10.05.2008

Vers le Sud

Quelques jours de repos, grand air et mer du sud... A bientôt.

06.05.2008

Linette a retrouvé le sourire

Vous vous souvenez peut-être de "Linette qui ne sait pas lire," je vous en ai parlé ici. Linette venait de perdre son emploi, ouvrière depuis ses 16 ans, elle a été licenciée pour raison économique à 47 ans. Et s'est trouvé confrontée à la recherche d'emploi, avec pour bagage sa seule expérience, et paralysée par un gros handicap : ne pas savoir lire et écrire...  Et surtout une grande peur de "dévisser", de devenir plus que pauvre... Pendant plusieurs mois, elle a accepté tous les boulots les plus durs, précaires, les horaires les plus irréguliers...

Et coup de chance, une petite usine d'électronique s'est installée dans une petite ville à trente kilomètres de chez elle. Elle a eu le culot de se présenter, de faire des essais. Et elle a eu un petit contrat. Les contrats se succèdent, plus ou moins longs. Mais elle est arrivée à travailler huit mois dans l'année. L'entreprise l'apprécie, mais se contente de promesses d'engagement définitif. Des promesses bien sûr.

Mais ce qui compte c'est que Linette a retrouvé le sourire, et le moral. Même si elle n'est pas dupe, elle sait bien que l'entreprise pourrait lui proposer un CDI, là tout de suite. Mais là c'est une autre histoire. Une autre étape, peut-être.

 

 

30.04.2008

Particule

"On ne tire pas les rois, on les célèbre" avait très sèchement répondu un collègue aristo à l'une des collaboratrices qui l'invitait à partager la rituelle galette. C'était il y a quelques années dans une entreprise qui cultivait la vieille France et ses valeurs, où j'ai côtoyé petits et grands de notre aristocratie. Grâce à mon séjour prolongé en école religieuse lors de mon enfance, j'avais intégré quelques codes me permettant de décrypter les us et coutumes de leur monde, j'évitais ainsi plus ou moins les maladresses... 

Lorsque je recevais du courrier, je m'amusais en constatant qu'une particule avait parfois été ajoutée à mon patronyme. Sans doute par réflexe ou association d'idée de la part de l'expéditeur. Le responsable du service courrier, le célèbre René à la blouse bleue se marrait : "Ca s'attrape un De ?" Il lui fallait bien la matinée pour faire le tour de la question en riant dans les couloirs, irritant les vrais propriétaires du fameux De. Nous avions hérité d'une nièce ou cousine d'un aristo dirigeant, jolie blonde qui par mariage était devenue noble, et ne s'en remettait pas... Nous étions plusieurs à nous régaler quand le mercredi après-midi, elle téléphonait à son boucher du 6ème arrondissement pour sa commande. En terminant, elle ne manquait jamais d'indiquer : pour Madame de T., de particule, plus loin T. Ah, mais quel bonheur, pour elle, et pour nous, pauvres roturières ! C'était un moment que je ne voulais jamais rater. Elle raccrochait, puis feuilletant son carnet d'adresses, prenait ensuite son rendez-vous hebdomadaire chez son coiffeur, pour son brushing à la Catherine De-neuve... Ah, oui, il faut que je vous précise, elle estimait sa présence suffisante dans le service. Se mettre au travail, en plus, mais quelle horreur ! Elle ? Pourquoi ?

Actuellement, je travaille dans une entreprise internationale plutôt orientée vers les pays du Sud. Et je m'amuse maintenant car je reçois du courrier assez fantaisiste ! Des lettres sont adressées à Aïcha, Aminata, Ania, Azia, Aziza, Amira...  Le préposé au courrier a dû lui aussi intégrer ce nouveau prénom. Lui parlant de mes prochaines vacances, il enchaîne : - Ah c'est bien, elle retourne au pays ? De quel pays veut-il parler, je l'ignore. Lui seul le sait !

A l'occasion d'une récente conversation téléphonique professionnelle, j'ai cru bon souligner à mon interlocutrice que mon prénom était Anita et non pas Aïcha, ce qu'elle a noté. Quelques minutes plus tard, elle m'a saluée en disant : "Parfait on fait comme ça, allez au revoir Amina, et à bientôt". Ben oui hein.

