merci et à bientôt !
Voici le site de Carole Mazzoni : www.lacoiffeuse.com
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08.01.2010
Le Mec de la tombe d'à côté, au théâtre
Je viens de lire ce livre de la suédoise Katarina Mazetti, l'histoire de Désirée, bibliothécaire citadine et pâlichonne et de Benny agriculteur presque quadra et toujours célibataire qui se rencontrent au cimetière. Et qui ne s'apprécient pas. Jusqu'au jour où... Désirée devient la Crevette de Benny, et Benny l'homme de Cro-Magnon de Désirée. Chaude, chaude, l'histoire d'amour est chaude, mais aussi difficile voire cruelle.
Chacun raconte leur histoire de son point de vue, et c'est touchant, drôle, troublant, subtil, juste...
Et ce soir, je retrouve mes copines au théâtre,
Nous allons voir la pièce adaptée du roman, et mise en scène par Panchika Velez.

Deux excellents comédiens vont nous faire le plaisir d'interprêter ce texte :
Anne Loiret la lumineuse, et Vincent Winterhalter. Il paraît qu'ils sont épatants de naturel. Je suis déjà conquise !
EDIT DU 10 JANVIER :
Nous avons bien fait d'affronter les rues glaciales de Paris vendredi dernier ! Quelle belle récompense !
L'adaptation est vraiment très bien réussie, la campagne suédoise est devenue normande, Désirée est Daphnée, et Benny est Jean. Les deux comédiens sont émouvants et drôles, si sensibles et fins.
J'espère qu'ils partiront en tournée dans quelque temps, car franchement c'était formidable !
18:47 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
04.01.2010
Le Bal de la Traction
- Greta viens voir ! Vite !
Maman sortit de la maison ce samedi soir du début de l'été :
- Mais, je ne vois rien ?
- Mais justement, justement, Elle n'est plus là !
- Elle n'est plus là ?
- Oui, tu vois bien La Traction de Robert, elle n'est plus là bon sang ! Ah....
- Mais...
- Envolée, envolée, la Traction ? Oh, la, oh....
Puis, tout dans d'un coup il se figea, là, dans notre rue, murmurant Oh non, ils n'ont pas fait ça quand même.... Et il se rua dans la maison, courut jusqu'à sa chambre et vérifia sur le coin de la cheminée : les clés de la Traction n'étaient plus là !
- Oh, les sales drôles, les sales drôles, oh, oh.
De retour dans la rue, il retrouva ma mère entourée des chiens, Marie-Claire dans les bras, elle osa un - Il faudrait peut-être appeler les gendarmes ?
- Ah, ah non, ah ça c'est trop fort.
- Mais qu'est-ce qu'on va faire ? Il faut la retrouver et...
- Tu ne comprends donc pas ? Ce sont les drôles qui ont pris la Traction !
- Félix et Cristobal ? mais non, mais non, ils sont partis au bal et...
- Justement, justement, ils m'ont piqué les clés et sont partis avec La Traction de Robert ! Ah, les sales drôles, les sales drôles...
- Non, ce n'est pas possible, ils....
- Arrête de les soutenir, arrête de les soutenir, je te dis que c'est eux !
Ma mère le poussa dans la maison, à dix heures du soir on pouvait épargner les voisins ! Je suppose cependant que Tante Margot ou Tonton Marcel dont la chambre donnait sur la rue, avait été réveillé. J'imagine ma tante ouvrant sa fenêtre tout doucement dans le noir, entrouvant le volet et écoutant les hurlements furieux de son frère. Je la vois ma Tata soupirer Qu'est-ce qui se passe encore, c'est lui ou les enfants ? Pfff... Bon je me recouche on verra bien demain...
Chez nous, mon père tournait autour de la table, les mains sur la tête, ma mère faisait réchauffer du café en silence. Les chiens les suivaient du regard, les chats s'enroulaient dans les fauteuils.
- Mais où sont-ils ? Ah j'aurais dû y penser aux clés...
Après son mariage, Robert avait acheté sa Traction à Madame M. - Mon petit Robert je te fais confiance, je te connais depuis longtemps tu en prendras bien soin, comme mon cher défunt, lui avait dit cette charmante dame aux cheveux gris-violets, les joues roses d'émotion, les yeux humides, les patins aux pieds, - Viens la voir, elle est dans le garage. La petite merveille était là recouverte d'une couverture, rutilante, noire, presque neuve. - On ne s'en servait que le dimanche tu sais.
