27.07.2010
Les Panhard de Papa
Il y avait pris goût à la conduite mon père, Robert mon frère lui confiant sa Traction lorsqu'il partait en mer.
Nous n'étions cependant pas trop rassurés de rouler avec lui. Il parlait beaucoup bien sûr, ayant toujours quelque chose à raconter, et surtout il commentait le paysage,
- "Tiens, lorsque j'étais petit, grand-mère Célestine m'emmenait dans ce champ, et on ramassait du cresson, et puis là, c'était des pissenlits, mais oui, tu vois bien au fond à droite." Il se penchait, le bras tendu désignant le fameux champ, et zoup, la voiture tanguait un peu...
Et les petits chemins qu'il fréquentait, oui, derrière les vignes, ah, non pas celles du Père Machin, non, là plus loin... - Ah, ici c'était le petit bois où il aimait bien aller chasser, même le cousin Jean y allait, c'est vraiment un bon coin. On le voyait hein ? D'ailleurs, il appartient à qui ce bois maintenant ? Bon peu importe...
Et il oubliait d'accélerer, ou de freiner, de mettre son clignotant, de changer de vitesses, que sais-je encore... La Traction cahotait, ralentissait, "broutait" le bas-côté, repartait... Et les automobilistes qui nous suivaient ou nous croisaient, râlaient, gesticulaient d'un air peu aimable, klaxonnaient...
- Mais sont-ils fous ? disait mon père sans rire, les gens sont excités parfois...
- Oh tu sais, papa, euh...
Parfois, un de mes frères, Félix ou Cristobal rattrapait le volant sans rien dire, et lui répondait - Oui, oui, on le connaît ce champ de quand tu étais petit...
Tante Margot avait bien essayé d'en toucher deux mots à Robert,
- Tu sais ton père, la voiture, c'est pas bien prudent... Tonton Marcel qui pour rien au monde ne lui aurait prêté sa 4 CV adorée avait renchéri : - Hein, hein, tu imagines un peu, hein ? Allons...
- "Mais enfin, vous ne voyez pas que cela le rend heureux ? avait rigolé Robert. Oh, il prend les petites routes, et ne va pas bien loin. Il faut bien la faire tourner en mon absence".
- "Ces deux-là" avait soupiré Tante Margot. "Un mystère... Dans leur monde à eux, toujours". C'était vrai, difficile de rentrer dans leur relation.
Les voisins prirent l'habitude de demander à papa de les emmener chez "Le Spécialiste" à La Rochelle par exemple, - "c'est pour la bourgeoise, tu comprends, on te remboursera l'essence". Et hop, ils en profitaient pour faire grimper toute la famille dans la voiture, cela leur faisait une sortie. Personne ne se plaignait, mais bon, tout le monde savait que c'était quand même une aventure !
Mon père s'enhardissait de plus en plus, il alla même un jour jusqu'à Bordeaux !
- Et t'en es revenu, avait dit un de mes frères, Ben dis-donc...
- Qu'est-ce que tu dis Mon Bon ? - Oh rien, juste que cela fait une trotte quand même...
Il embarquait parfois ma mère pour une balade, - Greta, es-tu prête ou pas ? Bon alors ? Elle en revenait enchantée et délassée, ne voyant pas du tout pourquoi on aurait pu s'inquiéter. - Cette confiance qu'elle a en lui... murmurait la Mère Gégé, un peu jalouse.
Robert avait fini par déménager, et la Traction n'était plus à sa disposition. L'idée de se trouver une auto à lui s'était installée peu à peu. Ah pas une neuve, une d'occaze qui lui irait bien. Il en parlait de temps en temps, mais le prix le retenait sans doute.
Et puis, un jour, un de ses nombreux potes vint le voir : - Ah Pierrot, faut faire vite, je t'ai trouvé une bagnole, mais faut faire vite tu sais !