24.04.2008

Miles, Fidélité et Expulsions

L'article du Canard Enchaîné sur les miles de fidélité acquis par les policiers lors des expulsions des immigrés est donc confirmé ! Si vous n'avez pas eu l'occasion de lire cet article, voici la dépêche de l'AFP :

PARIS (AFP) — Les policiers escortant les immigrés en situation irrégulière lors de leur expulsion par avion bénéficient des "miles" accordés par les compagnies aériennes à leurs clients fidèles, a-t-on appris mercredi au ministère de l'Intérieur, confirmant une information du Canard enchaîné.

"Ce système n'est pas illégal", a-t-on souligné de même source, affirmant qu'"avant même la parution de l'article, le ministère avait déjà envisagé de modifier sur ce point précis le prochain contrat" avec les transporteurs.

Sur quelque 23.000 expulsions par an, toutes ne se font pas en avion, et seul un tiers de celles réalisées par voie aérienne nécessite une escorte, de un à trois policiers, a-t-on précisé de même source, contestant les calculs du Canard enchaîné.

"A raison de 23.000 éloignements en 2007, selon le ministère de l'Intérieur, et sachant qu'en moyenne trois policiers accompagnent celui qui va être expulsé, voilà de quoi se constituer assez vite un joli stock de voyages gratuits sur le dos des clandestins", affirme le journal, qui cite des agents d'escale d'Air France à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle.

"Sans compter que de nombreux flics bénéficient, du coup, du statut "Gold", réservé aux hommes d'affaires qui voyagent régulièrement aux frais de leur entreprise", ajoute l'hebdomadaire.

Contactée par l'AFP, Air France, qui transporte l'immense majorité des immigrés expulsés par avion, s'est refusée à tout commentaire.

En juillet 2007, plusieurs syndicats d'Air France-KLM et le Réseau éducation sans frontières (RESF) avaient tenté en vain de convaincre direction et actionnaires de la compagnie de refuser "l'utilisation des avions du groupe" pour ces expulsions. "

17.04.2008

Piscine Joséphine Baker : du temporaire définitif ou quoi ?

C'est un bijou la piscine Joséphine Baker du 13ème, coûteux certes, 17 millions d'euros (oui quand même hein...). Que de soucis et de galères depuis son inauguration le 5 juillet 2006 ! Ouverte, fermée, réouverte, fermée, fermée, fermée... Et encore fermée !

Je me suis promenée récemment sur les quais, et franchement voir notre si jolie piscine dans cet état, cela m'a fendu le coeur. Mais oui, je vous assure.

Voici le communiqué publié sur le site de la Mairie du 13ème :

"Le 1er octobre dernier, la piscine Joséphine Baker a fermé pour travaux sur sa coque et remise en état de l'espace sauna et hammam. 

Suite aux problèmes rencontrés lors du carénage du bateau, la date de réouverture a été différée dans l'attente d'expertises et de travaux complémentaires."

Je viens de téléphoner à la Mairie, on m'a lu le communiqué que je venais de lire moi aussi sur le site... Et il date quand même de quelques mois... Bon passons. Il y a sans doute plus urgent, je veux bien le croire...

J'ai pensé qu'en téléphonant directement à la piscine, j'aurais des infos plus fraîches, ou du moins un message enregistré destiné à rassurer les usagers mais néanmoins contribuables. Alors j'ai composé le 01 56 61 96 50, et ai entendu un délicieux message : musique, clapotis de l'eau, le cui-cui des oiseaux, puis "le Capitaine et son équipage sont heureux de vous accueillir à bord de la Piscine flottante Joséphine Baker, une structure fluviale unique au monde..." Et si je voulais connaître les horaires, je tapais 1, les activités proposées je tapais le 2... Et blablabla..

Cela m'a énervée. Quoi, depuis le 2 octobre personne n'a eu l'idée d'effectuer une petite mise à jour ? Hein ? Mais alors à qui dois-je m'adresser ? Y-a-t-il un espoir ? Il faut sauver Joséphine Baker ! Mais secouez-vous bon sang, vous les responsables, et d'abord pensez à nous informer. In-for-mer.