Robert avait tout promis, bien écouté les consignes, et était reparti heureux, mais tellement heureux avec sa grosse voiture ! Dire qu'il l'avait ménagée ensuite serait très, très abusif, mais il évitait toujours de passer à toute bringue et de faire crisser ses pneus devant chez Madame M.
Lorsqu'il partait en mer, Robert la confiait à notre père qui n'avait jamais eu de voiture. Au début, Papa n'osait pas s'en servir, puis, il y avait pris goût, même si sa conduite très personnelle et imprudente faisait frémir.
Et maintenant, il s'arrachait les cheveux de colère et de frayeur : c'est que deux de ses autres fils étaient partis en douce avec La Traction. Et ces deux loulous n'avaient que 14 et 15 ans !
Il ne s'était pas méfié lorsque Cristobal lui avait dit : Papa, t'es fatigué, tiens ne t'inquiète pas je vais faire manger les chiens et les sortir. Tu pourras aller te coucher... Jamais, mais jamais ce filou ne lui proposait de le faire, et l'autre là, le Félix qui faisait mine de lire l'Huma dans son coin, ah les salopiots, ah ils m'ont bien eu ces deux-là... Mais où sont-ils ? Pourvu qu'il n'arrive rien, pourvu que.... Oh, mais ce n'est pas possible, ce n'est pas possible. Mais non Greta, arrête avec tes gendarmes, tu ne te rends pas compte ? Ils n'ont ni permis, ni assurance, et si... Oh non, là j'en ai marre de leurs conneries, et toi qui les soutiens.... Au bal, tiens je te leur apprendrai moi à aller au bal en Traction, oh, et pourvu qu'ils n'aient pas emmené leurs copains.... Et pourvu que...
Il finit pas se calmer, et mort de fatigue et d'inquiétude alla se coucher. Comme d'habitude les volets furent fermés mais non crochetés, et comme aucune porte n'avait de clé, mes frères pourraient rentrer sans problème. S'ils ne se faisaient pas arrêter, et s'ils n'avaient pas d'accident, et si... Tout cela tournait dans sa tête, assommé il finit pas s'endormir.
Pendant ce temps-là, Félix et Cristobal étaient bien partis avec la Traction, ne la démarrant qu'en bas de la rue. Cristobal, le plus jeune, avait pris le volant, et conduisait avec l'aide de Félix. Robert parfois leur montrait quelques éléments de conduite, comme ça entre garçons, sur des petites routes désertes, il était tellement fier de sa grosse bagnole. Mais bon, ils ne maîtrisaient vraiment pas la chose, et là, dans le noir en bavaient des ronds de chapeau. Ni l'un ni l'autre ne voulait l'avouer, mais ils avaient un peu la trouille. Après six km laborieux, ils se garèrent dans le champ près du bal, et se dirigèrent en vainqueurs vers l'entrée. Félix repéra tout de suite l'objet de son désir fou : la belle Suzie qu'il lui fallait absolument séduire ce soir, et bon sang si elle ne le prenait pas enfin au sérieux avec une voiture que pourrait-il faire de plus ? Il l'invita à danser et l'entraîna sur la piste. Ne doutant de rien, et ignorant totalement les règles de la séduction et de l'amour, ce gros lourdaud lui proposa au bout de deux danses : - tu viens faire un tour dehors, j'ai une bagnole ? Qu'elle ne fut pas sa grande déception lorsqu'elle lui répondit sèchement : - Mais pour qui tu me prends, cela ne va pas non ? Et elle lui tourna le dos, le plantant là.
Ah, tout ça pour ça, la vache ! Il n'en revenait pas de sa gamelle ! Cristobal de son côté n'avait pas eu un succès fou. La soirée était gâchée, ratée. Ils traînèrent encore un peu, mais le coeur n'y était plus, les gonzesses je te jure ! A une heure du matin, ils envisagèrent de rentrer, et finirent pas le faire vers deux heures.
La nuit était encore plus noire, ils étaient épuisés, déçus et grognons. Et en plus il fallait faire attention à la Traction. Ils roulèrent tout doucement, et réussirent à se garer feux éteints dans notre rue. Ouf. Pas de bruit de portières, chut les chiens c'est nous, ils rentrèrent dans la maison en douceur.
Mais ce n'était pas tout, il fallait remettre les clés à leur place !
- Vas-y dit Félix, c'est toi qu'as eu l'idée d'abord !
- T'es gonflé c'était pour toi... Bon d'accord, mais attends-moi hein ?
Ils n'en menaient pas large nos deux amateurs, ils le savaient bien que Papa avait le sommeil léger, enfin s'il ne s'était pas aperçu de l'absence de la Traction tout irait bien, sinon...