Et commença la longue série des Panhard ! Po-po-po-po,, c'était le bruit d'une Panhard qui remontait notre rue, une rouge, ou noire, ou blanche..., classique, cabriolet, break... Elles finissaient par rendre l'âme un jour les pauvres, papa oubliait toujours quelque chose : remettre de l'huile par exemple... Ou avait un léger accident... Ou je ne sais quoi en fait.
Et toujours, mais toujours, un bon copain battait la campagne à la recherche d'une Panpan pour Pierrot ! Et ils déboulaient dans les fermes, faisaient ouvrir le hangar où une Belle dormait depuis des années ! Une fois, la Panpan désirée était toute recouverte de foin, et lorsqu'elle apparut, ils eurent tous les larmes aux yeux ! Elle était tellement, mais tellement jolie !
Les propriétaires de Panpan faisaient souvent toute une histoire, - Quoi, avait dit un vieux gars, Vous voulez me prendre ma Panhard à moi ? Me prendre ma Panhard ? Vous voulez ma mort ?
Le drame fut évité de justesse, et après bien des visites et des palabres, il consentit à s'en défaire.
Les Panhard se firent de plus en plus rares, hélas. La dernière voiture de mon père fut une R16.
Un camion trop pressé et roulant trop vite percuta un jour mon père et sa R16.
Le jour de l'enterrement de mon père, le garagiste du quartier ne manqua pas de venir au cimetière. Et la mine triste déclara à mes quatre frères :
- Quand même, il était fort, plus de 15 ans qu'il roulait avec la même plaque d'immatriculation, faut le faire. Faut le faire hein ?
Mes frères furent pris de fou rire, qui se transmit par vague dans l'assemblée. - Ah y'avait que lui, pour des trucs pareils, et ces pauvres gendarmes qui n'ont jamais rien vu, répétait le garagiste, ah faut le faire hein ?
Sacré papa, c'était un précurseur ! L'Union européenne n'a fait que le copier !
Cela me fait toujours très chaud au coeur lorsque je vois une Panhard dans la rue, et d'ailleurs, c'est sans doute un signe, je n'habite pas loin des anciens Ateliers Panhard dans le 13ème !
Récemment, Corbillo a vu - et photographié - cette belle Panpan devenue "de collection" dans le quartier.
C'est vrai qu'elle est jolie, n'est-ce pas ? Et que cela fait très chaud au coeur. Po-po-po-po...
21:26 Publié dans Chroniques familiales | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : entrer des mots clefs
23.07.2010
Tamara Drewe, film de Stephen Frears
Nous attendions avec impatience la sortie de ce film. J'avais bien sûr lu avec grand plaisir la bande dessinée de Posy Simmonds prêtée par ma fille Corbelle.
Et nous n'avons pas du tout été déçus ! Bien au frais dans notre MK2 Bibliothèque, sourire aux lèvres, nous nous sommes bien amusés !
Tamara Drewe vilain petit canard au nez fort, revient de Londres dans le petit village où a vécu sa mère décédée. Le village en question abrite une résidence d'écrivains tout ce qu'il y a de plus intellos coincés. Et voilà que la bombe sexuelle qu'est devenue Tamara va créer une bonne pagaille parmi les mâles dominants ou pas. Ajoutez une rock star capricieuse, une épouse trompée, des ados qui se morfondent, un ancien amoureux, des vaches qui s'énervent, un chien fugueur, une vraie histoire de bande dessinée loufoque !
Mais tout s'enchaîne à un bon rythme, de paisible et paradisiaque, la résidence d'écrivains devient bientôt très agitée. Et chacun poursuivra un but plus ou moins avouable.
Jusqu'au dénouement final qui ne manque pas de sel !
Allez-y, c'est un bon film de détente, à voir en V.O. de préférence !
19:02 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
22.07.2010
Beurre d'escargot et Adamo
Mardi matin en me réveillant, je m'étais dit que c'était déjà vendredi, et que c'était bien agréable ! La réalité m'est vite apparue, et j'ai fait avec. Mais demain, je vais pouvoir savourer la bonne nouvelle du vendredi, et je m'en réjouis !