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11.04.2008

Carte Famille nombreuse et mesquinerie

Le Jour international de la Famille est célébré (entre autres) le 15 mai par l'ONU. Nous aussi en France nous allons fêter la famille, je viens d'apprendre que la Carte Famille nombreuse va être supprimée, décision brutale de notre gouvernement. Oui, je sais je ne suis plus concernée depuis longtemps, mais zut, c'est une décision injuste, mesquine et méprisable. Si, si.

Tiens lisez donc l'édito du Monde de ce soir :

"UN MAUVAIS SIGNAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L

 

 

 

 

 

 



En catimini, à la faveur d'un plan de réduction des dépenses publiques, le gouvernement a donc signé, sans la moindre concertation, l'acte de décès de la carte Famille nombreuse. Pour y parvenir, l'Etat a tout simplement supprimé la subvention de 70 millions d'euros qu'il versait à la SNCF au titre des tarifs sociaux.

Le gouvernement a aussi agi avec une fâcheuse désinvolture. L'entreprise publique a été mise devant le fait accompli. Et les ministres ont fait entendre une parfaite cacophonie, loin de l'" harmonie " réclamée par Nicolas Sarkozy. Quand certains se veulent rassurants et affirment (à bon compte) que des réductions pour les familles nombreuses seront maintenues, d'autres, et non des moindres, déplorent la disparition d'un des symboles majeurs du pacte social.

Créée en 1921, bénéficiant à 2,2 millions de familles de trois enfants et plus, la carte Famille nombreuse offre des réductions de tarif de 30 % à 75 %, étendues, en 2006, à près de cinquante enseignes commerciales. Au fil des ans, elle est devenue un symbole, parmi d'autres (allocations, aides au logement, crèches), d'une politique familiale généreuse, sans conditions de ressources, qui a indéniablement favorisé la natalité. En 2006, la France a affiché le meilleur taux de fécondité en Europe, dépassant l'Irlande. Et, en 2007, si le nombre des naissances a fléchi, il reste supérieur à 800 000. Ce dynamisme démographique est un indéniable atout pour le pays, moins touché que beaucoup d'autres par le vieillissement accéléré.

La fin de la carte Famille nombreuse traduit aussi les changements accélérés de la société française. Hier vitrine sociale avec la carte Famille, puis, en 1936, les billets de congés payés, la SNCF est aujourd'hui une société commerciale plus soucieuse de concurrence et de bénéfices que de ces symboles d'une autre époque. Elle ne s'adresse plus à des usagers du service public, mais à des clients, à qui elle va proposer " d'autres produits commerciaux à destination des familles ". Pour la politique familiale, le remplacement de la solidarité nationale par des offres commerciales n'est pas une bonne nouvelle.

 

© Le Monde" EDITO DU MONDE DU 12 AVRIL 2004"

08.04.2008

La Déglingue

Il va me rendre folle. Mon ascenseur. Lorsque j'arrive chez moi, je suis toujours un peu inquiète. Un jour sur deux, il est en panne ! De préférence, les jours où j'ai fait mes courses... J'ai pourtant essayé de ruser, je suis venue plusieurs fois vérifier si la bête fonctionnait, et si oui, je courais au Monop' du coin. Et au retour, oui au retour, le nascenseur était coincé au 7ème... Parce qu'un aimable voisin avait oublié de fermer la porte... Ou alors il était re-en panne ! Et comme j'habite au-delà du 7ème, y'a plus qu'à monter, avec les paquets, le manteau bien chaud, le mollet raide, et l'humeur belliqueuse.

Mais ce n'est pas tout, chez moi aussi je suis soumis à une série de stress : ma chaîne hi-fi a cessé toute activité un dimanche matin, la radio de la cuisine se met à parler de façon intermittente. Et voilà que la télévision leur emboîte le pas : tout noir et blanc, ou tout blanc depuis quelques jours avec cependant de bons moments où tout va bien. L'antenne collective, la télé elle-même ? Qui sait ? Oh mais je m'en fous, j'ai décidé "soirée dvd", non mais... Et hop j'enfourne "Au feu les pompiers" de Milos Forman (oui je poursuis ma série Télérama et Mai 68). Tiens, tiens, il était en noir et blanc ce film me dit Corbillo. - En fait je ne m'en souviens pas bien.... Puis toc, pendant quelques secondes le film passe à la couleur, puis à nouveau en noir et blanc, et encore de la couleur, et puis du noir et blanc... ! Ben ça alors, c'est bien étrange. Une télé et un lecteur hantés ou capricieux ?

