09.03.2010
A l'Origine, mais là ce n'est pas du cinéma !
Vous souvenez-vous d'A l'Origine, le très bon film de Xavier Giannoli, joué par François Cluzet et Emmanuelle Devos ?
Et bien, l'affaire se poursuit à Charron, près de La Rochelle !
Je viens de lire cet article dans Métro France :
"L'escroc Philippe Berre arrêté sur les décombres de Xynthia
L'homme qui a inspiré le film "A l'origine" vient d'être arrêté à Charron. Suite à la tempête Xynthia, il préparait un nouveau coup.
Le rocambolesque parcours de l’un des escrocs les plus connus de France vient de prendre fin. Philippe Berre, l'homme qui a inspiré le film A l’origine a été interpellé dimanche dernier, dans la petite commune de Charron (Charente-Maritime).
Un scénario sans scrupules
Après le désastre provoqué par la tempête Xynthia dans l'ouest de la France, l’escroc s’était taillé un rôle comme il les aime : l’homme providence.
Jeudi, il se présente à la mairie de Charron en tant que fonctionnaire du ministère de l'Agriculture, chargé de venir en aide aux sinistrés de la tempête. Avec assurance, il propose ses "services" aux élus de la région sinistrée.
Usurpateur d’identité, il donne de la crédibilité à son rôle à bord d’un 4x4 de l’Office national des fôrets volé dans les Alpes-Maritimes, selon une source policière contactée par Metro. Il porte alors la tenue kaki et le képi officiel. Au moment de son interpellation, Philippe Berre avait déjà commandé du matériel de déblaiement et de nettoyage. Vigilants le maire et les autorités recoupent les informations auprès du ministère concerné avant d' alerter la Gendarmerie.
En novembre 2009, Philippe Berre a été condamné à cinq ans de prison pour des faits commis dans l'Aube mais aussi dans d'autres départements. Un jugement rendu alors par défaut car il n'était pas présent à la barre.
Son coup d'éclat en 1997
Mais Philippe Berre n’en est pas à sa première condamnation. Il y a une dizaine d'années, il a été condamné à cinq ans d'emprisonnement par le tribunal de Mâcon concernant l'affaire de l'autoroute A28, qui inspira le film A l'origine de Xavier Gianolli.
Se faisant passer pour le patron d'une société de travaux publics, Philippe Berre s'était engagé à relancer le chantier d'une autoroute dans la commune de Saint-Marceau. Les habitants, les entrepreneurs locaux et les autorités municipales avaient alors vu en lui, l'homme providence qui allait relancer l'économie de la région.
Pendant plus d'une dizaine de jours, tout le monde y avait cru. Des personnes avaient été "embauchées", les matériaux et engins commandés... Un début d’autoroute de quelques kilomètres avait même été construit.
Fin du scénario donc pour l'escroc national aujourd'hui en garde à vue à Marans (Charente-Maritime), et qui devrait prochainement répondre de ses actes devant la justice.
Maud Vallereau, le 9 mars 2010."
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20.02.2010
Sans les dents
En entendant Florence Aubenas faire part de son effarement lorsque ses compagnes de galère, femmes de ménage normandes, disaient "Je prends juste de l'aspirine, les dentistes ne veulent pas soigner les gens comme nous qui n'ont que la CMU. J'irai à l'hôpital me les faire toutes arracher, on t'endort, ça ne fait pas mal,...", j'ai eu d'énormes mais d'énormes bouffées de colère. Et de honte.
Je me souviens enfant, avoir entendu des voisins dire "J'emmène ma femme à l'hôpital se faire arracher les dents, c'est trop cher pour nous le dentiste." C'était pendant les années 60, les fameuses Années Glorieuses ! La Gloire ne devait pas être partagée par tout le monde dirait-on...
Je me souviens, étudiante des années 70, avoir entendu ce même refrain lorsque je faisais les vendanges : "On va m'arracher toutes les dents, après je serai tranquille, j'ai mal en attendant, je n'en peux plus je me taperais la tête contre le mur parfois...". Je bouillais de révolte...
Et nous voilà, en 2 0 1 0 !
Certains dentistes refusent même d'accorder des rendez-vous aux malheureux bénéficiaires de la CMU... Donc, il faut accepter de souffrir, ne pas devenir fou ou folle de douleur, et se faire arracher toutes les dents ! Et porter ensuite un appareil de pauvre qui vous cisaille la mâchoire. Et se taire bien sûr.