Je finis par avoir une allergie aux brasseries parisiennes. Surtout celles du quartier où je travaille. J'en ai marre de leurs salades composées aux noms appétissants, mais qui ne tiennent pas leurs promesses ! Les ingrédients de base, feuilles de salades racornies, pommes de terre farineuses et glacées, tomates insipides, trois rondelles d'oeuf dur, du fromage-caoutchouc, ou un peu de jambon ou de poulet, ou bien des crevettes riquiqui, et bien sûr l'incontournable grain de maïs tout frais sorti de sa boîte de conserve... Le tout arrosé de sauce industrielle infâme... Allez, c'est pas cher voyons : 14, 15, voire 17 de nos euros... Rapport prix/qualité nul. Enervant.
Hier, d'un élan d'un seul, j'ai décidé de prendre un plat, le plus simple : un faux-filet et des légumes. - Sans ail les légumes, ai-je précisé à la serveuse, qui prévint le cuisinier. Et on me servit un plat de légumes sans ail, accompagnant une viande sur laquelle fondait une boule de beurre aillé, le fameux "beurre d'escargot" ! Berk. Je me dépêchai de virer ce qui n'avait pas encore fondu, mais le mal était fait. La viande, bonne au demeurant, était parfumée à l'ail... La barbe alors.
Et pendant ce temps-là, impertubable, Adamo chantait ses vieux tubes depuis le plafond, je demandai à un serveur s'il y avait de la musique comme ça avant leurs travaux. - Mais Madame, un établissement comme le nôtre, mais bien sûr que nous avons toujours eu de la musique, dit-il d'un air pincé. Ah bon ?
Quand je vous dis que j'en ai marre des brasseries nulles, chères et prétentieuses, vous devez me croire !
20:45 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
19.07.2010
Décourageants à plus d'un titre !
La lecture des titres des journaux cet après-midi découragerait plus d'un coeur solide et ardent :
- Giraudeau chavire nous confirme Libération.
- Taxer les plus de 50 ans : une solution pour financer la dépendance des seniors, nous annonce froidement Le Monde.
- Avignon2010, un millésime trop audacieux ? questionne Le Monde toujours.
- Les As du surplace, commente l'Equipe qui suit le Tour de France.
- François Fillon brise le tabou de la rigueur, nous promet sans rire Les Echos.
- Espagne, 7,7 hectares de côtes en moins par jour, relève Le Monde, en page 2.
- Retour à l'ordre, édito de La Croix, sur les violences urbaines, notamment à Grenoble.
- Florence Woerth : la piste du piston, se lance Libération.
- Fragile reprise dans l'aéronautique selon La Tribune.
- L'or valeur refuge face à la crise, affirme Le Figaro. Ouf, enfin une nouvelle qui rassure, ouf, ouf, ouf.
- Afghanistan : les alliés pressés de trouver une stratégie de sortie, toujours dans Le Figaro.
- IMF seeks $250bn boost in loan resources to prevent new crises, s'inquiète le Financial Times.
- Risque-t-on de manquer de professeurs, nous demande La Croix.
- Johnny victime de son chirurgien ? ose Le Soir, quotidien belge.
- Oil spill's impact may last decades, selon L'international Herald Tribune.
- Taxis, Contrôleurs aériens : Pagaille en vue dans les aéroports, prévoit Le Parisien.
Je sais, il ne faudrait pas se décourager. Non faudrait pas.
Et Bernard Giraudeau qui nous a quittés, comme cela, courageusement. Après nous avoir tant donné. Merci, je vous salue Bernard.
15:42 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
03.07.2010
Laurent Terzieff, Au revoir
Une amie vient de m'informer du décès hier soir de Laurent Terzieff.
Cet homme élégant et talentueux nous a tellement donné... Cet homme nous a tellement émus tous et toutes...
Nous l'aimions. Nous aimions l'acteur, le comédien, l'homme.
Souvent, nous l'apercevions à la brasserie, juste avant le spectacle, il dînait, seul ou avec des amis, il était là, et c'était merveilleux.
Comment est-ce possible d'imaginer sa disparition ?