Le lendemain, d'emblée j'ignore la télé, et me choisis un nouveau dvd. Et lorsque j'appuie sur le bouton "On", il ne se passe rien. Rien du tout. Même si j'insiste. Le lecteur a rendu l'âme, bye-bye lecteur. Tant pis pour lui, il va rejoindre le trottoir des encombrants avec sa copine la chaîne hi-fi, et peut-être même la radio... Je sens que la télé va les suivre bientôt... On verra qui aura le dernier mot hein ?

Mais quand même est-ce bien normal cette rébellion électronique ? Quelqu'un serait-il venu chez moi en cachette déposer un mauvais sort à la radio, la chaîne, la télé et le lecteur dvd ? Que me réservent les jours à venir ? Dois-je prendre des mesures, brûler des herbes magiques aux quatre coins de la pièce, faire venir un spécialiste du feng-shui ? C'est que je finis par me poser des questions hein !

Et si, ensuite c'était moi qui me mettais à dérailler, là comme ça sans prévenir ? Ou Corbillo qui refuserait de monter sur son fidèle scoot ? Oh la la, mais je me fais peur toute seule moi. Je sens que je suis sur une mauvais pente. 

Et tout a commencé avec cette histoire d'ascenseur... 

02.04.2008

Pas Patate !

La légende familiale raconte qu'ayant à peine deux ans, juchée sur ma chaise haute, je refusais de manger des pommes de terre en clamant : Pas Patate, pas patate ! Consternés les parents, la Grand-mère Madeleine, la Tante Margot et tout le quartier ou presque. C'est qu'à l'époque et à la campagne, la pomme de terre était l'aliment de base. Pas de contestation possible, on devait respecter le pain et les pommes de terre. On ne rigolait pas avec la nourriture. Ils avaient tellement souffert pendant la guerre, et patati, patata...

Je ne sais pas quand, ni pourquoi, mais un jour je me suis mise à aimer les patates, et les plaisanteries familiales se sont estompées. Enfin plus ou moins...

J'y pensais l'autre jour alors que j'essayais de trouver des pommes de terre dignes de ce nom. La plupart du temps, les variétés commercialisées sont médiocres. Farineuses, insipides, très décevantes. Je ne parle même pas des pommes de terre infâmes qui nous sont servies dans les brasseries parisiennes, avec le poisson par exemple : blanchâtres, spongieuses, des patates à cochon aurait dit mon père. Quelle honte d'oser servir des légumes de si mauvaise qualité ! J'ai vraiment envie de leur crier : Pas patate, pas Patate, gardez-les !

J'ai le souvenir de petites pommes de terre nouvelles toutes fraîches, juste sorties de la terre, et cuites à l'eau. Délicieuses, délicates, sucrées, avec un peu de beurre des Charentes et de la fleur de sel. En mai l'année dernière de passage chez nos amis R. vers Angers, nous avons vu M. s'avancer sous la pluie et aller déterrer quelques p'tites patates dans son jardin, pour le repas. Quel festin les amis ! Avec de telles pommes de terre, ta fortune serait assurée à Paris, lui avais-je dit ! - Oh il ne s'agit que de notre toute petite récolte familiale.

Je me souviens également des bonnes frites bien croustillantes de mon enfance, des purées savoureuses, de pommes de terre au four, dites "en robe de chambre", de salades de pommes de terre tièdes...  je me souviens d'être allée parfois aider un voisin à ramasser ses pommes de terre dans son champ le dimanche après-midi. Notre père nous embarquait, et nous suivions joyeusement derrière le tracteur dans la poussière et le bruit. Après la récolte, nous avions droit à un grand goûter dans la cour de la ferme, le visage et les mains couverts de terre ! Et ils nous donnaient une partie de leur récolte. Nous aurions dû déguster ces pommes de terre, au lieu de les avaler sans trop faire attention.