Il n'y a vraiment pas de quoi être fier, vraiment pas.
Je vais certainement lire le livre de Florence Aubenas : "Quai de Ouistreham" (Editions de l'Olivier), en espérant que ceux qui décident et gouvernent auront la bonne idée d'aller s'y frotter aussi. Ainsi que ceux qui souhaitent décider et gouverner un jour.
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15.02.2010
Une Française veut voyager !
Ma très bonne copine de blog Baïlili, une vraie Française pur sucre, pur beurre, pur jus, a eu envie d'aller célébrer son anniversaire au Maroc en février. Jusque-là tout va bien, sauf que son passeport étant périmé, elle a entamé son parcours de combattant.
Et alors, et alors, me direz-vous ? Figurez-vous qu'elle est née au Maroc, et ses parents (Français) sont eux aussi nés à l'étranger.
Mauvais, mauvais tout ça ma petite dame ! Alors accrochez-vous les ami(e)s, pour obtenir un nouveau passeport, Baïlili doit fournir :
- " les actes de naissance et de mariage INTEGRAUX de ses parents, de ses grands-parents et de ses arrières grands-parents !!!"
Oui, oui, vous avez bien lu : les arrières grands-parents aussi ! Ce n'est ni la blague du mois, ou un cauchemar ! Une horreur d'aujourd'hui, tout simplement...
Allez donc lire son billet, elle vous le raconte très bien là.
Mais qu'allons-nous donc devenir dans ce pays ? Je ne reconnais pas mon cher pays, sommes-nous devenus tous fous ?
Pourquoi humilier les gens ainsi ? Au nom de quoi ? La sécurité ? Mais enfin, si j'avais de faux-papiers je n'irais pas les faire renouveler, et Baïlili non plus...
EDIT DU 20 FEVRIER :
Je ne le savais pas, mais notre Ministère de l'Intérieur a lancé une "Réflexion sur la justification de la nationalité française"...
Un très aimable et chouette blogueur m'a fait parvenir une circulaire préfectorale ayant pour objet la "Justification de la nationalité française à l'occasion du renouvellement des titres d'identité et de voyage" et je l'en remercie. Voici des extraits de cette circulaire :
"Il apparaît que des concitoyens, en particulier ceux nés à l'étranger, rencontrent des difficultés pour apporter la preuve de leur nationalité française"...
"Sans attendre le résultat des travaux interministériels qui devraient aboutir à une modification de la règlementation sur ce point, il nous est demandé de considérer que le demandeur qui produit un titre de Français (carte nationale d'identité sécurisée, passeport électronique ou biométrique) possède la nationalité française, sans qu'il ait besoin d'en apporter la preuve.
En effet, si le renouvellement d'un titre implique bien la vérification de données liées notamment à l'état civil ou à l'adresse, susceptibles d'évolutions entre deux délivrances, la nationalité française ne saurait être remise en question lors d'une simple procèdure de renouvellement."
Réfléchissez, réfléchissez bien messieurs et mesdames du Ministère, parce que franchement...
22:31 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
09.02.2010
Les Garçons et Guillaume à table, de Guillaume Gallienne
Comme il est bien écrit le spectacle de Guillaume Gallienne, quel plaisir !
Je suis allée le voir au Théâtre de l'Athénée, et si je pouvais j'y retournerais !
Guillaume Gallienne, seul en scène, nous raconte avec talent, élégance et humour comment ils s'est extirpé d'une situation familiale impossible : depuis son enfance, sa famille l'a traité "autrement". Il était la fille que sa mère n'avait pas eue, son père en revanche voulait en faire un être viril. Et lui ne souhaitait qu'une chose : se conformer au désir de sa chère maman qu'il aime tant. Tout sa famille, ses frères, sa grand-mère, ses tantes, tout son entourage le dit différent. Il nous fait beaucoup rire Guillaume Gallienne lorsqu'il imite tout ce petit monde, une bonne famille bourgeoise pas piquée des hannetons. Tout est juste, pas vulgaire, très touchant sans mièvrerie.
Il aurait pu devenir fou Guillaume Gallienne, après de longues années il va finir par trouver qui il est vraiment, quelle lutte !
L'ambiance dans la salle était formidable, on sentait le respect des spectateurs et spectatrices envers ce comédien formidable, et la joie de partager ses souvenirs...
Chapeau Monsieur Gallienne ! Et merci.