Au Revoir Monsieur Terzieff, vous allez tant nous manquer...
13:02 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
20.06.2010
André Degaine et son théâtre
André Degaine m'a enchantée il y a quelques années avec son "Histoire du Théâtre dessinée" livre incroyable et fabuleux.
Spectateur passionné de théâtre depuis l'enfance, autodidacte, Jean Degaine "croquait" les pièces qu'il allait voir : scènes, comédiens, costumes, décors, tout... Il écrit des textes, fait des recherches. Retraité des PTT, il décide de partager et transmettre ses connaissances, et travaille pendant cinq ans pour réaliser ce projet fou : écrire l'histoire du théâtre. Livre refusé par les éditeurs car "non conforme"... Il "l'a "autoédité, et diffusé" à 300 exemplaires dans les librairies théâtrales : exemplaires tous vendus en un mois et demi ! L'éditeur Nizet lui a alors proposé un contrat ! (L'édition que nous avons est de 1993).
J'ai éprouvé un réel chagrin en apprenant le décès d'André Degaine dans 84ème année, fin mai. Un homme si humble et précieux, et tellement éloigné des "lumières" clignotantes et vulgaires de l'air du temps.
Tiens, si vous avez envie de vous réchauffer le coeur et rire, allez voir "Les Femmes savantes" de Molière au Petit Théâtre de Paris. Jean-Laurent Cochet en Philaminte est tout simplement formidable ! (Et les autres comédiens aussi d'ailleurs). Vite, c'est jusqu'au 4 juillet.
13:59 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
16.06.2010
Pliez-la !
Sur le quai du métro, la phrase passe en boucle délivrée par le haut-parleur de la RATP :
"Les trottinettes sont interdites, veuillez les plier ! Les trottinettes sont..."
Je suis hilare, et m'aperçois rapidement que je suis la seule à rire ! On dirait un message codé de la BBC après l'Appel du 18 juin, le fou rire m'envahit. Les passagers me regardent l'air un peu consterné, voire agacé ; tant pis, moi, cela me fait un bien fou de rigoler ! Je ne me sens même pas ridicule !
Je vais à mon dernier cours d'allemand, je n'aime pas trop les fins de cycle, fin d'année, fin de saison, fins de tout en fait. Cela me rend triste. J'ai toujours un peu envie de dire, et si on continuait un peu encore hein ? Pourquoi l'année est-elle déjà pliée hein ?
J'ai bien aimé cette langue, même si le second semestre m'a paru difficile, oulala. Vais-je me réinscrire à la rentrée ? Mon désir d'apprendre est intact, ma motivation certaine. Et pourtant, l'idée de comprendre de futurs petits-enfants qui me parleraient en allemand est à oublier : Corbelle et son DouxChéri viennent de se séparer. (Mais tout va bien pour chacun d'eux).
Reste le désir bien présent de poursuivre mes recherches sur ma famille maternelle. J'ai bien conscience cependant que mon niveau actuel ne me permet pas du tout de me débrouiller, et surtout de déchiffrer des archives... Donc, il va me falloir continuer, être patiente, aller à mon rythme, avec ou sans trottinette !
13:52 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
05.06.2010
Marais mouillé
Retrouvailles amicales chaleureuses et lumineuses, mais un peu humides le week-end dernier dans le Marais poitevin.
C'est amusant, nous étions en Vendée, mais le pont du village une fois traversé, quelques pas plus loin nous étions en pays charentais !
N'ayant pas trop prévu la pluie, nous avons malgré tout fait de bonnes balades dans le marais, une plongée dans le vert, le vert ! Je devrais plutôt dire les verts, tant les nuances sont riches et délicates.
Nos pantalons et chaussures ont joyeusement pompé et absorbé les gouttes d'eau des herbes des chemins, mais nous avions une arme secrète : le feu de cheminée ! Quel plaisir de rentrer, se changer, et de siroter du bon thé en regardant les flammes s'élever. Et nos pantalons sécher en fumant !
Nous avons abandonné l'idée du bateau sur l'eau, mais tant pis, nous aurons sans doute l'occasion de revenir !