- Bon, j'y vais, allume juste dans le couloir.
Cristobal se glissa dans la chambre, et bien sûr, Papa se réveilla en sursaut : - Qu'est-ce que tu fais là, mon Bon, qu''est-ce qu'il y a ?
- Rien, rien, rendors-toi Papa, je regardais juste l'heure.
Et il en profita pour déposer les clés délicatement.Tout d'un coup, mon père se souvint de l'histoire du Bal de la Traction, et se mit à hurler :
- Attends un peu toi, on va s'expliquer, et d'abord...
Trop tard, Cristobal avait déjà filé, et s'était barricadé avec Félix dans leur chambre coinçant une chaise derrière la porte, le temps que mon père se lève pour le rattraper...
Rassuré mais toujours en colère, mon père prit sa lampe et alla voir cette chère Traction. Et se recoucha.
Demain, c'était dimanche, et tout le monde dans son lit savait ce qui allait sans doute se passer : engueulades, explications, très sûrement un stage dans la Cour aux orties, punitions, et comment on le dirait à Robert, et...
Mais bon, demain cela serait demain... On verrait bien.
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01.01.2010
Bonne Année 2010 !
01:07 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (34) | Envoyer cette note
21.12.2009
Albertine Sarrazin par Mona Heftre
Je me souviens de ma fébrilité émue lorsque j'ai lu l'Astragale d'Albertine Sarrazin durant mes années lycées. J'en étais étourdie, un vrai choc. Albertine s'est nichée dans un petit coin de mon coeur à jamais.
Début décembre, nous sommes allées mes amies et moi, voir la pièce de théâtre inspirée de la vie d'Albertine, jouée par Mona Heftre, mise en scène de Manon Savary au Théâtre des Déchargeurs.
Comment vous dire, la grâce, la présence et la force de Mona Heftre ? Comment l'écrire, je ne le sais pas. Ce soir-là, j'ai revécu des moments que je pensais oubliés, enfouis. J'avais envie de suspendre le temps, d'écouter, et écouter encore cette voix, de voir cette femme devenue Albertine, cette femme qui ose, défie, aime, souffre....
Vite, je me suis promis de revenir, je n'ai pas eu le temps, et les représentations viennent de s'achever samedi dernier. Quel dommage.
Je ne perds pas espoir, il va bien y avoir une salle qui va accueillir Mona Heftre, il va bien y avoir une tournée quand même ! Sinon, ce serait un tel gâchis !
"J'ai commencé à écrire bien avant la prison, toute gosse, pour cesser de mentir et plus tard, pour ne pas oublier..." Albertine Sarrazin.
19:15 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
18.12.2009
Une Petite Chose
Quelle horreur, la gorge en feu, froid dans tous les os, mais chaud et mal à la tête, le nez qui coule, me voilà malade. Je somnole, et me réveille sexy parmi les plus sexy, les cheveux mouillés et collés, les yeux qui se referment. Livre et revues tombent du lit, impossible de se concentrer, et puis c'est lourd, et puis je m'endors... France-Inter continue de ronronner, radio perdue dans la couette... Il faudrait que je bidouille mon i-phone reçu pour anniversaire, mais il me tombe lui aussi des mains...
Voilà le tableau général depuis deux jours... Décourageant
Tiens pendant que je suis à peu près éveillée, je vais aller faire un tour de blogs, enfin pas longtemps, la lumière de l'écran me fait pleurer et j'ai la tête lourde comme une poutre.
Quand je vous dis que je ne suis qu'une petite chose !
10:49 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (31) | Envoyer cette note
10.12.2009
La Huche à pain de Carlo
D'un air mystérieux, Carlo annonça qu'il allait faire un cadeau de mariage à mon frère Robert et à Blondine. Normal ils étaient potes depuis la communale, et d'ailleurs il allait lui-même le fabriquer, oui, lui-même !
Carlo ne vivait pas dans notre quartier, mais y était toujours fourré surtout depuis qu'il était ado. Il était le vilain canard de sa famille, "Mais qu'il est laid, mais qu'il est laid" répétait sa mère lorsqu'elle le croisait chez eux racontait Robert. Et il mimait le père en bout de table, hochant la tête en aspirant sa soupe, slurps-slurps...
- Tu vois un peu comment on me traite, hein Robert ? - Ben, tu sais ce n'est pas toujours rose chez moi non plus. Allez viens-donc faire un tour...
Et Carlo suivait Robert, beau garçon blond aux yeux verts entouré de copains et surtout de copines. Parfois Carlo réussissait à en faire rire une ou deux, et entreprenait une conquête pas souvent fructueuse. Mais il ne se décourageait pas.