13:42 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
05.02.2010
Le Tigre se prépare
Dans une semaine, mon quartier sera en effervescence : le Nouvel An chinois sera célébré, le Tigre aura son année.
Les magasins sont prêts, on décore, on se ravitaille...
Et moi, je suis contente ce soir d'être en week-end, très contente. Ouf, enfin.
Le défilé du 3e arrondissement proposera danses de lions, défilés en costumes traditionnels et un cortège avec de nombreux dragons.
Il commencera vers 14h place de l'Hôtel de Ville de Paris et suivra le parcours suivant :Place de l'Hôtel de ville, rue du Temple, rue turbigo, place des Arts et Métiers, rue Beaubourg, rue du renard, place de l'Hôtel de ville.
20e arrondissement : Belleville à l'heure chinoise. Défilé le dimanche 14 février
C'est la fête dans tout le quartier de Belleville. Départ de la place Fréhel à 14h, puis descente de la rue de Belleville jusqu’à la rue Jules Romain. Rue Rébeval jusqu’au boulevard de la Villette, boulevard de Belleville. Vers 16h : jonction du défilé du nouvel an chinois avec celui du carnaval de Paris jusqu’à l’arrivée à l’Hôtel de ville.
17e arrondissement : Déambulation du Lion le vendredi 19 février
Départ 13 heures Porte de Clichy. Trajet Porte de Clichy - La Fourche - Porte de Clichy .
13e arrondissement : Défilé du Dragon le dimanche 21 février
Pour vous éblouir, le célèbre défilé, des chants et musiques traditionnelles joués de manière orchestrale... sans oublier les pétards, les lanternes, les danses du lion et des lanternes dragons.
Départ à 13h30 au 44, avenue d’Ivry, puis avenue de Choisy, place d’Italie, avenue d’Italie, rue de Tolbiac, avenue de Choisy, boulevard Masséna, avenue d’Ivry.
Avec l'orchestre National de musique de Chongqing, composé de professionnels des écoles d’arts et des troupes de théâtre. Mis à part un spectacle original et varié, l’orchestre à un large éventail de performances musicales telles que le solo, les petits instruments, le chant. "
23:11 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
30.01.2010
Sur le Zinc
12:13 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
27.01.2010
Gazelle
J'aimais beaucoup cette douce et lumineuse Gazelle rencontrée "en vrai" au Déjeuner des Blogueurs organisé par Bonaventure le 2 juillet 2006. Gazelle vient de nous quitter en début de semaine, et depuis je me sens si triste...
Gazelle et son Gazou avaient décidé de quitter Paris, et avaient trouvé une jolie maison de ville en Charente, à Rochefort. Leur choix m'enchantait.
Grâce aux blogs, nous étions toujours en contact ! Et nous nous étions revues plusieurs fois à Paris où elle avait gardé son appartement.
Hélas, hélas, la maladie rodait, et a fini par s'imposer. L'été dernier, je l'avais prévenue de mes futures vacances dans l'Ile de Ré, et nous devions aller les voir. Lors de notre arrivée dans l'Ile, un sms m'apprit qu'elle venait d'être hospitalisée à La Rochelle. - Ne viens pas, je te fais signe dès que cela va mieux. J'ai respecté son souhait, j'avais compris qu'elle souffrait beaucoup.
Je n'ai jamais revu Gazelle, elle s'est échappée...
Au revoir Gazelle, je ne t'oublierai pas.
(Merci Anne, pour la photo).
23:43 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
25.01.2010
Shiatsu et cheveux fins
J'avais pris rendez-vous en fin d'après-midi vendredi chez Carole Mazzoni. Une coupe revitalisante avec massage, c'est le cadeau de Noël de ma fille Corbelle.
- Tu verras Maman, elle te fait un massage crânien shiatsu avant la coupe, c'est tout simplement merveilleux. Et les cheveux trouvent leur vraie place, regarde comme les miens sont beaux !
Et c'est vrai ses longs cheveux bruns avaient ce petit quelque chose qui faisait la différence... - Oui mais moi, avec mes cheveux tout fins, elle va avoir du mal à leur donner du tonus !
Accueil simple, direct et amical par Carole dans son salon du 11ème arrondissement, elle ne reçoit qu'une personne à la fois, une bonne idée. Assise, face à la glace, nous faisons un peu le bilan de mes cheveux. Trop fins, trop mous, pas de volume, raides, mais bon, ils sont comme ça lui dis-je. Elle ne les trouve pas catastrophiques, ils sont abondants, ont une couleur naturelle agréable, rien de désespérant. Carole me propose une coupe plus ronde, plus douce, constate la présence des épis, - Bon, il nous faudra bien trois coupes pour arriver à un résultat très sympa.
