Hier soir je suis allée voir une amie qui vient de mettre au monde un joli petit garçon paisible et doux ; ce délicieux tout petit (qui a déjà trois semaines !) m'a bien plu, ils étaient mignons tous les trois, comme s'ils se connaissaient depuis toujours. Lorsque je les ai quittés, j'ai imaginé leurs futures soirées, le plaisir du bain donné par le papa, le biberon, les câlins... Une vie qui se présente bien, un bonheur bien dessiné. Bienvenue petit bonhomme !
Sur le chemin du retour, j'avais froid, dès que j'ai vu un taxi rue Jouffroy j'ai levé le bras. J'ai rapidement compris que j'étais tombée sur un grand bavard. Un grand bavard avec une peine de coeur. - Je peux vous raconter Madame ? Vous pourriez me donner votre avis comme une grande soeur ? - Euh, oui, oui, je vous écoute...
Il vit une histoire d'amour depuis plus de deux ans, et son amie vient de le mettre à la porte. Et pourtant ils sont toujours amoureux, ça c'est sûr. Voilà, il a écrit un poème pour essayer de la ramener à lui, et aux feux rouges, il me le lit son cahier sur les genoux. "Tes Yeux bleus", c'est à la fois touchant et maladroit, sa voix faiblit par moment. Le feu passe au vert, - On lira le volet suivant après hein ? - oui, oui, bien sûr... Et il poursuit, c'est qu'il l'aime, mais elle se moque de lui, il est trop gentil, et surtout trop sincère, c'est cela qui l'a perdu. Sa sincérité. Je voudrais bien m'attendrir, mais quelque chose me dit que Yeux bleus avait peut-être quelques raisons... - Eh oui, j'ai fait une bêtise, que voulez-vous, nous les hommes... - Ah bon, quoi donc "vous les hommes" ? Il est allé à Budapest en week-end avec un ami, elle n'a pas voulu les accompagner, et s'est même permis de lui dire "Et amuse-toi bien avec tes petites putes de l'Est !" De la pure provocation non, hein l'encourager ainsi ? - Une mise à l'épreuve peut-être plutôt ? En fait selon lui, les prostituées de luxe ne sont pas du tout coûteuses là-bas, et son ami l'a entraîné, d'ailleurs c'était la première fois, il le jure, une expérience, et à ce prix-là cela aurait été trop bête... Et au retour, elle n'a pas arrêté de lui poser des questions, de le harceler, alors lui, il n'est pas comme tous les hommes, il lui a dit la vérité, parce que lui il ne veut pas mentir à celle qu'il aime... Et voilà elle l'a mal pris, et l'a viré, c'est vraiment injuste, elle s'est foutue de lui non ? - Non, elle est blessée, franchement c'est un affront quand même. - Ah vous pensez que j'aurais dû mentir ? - Ou mieux, ne pas la tromper, et partir en week-end avec elle sans votre ami. - Mais c'est ce que je viens de lui proposer de repartir avec elle là-bas en week-end, pour lui prouver que je n'irai pas voir cette fille, et je paierai tous les frais en plus ! Et c'est là qu'elle m'a mis dehors, je ne comprends pas, je ne comprends pas... J'ai été trop sincère, voilà, et elle, elle n'est pas capable de me faire confiance !
Ouf, nous sommes enfin arrivés dans le 13ème, je dois renoncer à mes conseils de grande soeur, car hein que faire contre l'excès de sincérité masculine ? Vous le savez vous ?
Chez moi, j'ai découvert un avis de décès affiché dans le hall. Je le savais souffrant ce très gentil voisin, et avais été étonnée de le rencontrer dans la cour de l'immeuble lundi après-midi, son épouse lui faisait faire quelques pas. J'étais remontée en disant à Corbillo, C'est super Monsieur T. va mieux, je viens de les voir. Puis j'avais laissé Corbillo travailler son dossier urgent, et avais vite filé au cinéma voir "L'Heure d'été"' d'Olivier Assayas.
Un film qui aurait dû me plaire, mais m'a vraiment déçue et même un peu agacée. Des personnages peu attachants, une belle maison, de belles images, de beaux objets. Je ne suis pas arrivée à m'intéresser à leur histoire, et pourtant il s'agit de transmission, de l'enfance, de la famille, du souvenir, de l'avenir, de la mort... Je crois que ce film manque d'écriture, de travail... En revenant, je pensais à un film que j'aime beaucoup : Milou en mai de Louis Malle, histoire d'héritage et de famille aussi, mais tellement plus réussi selon moi.
En rentrant, j'ai trouvé la rue bloquée, les pompiers, le Samu, une ambulance ; les portes de l'immeuble grandes ouvertes... Pas bon, pas bon tout ça. J'ai retrouvé Corbillo tout stressé par le bruit de l'intervention, la cavalcade dans les escaliers, ne pas savoir... Je lui fait part de ma déception concernant L'Heure d'été, et lui aussi me parle de Milou en mai ! C'est fou quand même ! Je consulte le site de la Fnac, presque 30 € le dvd de Milou, un peu trop cher... Et miracle, mercredi au kiosque je vois que Télérama entame sa célébration de Mai 68 en proposant le dvd de Milou en mai avec l'hebdo ! Ah je sens que je vais me faire un bon petit film ce soir...