En revanche, rien ne nous a empêchés de papoter jusqu'à pas d'heure dans les nuits... de tout, de rien. Du drôle, du moins drôle, les joues chauffées par la chaleur du feu bien entretenu, (ou par le whisky dit "japonais" pour certains ?)...
Et le dimanche, les galettes charentaises promises sont arrivées, nous étions en train de tartiner notre pain de délicieuses confitures ! Que du bon, que du bon...
Nous avons décidé de pique-niquer à l'intérieur (c'est un nouveau concept très tendance, vous ne saviez pas ?), et nous sommes lancés ensuite pour une nouvelle balade, plus sèche cette fois-ci, nous n'allions pas prendre le train du soir tout trempés ! C'était un très bon week-end, moi je vous le dis !
(On peut cliquer sur les photos de Corbillo bien sûr).
13:32 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
17.05.2010
Le caveau de famille
Marielle avait un cafard d'une tonne, Si on allait se balader au Château ? murmura-t-elle toute recroquevillée sur le trottoir où l'on essayait de jouer aux osselets un après-midi de printemps.
Arrivées dans le parc, elle déclara qu'elle avait une bien meilleure idée. - Bon je te suis alors hein ?
Et elle m'entraîna au Grand Cimetière ! Au Grand Cimetière ! Alors ça quelle drôle d'idée !
- Montre-moi le caveau de ta famille me dit Marielle.
Je le repérai en parcourant les allées, un caveau tout simple entouré d'une grille, des plaques, des fleurs, bien, rien de mauvais goût. Mes grand-parents y étaient enterrés. La tombe de Brigitte, petite soeur décédée bébé se trouvait dans l'allée suivante, toute blanche, ornée d'angelots.Tous les ans à la Toussaint, la famille proche et éloignée venait déposer des fleurs.
Assise sur les graviers gris, je contemplais les tombes. Marielle les contournait, et lisait les noms :
- Regarde, vous êtes juste à côté des M, et tiens, là, c'est la famille de Colette, et voilà celle de Catherine, et puis... Pfff, presque toutes les filles de l'école ont leur famille ici... Tout le monde a une famille. Et une tombe, ou un caveau. Evidemment...
- Je t'ai dit que mon père ne voulait pas qu'on l'enterre ici ?
- Oh, lui alors... Et pourquoi Monsieur ne veut pas, bon sang, il a son caveau de famille, et il chipote ?
- Mais, il a ses raisons. Il dit qu'il y a trop de gens ici qui ont fricoté pendant la guerre et dénoncé des voisins et des amis à lui... C'est politique, moi je le comprends en fait. Il veut une tombe au petit cimetière, dans notre quartier.
- Ah, si c'est politique... Non, mais bon, je vois bien pourquoi, je le connais va ! N'empêche, avoir un caveau, quand même...
Elle vint s'asseoir à côté de moi, et murmura tête baissée :
- Hier, j'ai entendu madame B. dire de moi :
"Oh, elle ? C'est rien. La fille d'une pas grand chose, vous savez..."
Des larmes se mirent à couler tout doucement sur nos joues, nous étions là, serrées l'une contre l'autre, silencieuses. Le soleil nous chauffait gentiment le dos, mais j'avais froid partout, partout.
Marielle fixait la photo de ma grand-mère Madeleine, et de mon grand-père Fernand :
- Eux au moins, ils se taisent, cela me fait du bien d'être là. Ce n'est pas triste finalement, c'est reposant.
- Oui, c'est vrai c'est calme. Mais, tu sais bien que la Mère B. c'est une vraie teigne, on s'en fout d'elle...
En même temps, je me sentais mal, je ne voulais pas lui dire, mais la veille, ma Tante Margot m'avait envoyée porter une commande à Madame B., et malgré ma robe pas bien nette, j'avais été reçue très agréablement :
- Et viens-donc t'asseoir un peu avec moi, tu vas goûter ma galette charentaise, fais pas trop attention elle est un peu trop cuite, qu'est-ce que tu vas boire ?