Allez, je passe au bac pour le shampoing et le fameux massage shiatsu. Une petite musique douce nous accompagne, je me laisse aller tout doucement. J'apprécie le massage, un pur délice...
Nous rejoignons ensuite le fauteuil devant le miroir. Pour la coupe revitalisante.
Carole me demande de fermer les yeux, de bien respirer... Ce que je fais avec plaisir et confiance. Mon souffle accompagne ses mouvements, je ne pense même pas à mes cheveux. Je sens la tension de la semaine s'estomper. C'est vraiment agréable... Elle a commencé par couper du côté droit, je la sens concentrée, et attentionnée.
Carole "attaque" le côté gauche, et là, sur la nuque je me raidis. - Hum, vous savez c'est un peu douloureux pour moi, lui dis-je, cet endroit. D'ailleurs parfois j'ai des migraines, et cela se concentre ici-même...
- Oui, je le sens. Je suis bien d'accord.
Elle continue tout doucement. Et tout d'un coup, sans prévenir des larmes se mettent à couler...
Carole fait une pause. - C'est normal, ne soyez pas gênée, c'est le massage. Je vous assure, laissez-vous aller, il n'y a pas de problème, laissez couler vos larmes, cela va vous faire du bien...
Mais, même si je voulais arrêter, je ne le pourrais pas, elles coulent, coulent... Et je me sens de mieux en mieux...
- Le shiatsu dénoue les tensions, et cela soulage : vous, c'est colère rentrée, chagrin...
Nous reprenons la coupe, je ferme les yeux et respire au rythme du travail de Carole. Je ressens des fourmillements dans les jambes, les bras, c'est la circulation du sang qui se fait, l'énergie qui revient...
Je n'en reviens pas, c'est bien la première fois que je pleure chez le coiffeur ! Et que je me sens aussi bien après une coupe ! A la fois épuisée et en forme, étonnant.
Pendans le séchage, nous papotons un peu, je suis toute contente de mes petits cheveux. En fait je suis contente tout court ! Je reviendrai c'est sûr. Dans deux mois.
Je passe chez moi chercher les fruits exotiques, les mangoustans pour apporter chez Viviane : c'est notre soirée annuelle de début d'année des Cinq Filles qui aiment le théâtre !
Nous passons une excellente soirée très joyeuse, amicale et chaleureuse. Et nous dînons très bien ! Entre chaque plat, distribution de cadeaux, cris de joie, bisous... Comme c'est chouette tout ça ! J'ai eu (entre autres) ce beau vase qui est en photo (clic-clic pour agrandir).
Vers deux heures du matin, nous nous décidons de nous séparer, allez on rentre chez soi les filles, merci et à bientôt !
Voici le site de Carole Mazzoni : www.lacoiffeuse.com
00:05 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
08.01.2010
Le Mec de la tombe d'à côté, au théâtre
Je viens de lire ce livre de la suédoise Katarina Mazetti, l'histoire de Désirée, bibliothécaire citadine et pâlichonne et de Benny agriculteur presque quadra et toujours célibataire qui se rencontrent au cimetière. Et qui ne s'apprécient pas. Jusqu'au jour où... Désirée devient la Crevette de Benny, et Benny l'homme de Cro-Magnon de Désirée. Chaude, chaude, l'histoire d'amour est chaude, mais aussi difficile voire cruelle.
Chacun raconte leur histoire de son point de vue, et c'est touchant, drôle, troublant, subtil, juste...
Et ce soir, je retrouve mes copines au théâtre,
Nous allons voir la pièce adaptée du roman, et mise en scène par Panchika Velez.

Deux excellents comédiens vont nous faire le plaisir d'interprêter ce texte :
Anne Loiret la lumineuse, et Vincent Winterhalter. Il paraît qu'ils sont épatants de naturel. Je suis déjà conquise !
EDIT DU 10 JANVIER :
Nous avons bien fait d'affronter les rues glaciales de Paris vendredi dernier ! Quelle belle récompense !
L'adaptation est vraiment très bien réussie, la campagne suédoise est devenue normande, Désirée est Daphnée, et Benny est Jean. Les deux comédiens sont émouvants et drôles, si sensibles et fins.