Cet hiver, j'ai lu un article dans Libération qui portait justement sur la réhabilitation des pommes de terre en France ! Un comité de producteurs a fait appel au marketing pour faire la promotion et "dynamiser la consommation" ! Eh bien il y a du boulot les amis. Commencez donc par produire de bonnes petites patates fondantes et goûteuses, et vous verrez, votre produit sera apprécié ! Bon sang, cela ne doit pas être plus difficile de fournir de bonnes patates que des mauvaises non ? Cela ne demande pas plus de travail, ni de soins ? Alors qu'attendez-vous ? Et bien sûr à un prix raisonnable, accessible à toutes les petites familles avec enfants. C'est bête, je n'ai pas gardé cet article de Libé. Ils indiquaient un site internet, j'aurais dû y aller pour laisser un message indigné !

En attendant, j'ai fini par trouver des pommes de terre à peu près convenables, des bios de l'Ile de Batz vendues au Monop, et de délicieuses pommes de terre bio vendues à prix d'or dans un magasin rue Mouffetard : elles venaient d'Egypte ! Un luxe déraisonnable. Bientôt, je ne vais pas acheter les pommes de terre au kilo, mais à la pièce !

27.03.2008

Vie, Amour, Mort, L'Heure d'été et Milou en mai

Hier soir je suis allée voir une amie qui vient de mettre au monde un joli petit garçon paisible et doux ; ce délicieux tout petit (qui a déjà trois semaines !) m'a bien plu, ils étaient mignons tous les trois, comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Lorsque je les ai quittés, j'ai imaginé leurs futures soirées, le plaisir du bain donné par le papa, le biberon, les câlins... Une vie qui se présente bien, un bonheur bien dessiné. Bienvenue petit bonhomme !

Sur le chemin du retour, j'avais froid, dès que j'ai vu un taxi rue Jouffroy j'ai levé le bras. J'ai rapidement compris que j'étais tombée sur un grand bavard. Un grand bavard avec une peine de coeur. -  Je peux vous raconter Madame ? Vous pourriez me donner votre avis comme une grande soeur ? - Euh, oui, oui, je vous écoute...

Il vit une histoire d'amour depuis plus de deux ans, et  son amie vient de le mettre à la porte. Et pourtant ils sont toujours amoureux, ça c'est sûr. Voilà, il a écrit un poème pour essayer de la ramener à lui, et aux feux rouges, il me le lit son cahier sur les genoux. "Tes Yeux bleus", c'est à la fois touchant et maladroit, sa voix faiblit par moment. Le feu passe au vert,  - On lira le volet suivant après hein ? - oui, oui, bien sûr... Et il poursuit, c'est qu'il l'aime, mais elle se moque de lui, il est trop gentil, et surtout trop sincère, c'est cela qui l'a perdu. Sa sincérité. Je voudrais bien m'attendrir, mais quelque chose me dit que Yeux bleus avait peut-être quelques raisons...  - Eh oui, j'ai fait une bêtise, que voulez-vous, nous les hommes... - Ah bon, quoi donc "vous les hommes" ? Il est allé à Budapest en week-end avec un ami, elle n'a pas voulu les accompagner, et s'est même permis de lui dire "Et amuse-toi bien avec tes petites putes de l'Est !" De la pure provocation non, hein l'encourager ainsi ?  - Une mise à l'épreuve peut-être plutôt ? En fait selon lui, les prostituées de luxe ne sont pas du tout coûteuses là-bas, et son ami l'a entraîné, d'ailleurs c'était la première fois, il le jure, une expérience, et à ce prix-là cela aurait été trop bête... Et au retour, elle n'a pas arrêté de lui poser des questions, de le harceler, alors lui, il n'est pas comme tous les hommes, il lui a dit la vérité, parce que lui il ne veut pas mentir à celle qu'il aime... Et voilà elle l'a mal pris, et l'a viré, c'est vraiment injuste, elle s'est foutue de lui non ? - Non, elle est blessée, franchement c'est un affront quand même. - Ah vous pensez que j'aurais dû mentir ? - Ou mieux, ne pas la tromper, et partir en week-end avec elle sans votre ami. - Mais c'est ce que je viens de lui proposer de repartir avec elle là-bas en week-end, pour lui prouver que je n'irai pas voir cette fille, et je paierai tous les frais en plus ! Et c'est là qu'elle m'a mis dehors, je ne comprends pas, je ne comprends pas... J'ai été trop sincère, voilà, et elle, elle n'est pas capable de me faire confiance !