Elle m'avait demandé des nouvelles de la famille, Est-ce que j'allais faire ma communion bientôt, et tout, et tout.
Marielle s'énerva :
-- Tu en as de bonnes toi ! Mais c'est pas toi qui est "la fille d'une pas grand chose"... Toi, ta famille a un caveau, une grande maison, vous êtes respectés. Tiens, quand on va en ville, les gens te parlent, te disent qu'ils ont bien connu ta grand-mère, une femme si courageuse, et comment va ton papa, tu lui ressembles, et patati-patata... Mais moi ? Moi, ils évitent de me regarder, ou alors c'est des réflexions dans mon dos... Je suis quoi moi hein ? Une quoi ?
- Tu l'as dit à ta mère ?
- T'es folle ou quoi ? Tu vois bien tout le mal qu'elle se donne pour nous. Et si en plus, je lui racontais ça... Non, non. Bon, ben c'est comme ça, je suis la Fille d'une pas grand chose...
- Moi je l'aime bien ta mère tu sais.
- Oui, je sais. Et puis, tiens, je sais que tu n'oses pas m'en parler... Mais mon père... Mon père, je ne le connais pas, il... Il ne doit même pas savoir que j'existe ! Tu sais ce que l'on dit sur ma mère hein, sa vie d'avant et tout ça ? Et tu voudrais que je l'embête avec les réflexions des gens ? Je ne veux pas la tuer ma mère moi !
- Oui, oui... Mais bon sang, cette vieille teigne de Mère B., pourquoi elle se permet de dire ça, mais pourquoi ? Tous les dimanches à la messe, et puis on se défoule en semaine ? C'est pas normal des gens comme ça. Et puis tu ne lui as rien fait, et ta mère non plus, c'est incroyable.
- Heureusement qu'on peut venir ici, je t'assure. Moi, tes morts me font du bien. Tiens, j'ai envie de leur apporter des fleurs la prochaine fois tu veux bien ?
- Ben oui. Boh, voilà le gardien qui rapplique, j'aime autant partir qu'est-ce que t'en penses ?
- Oui, oui, on repasse par le Château.
Sur le chemin des jardins, j'éclatai de rire en passant devant l'église. Impossible de m'arrêter. Marielle me regardait, étonnée : - Mais pourquoi tu ris ? C'est drôle ?
- Oh, oui, j'ai oublié de te dire que nous avions aussi un banc à l'église, c'était celui de ma grand-mère bien sûr.
- Un banc à l'église ? Ah, et puis quoi encore ?
- Eh oui, ma vieille, si tu veux que je te respecte il te faudra aussi un banc à l'église ! Et le nôtre ne doit pas être bien loin de celui de cette bonne vieille Mère B. ! T'imagines un peu sa tête si ta mère louait un banc à l'église à côté du sien !
Nous étions pliées de rire... Nous sommes allés nous réfugier dans le parc en haut de la butte, et nous avons chanté et crié :
- Nous aussi nous aurons notre Banc ! Bang-bang,
Et Marielle pensant à nos futures séances de théâtre dans son sous-sol, hurlait :
- Je suis la fille de James Stewart, et je ne vous permets pas de vous asseoir sur notre Banc ! Un peu de respect !
On s'amusait, on dansait en chantant ; les mères qui accompagnaient leurs jeunes enfants aux balançoires mettaient une main sur leur front et nous regardaient faire les folles. Pfffff, me dit Marielle, elles ne savent même pas que je suis la fille de James Stewart moi !
17:25 Publié dans Chroniques familiales | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
29.04.2010
Au chaud, en vacances...
Avec de bons livres, des vêtements légers, des chaussures confortables, une panoplie de crèmes solaires, dans la joie, la bonne humeur, nous voilà en vacances pour quelques jours au Maroc.
Sans ordi, sans connexion, juste le temps de vous écrire ces qulques mots ce soir depuis l'hôtel, à Marrakech, où la température flirte avec les 40 °...
A très bientôt !
21:28 Publié dans Au Jour le Jour | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note