J'espère qu'ils partiront en tournée dans quelque temps, car franchement c'était formidable !
18:47 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
04.01.2010
Le Bal de la Traction
- Greta viens voir ! Vite !
Maman sortit de la maison ce samedi soir du début de l'été :
- Mais, je ne vois rien ?
- Mais justement, justement, Elle n'est plus là !
- Elle n'est plus là ?
- Oui, tu vois bien La Traction de Robert, elle n'est plus là bon sang ! Ah....
- Mais...
- Envolée, envolée, la Traction ? Oh, la, oh....
Puis, tout dans d'un coup il se figea, là, dans notre rue, murmurant Oh non, ils n'ont pas fait ça quand même.... Et il se rua dans la maison, courut jusqu'à sa chambre et vérifia sur le coin de la cheminée : les clés de la Traction n'étaient plus là !
- Oh, les sales drôles, les sales drôles, oh, oh.
De retour dans la rue, il retrouva ma mère entourée des chiens, Marie-Claire dans les bras, elle osa un - Il faudrait peut-être appeler les gendarmes ?
- Ah, ah non, ah ça c'est trop fort.
- Mais qu'est-ce qu'on va faire ? Il faut la retrouver et...
- Tu ne comprends donc pas ? Ce sont les drôles qui ont pris la Traction !
- Félix et Cristobal ? mais non, mais non, ils sont partis au bal et...
- Justement, justement, ils m'ont piqué les clés et sont partis avec La Traction de Robert ! Ah, les sales drôles, les sales drôles...
- Non, ce n'est pas possible, ils....
- Arrête de les soutenir, arrête de les soutenir, je te dis que c'est eux !
Ma mère le poussa dans la maison, à dix heures du soir on pouvait épargner les voisins ! Je suppose cependant que Tante Margot ou Tonton Marcel dont la chambre donnait sur la rue, avait été réveillé. J'imagine ma tante ouvrant sa fenêtre tout doucement dans le noir, entrouvant le volet et écoutant les hurlements furieux de son frère. Je la vois ma Tata soupirer Qu'est-ce qui se passe encore, c'est lui ou les enfants ? Pfff... Bon je me recouche on verra bien demain...
Chez nous, mon père tournait autour de la table, les mains sur la tête, ma mère faisait réchauffer du café en silence. Les chiens les suivaient du regard, les chats s'enroulaient dans les fauteuils.
- Mais où sont-ils ? Ah j'aurais dû y penser aux clés...
Après son mariage, Robert avait acheté sa Traction à Madame M. - Mon petit Robert je te fais confiance, je te connais depuis longtemps tu en prendras bien soin, comme mon cher défunt, lui avait dit cette charmante dame aux cheveux gris-violets, les joues roses d'émotion, les yeux humides, les patins aux pieds, - Viens la voir, elle est dans le garage. La petite merveille était là recouverte d'une couverture, rutilante, noire, presque neuve. - On ne s'en servait que le dimanche tu sais.
Robert avait tout promis, bien écouté les consignes, et était reparti heureux, mais tellement heureux avec sa grosse voiture ! Dire qu'il l'avait ménagée ensuite serait très, très abusif, mais il évitait toujours de passer à toute bringue et de faire crisser ses pneus devant chez Madame M.
Lorsqu'il partait en mer, Robert la confiait à notre père qui n'avait jamais eu de voiture. Au début, Papa n'osait pas s'en servir, puis, il y avait pris goût, même si sa conduite très personnelle et imprudente faisait frémir.
Et maintenant, il s'arrachait les cheveux de colère et de frayeur : c'est que deux de ses autres fils étaient partis en douce avec La Traction. Et ces deux loulous n'avaient que 14 et 15 ans !
Il ne s'était pas méfié lorsque Cristobal lui avait dit : Papa, t'es fatigué, tiens ne t'inquiète pas je vais faire manger les chiens et les sortir. Tu pourras aller te coucher... Jamais, mais jamais ce filou ne lui proposait de le faire, et l'autre là, le Félix qui faisait mine de lire l'Huma dans son coin, ah les salopiots, ah ils m'ont bien eu ces deux-là... Mais où sont-ils ? Pourvu qu'il n'arrive rien, pourvu que.... Oh, mais ce n'est pas possible, ce n'est pas possible. Mais non Greta, arrête avec tes gendarmes, tu ne te rends pas compte ? Ils n'ont ni permis, ni assurance, et si... Oh non, là j'en ai marre de leurs conneries, et toi qui les soutiens.... Au bal, tiens je te leur apprendrai moi à aller au bal en Traction, oh, et pourvu qu'ils n'aient pas emmené leurs copains.... Et pourvu que...