Ouf, nous sommes enfin arrivés dans le 13ème, je dois renoncer à mes conseils de grande soeur, car hein que faire contre l'excès de sincérité masculine ? Vous le savez vous ?

Chez moi, j'ai découvert un avis de décès affiché dans le hall. Je le savais souffrant ce très gentil voisin, et avais été étonnée de le rencontrer dans la cour de l'immeuble lundi après-midi, son épouse lui faisait faire quelques pas. J'étais remontée en disant à Corbillo, C'est super Monsieur T. va mieux, je viens de les voir. Puis j'avais laissé Corbillo travailler son dossier urgent, et avais vite filé au cinéma voir "L'Heure d'été"' d'Olivier Assayas.

Un film qui aurait dû me plaire, mais m'a vraiment déçue et même un peu agacée. Des personnages peu attachants, une belle maison, de belles images, de beaux objets. Je ne suis pas arrivée à m'intéresser à leur histoire, et pourtant il s'agit de transmission, de l'enfance, de la famille, du souvenir, de l'avenir, de la mort... Je crois que ce film manque d'écriture, de travail... En revenant, je pensais à un film que j'aime beaucoup : Milou en mai de Louis Malle, histoire d'héritage et de famille aussi, mais tellement plus réussi selon moi.

En rentrant, j'ai trouvé la rue bloquée, les pompiers, le Samu, une ambulance ; les portes de l'immeuble grandes ouvertes... Pas bon, pas bon tout ça. J'ai retrouvé Corbillo tout stressé par le bruit de l'intervention, la cavalcade dans les escaliers, ne pas savoir... Je lui fait part de ma déception concernant L'Heure d'été, et lui aussi me parle de Milou en mai ! C'est fou quand même ! Je consulte le site de la Fnac, presque 30 € le dvd de Milou, un peu trop cher... Et miracle, mercredi au kiosque je vois que Télérama entame sa célébration de Mai 68 en proposant le dvd de Milou en mai avec l'hebdo ! Ah je sens que je vais me faire un bon petit film ce soir...

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19.03.2008

Sève de bouleau et Voisin d'Or

1393346190.jpgEt hop, un petit verre de sève de bouleau tous les matins pendant trois semaines, puis une semaine de jus d'argousier. Une bonne cure de printemps, et vous serez en pleine forme ! Voilà les promesses de la toute gracieuse jeune femme d'un stand du Salon bio Vivre Autrement où nous sommes allées Bleuette et moi samedi dernier. Nous sommes reparties en riant avec nos petites bouteilles. Des couples repartaient eux aussi, les bras chargés de cartons de vin bio, leur cure de printemps à eux ! Chacun son petit verre et sa façon de chasser les toxines et les blues de l'hiver !

J'aimerais bien faire une cure détox des ennuis de la vie, et de la mienne en particulier, mais je n'ai pas encore trouvé le bon Salon !

En attendant de trouver la lumière, je vais créer un prix. Oui, après les Oscars, les Césars, avant les Molière, et après les élections, j'ai eu envie moi aussi d'attribuer un prix. Le Voisin d'Or par exemple. J'ai le choix, je partage l'immeuble avec une centaine de voisins, du plus gentil au plus odieux.

Aujourd'hui, je désigne la Famille Gronaze, Voisins d'Or. Récemment, les Gronaze n'ont pas hésité à effectuer leur ravitaillement au supermarket d'à côté, et à se faire livrer leurs achats. Le livreur est arrivé chargé des packs d'eau, boissons diverses, épicerie sèche, fruits et légumes... A l'interphone une voix féminine lui dit : Montez, je vous attends sur le palier. Il appuyait désespérément sur le bouton de l'ascenseur lorsque je l'ai rencontré :

- Mais il est en panne vous savez - Mais depuis quand ? La dame vient juste de passer au magasin - Mais, depuis hier soir...

Descendant l'escalier depuis son perchoir, je vois Monsieur Gronaze s'esquiver, et en vrai Voisin d'or se permettre de préciser au livreur : Dépêchez-vous, on vous attend là haut ! Et l'air on ne peut plus naturel, il est parti. Devant tant de rouerie, je crois que j'ai dû me fabriquer un million de toxines !