Sa mère avait hélas raison : il était petit, gringalet, les tifs tout raides, c'était comme ça. Il avait pris l'habitude de se rendre intéressant disait-on alors, et était toujours disponible pour discuter, raconter des blagues...
Il déboulait dans notre rue sur son vélo, même si Robert était parti en mer, - Carlo fais-nous voir quand tu fais l'acrobate sur ton biclo lançait un môme, et hop c'était parti pour la rigolade !
- Carlo, fais-nous le singe, et il s'exécutait, gonflait ses joues, sautait, les mains sous les aisselles, et poussait des cris. Parfois il s'apercevait qu'une jeune fille ou une dame sortait de l'épicerie de Tante Margot, et râlait :
- Ah vous auriez pu me dire qu'elle allait passer, j'ai l'air de quoi moi maintenant ? Et nous, sur notre banc ou assis sur le trottoir nous hurlions de rire en nous tenant le ventre !
Le soir, il venait discuter avec mon père et s'asseyait près de la cheminée en disant qu'il avait déjà mangé. Vous allez l'adopter ou quoi ? avait grincé une voisine ! - Bah ce n'est pas un mauvais drôle, disait mon père, faut juste l'encourager.
En dépit de sa petite taille, ses parents avaient décidé qu'il serait menuisier. Il n'alla pas jusqu'au CAP, et déclara un beau jour qu'il en savait bien assez pour travailler le bois. Un, puis deux, puis trois patrons... l'embauchèrent, mais il y avait toujours quelque chose qui n'allait pas, et il abandonnait, "J'ai mis des roulettes à ma caisse disait-il, je trouverai mieux quand je voudrai." C'était l'époque bénie où le travail courait les rues.
Et le jour arriva où le cadeau fut enfin prêt. Il demanda de l'aide pour le transporter. Informés de la livraison imminente, les gamins du quartier se précipitèrent devant chez Blondine et Robert. Carlo et son équipe arrivèrent enfin, et il dirigea les opérations avec un sérieux qu'on ne lui connaissait pas. - Ouf ça pèse un âne mort ton truc, soupira un de mes frères.
Il avait confectionné "une huche à pain avec tiroir pour les tourtereaux, normal c'est mon premier copain que je marie"...
Ils la déposèrent dans la cuisine. Robert prit un pain, ouvrit la huche et le déposa.Toute l'assemblée applaudit, et Carlo ému, rougit de plaisir en se redressant. Robert se marrait, et je me demandais bien pourquoi.
- Dis-donc, faut avoir le bras long avec toi hein ?
- Ben, euh, elle te plaît au moins ?
- Mais oui, mais oui cela nous plaît merci. Mais, tu n'aurais pas vu trop grand ?
- Bah, vous pouvez mettre plusieurs pains, pour une famille c'est normal non ?
- Oui mais, enfin Carlo, comment on fait pour récupérer le pain ? T'es sûr que tu avais le compas dans l'oeil ?
- Comment ça ?
Trop haute, la huche était trop haute ! Une fois plongé dedans, il fallait au moins un double-bras pour récupérer le pain même entier ! Ou une longue pince ! - Ah, mais là tu vois bien, j'ai fait un petit tiroir en bas !
Oui, il y avait bien un petit tiroir, mais on ne pouvait pas sortir le pain en bas non plus !
Elle était magnifique la huche à pain en chêne foncé de Carlo, mais elle était trop, trop haute ! Ils avaient beau tourner autour, la pencher, la secouer, ce n'était pas pratique ! Du tout, du tout.
On envoya chercher notre cordonnier, avec ses grand bras il devrait bien y arriver lui ! Mais non, c'était trop juste... - Ah elle est solide, ça elle est solide, c'est du costaud, mais moi aussi j'ai le bras trop court.
On déplaça la huche au milieu de la pièce pour l'examiner à fond. Comment faire ? Et si tu la raccourcissais hein ?
- Mais tu n'y penses pas malheureux ! C'est une pièce unique on n'y touche pas !
La grande huche de Carlo devint célèbre dans tout le quartier, et certains vinrent même la visiter !
Blondine tenta de l'utiliser, mais récupérer le pain était toute une affaire.
Un jour, elle eut une idée :
la huche à pain serait un panier à linge sale. Bon, pas très pratique non plus, mais enfin...
Puisque c'était un cadeau, un cadeau de taille, mais un vrai cadeau d'ami.
19:01 Publié dans Chroniques familiales | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note