Il finit pas se calmer, et mort de fatigue et d'inquiétude alla se coucher. Comme d'habitude les volets furent fermés mais non crochetés, et comme aucune porte n'avait de clé, mes frères pourraient rentrer sans problème. S'ils ne se faisaient pas arrêter, et s'ils n'avaient pas d'accident, et si... Tout cela tournait dans sa tête, assommé il finit pas s'endormir.
Pendant ce temps-là, Félix et Cristobal étaient bien partis avec la Traction, ne la démarrant qu'en bas de la rue. Cristobal, le plus jeune, avait pris le volant, et conduisait avec l'aide de Félix. Robert parfois leur montrait quelques éléments de conduite, comme ça entre garçons, sur des petites routes désertes, il était tellement fier de sa grosse bagnole. Mais bon, ils ne maîtrisaient vraiment pas la chose, et là, dans le noir en bavaient des ronds de chapeau. Ni l'un ni l'autre ne voulait l'avouer, mais ils avaient un peu la trouille. Après six km laborieux, ils se garèrent dans le champ près du bal, et se dirigèrent en vainqueurs vers l'entrée. Félix repéra tout de suite l'objet de son désir fou : la belle Suzie qu'il lui fallait absolument séduire ce soir, et bon sang si elle ne le prenait pas enfin au sérieux avec une voiture que pourrait-il faire de plus ? Il l'invita à danser et l'entraîna sur la piste. Ne doutant de rien, et ignorant totalement les règles de la séduction et de l'amour, ce gros lourdaud lui proposa au bout de deux danses : - tu viens faire un tour dehors, j'ai une bagnole ? Qu'elle ne fut pas sa grande déception lorsqu'elle lui répondit sèchement : - Mais pour qui tu me prends, cela ne va pas non ? Et elle lui tourna le dos, le plantant là.
Ah, tout ça pour ça, la vache ! Il n'en revenait pas de sa gamelle ! Cristobal de son côté n'avait pas eu un succès fou. La soirée était gâchée, ratée. Ils traînèrent encore un peu, mais le coeur n'y était plus, les gonzesses je te jure ! A une heure du matin, ils envisagèrent de rentrer, et finirent pas le faire vers deux heures.
La nuit était encore plus noire, ils étaient épuisés, déçus et grognons. Et en plus il fallait faire attention à la Traction. Ils roulèrent tout doucement, et réussirent à se garer feux éteints dans notre rue. Ouf. Pas de bruit de portières, chut les chiens c'est nous, ils rentrèrent dans la maison en douceur.
Mais ce n'était pas tout, il fallait remettre les clés à leur place !
- Vas-y dit Félix, c'est toi qu'as eu l'idée d'abord !
- T'es gonflé c'était pour toi... Bon d'accord, mais attends-moi hein ?
Ils n'en menaient pas large nos deux amateurs, ils le savaient bien que Papa avait le sommeil léger, enfin s'il ne s'était pas aperçu de l'absence de la Traction tout irait bien, sinon...
- Bon, j'y vais, allume juste dans le couloir.
Cristobal se glissa dans la chambre, et bien sûr, Papa se réveilla en sursaut : - Qu'est-ce que tu fais là, mon Bon, qu''est-ce qu'il y a ?
- Rien, rien, rendors-toi Papa, je regardais juste l'heure.
Et il en profita pour déposer les clés délicatement.Tout d'un coup, mon père se souvint de l'histoire du Bal de la Traction, et se mit à hurler :
- Attends un peu toi, on va s'expliquer, et d'abord...
Trop tard, Cristobal avait déjà filé, et s'était barricadé avec Félix dans leur chambre coinçant une chaise derrière la porte, le temps que mon père se lève pour le rattraper...
Rassuré mais toujours en colère, mon père prit sa lampe et alla voir cette chère Traction. Et se recoucha.
Demain, c'était dimanche, et tout le monde dans son lit savait ce qui allait sans doute se passer : engueulades, explications, très sûrement un stage dans la Cour aux orties, punitions, et comment on le dirait à Robert, et...
Mais bon, demain cela serait demain... On verrait bien.
00:05 Publié dans Chroniques familiales | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note



